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L'expert mondial des "deepfakes" ne croit plus en ses propres yeux
Des fausses frappes de missiles aux voix clonées, les "deepfakes" sont devenus si parfaits et si rapides à produire que la traque de la vérité s'apparente désormais à une mission impossible, estime Hany Farid, ponte de l'analyse des images truquées par IA
 
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1006076
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(SenePlus) - Le Sénégal et le reste du monde basculent dans une ère de la désinformation généralisée, où les vidéos virales et les enregistrements audios ne peuvent plus être pris pour argent comptant. Hany Farid, 60 ans, reconnu comme l'expert mondial de l'analyse des "deepfakes" (contenus générés ou manipulés par l'intelligence artificielle), a consacré plus de vingt ans à séparer le vrai du faux. Mais aujourd'hui, selon un portrait immersif signé Eli Saslow et publié dans le New York Times, le chercheur confesse un vertige inquiétant : la technologie avance si vite qu'il peine lui-même à faire la différence.

L'article du New York Times décrit un quotidien rythmé par l'urgence. Un dimanche matin, Hany Farid reçoit la vidéo virale d'un missile de fabrication américaine frappant prétendument une école primaire en Iran, tuant plus de 150 personnes. Sollicité par des médias pour authentifier ce qui ressemble à un crime de guerre, l'expert est d'abord sceptique. Mais l'analyse méticuleuse (pixels, ombres, vitesse du son, taille du missile) le force à admettre l'impensable : la vidéo semble réelle.

Pourtant, le doute persiste. « Je sens que je deviens aveugle », confie Farid au journaliste. Submergé par des requêtes de gouvernements, de journalistes ou d'ONG, il constate que « n'importe qui peut créer une vidéo de n'importe quoi ou de n'importe qui, faisant ou disant n'importe quoi ». Dans le sillage de l'événement iranien, des répliques générées par l'A.I. inondent les réseaux : faux généraux, faux parents en deuil. La réalité se noie dans la fiction avant même que l'analyse soit terminée.

« Notre système visuel sera totalement inutile »

Les outils algorithmiques que Farid a lui-même aidé à développer (mesure de l'afflux sanguin sur les visages, synchronisation labiale) sont désormais pris de vitesse. Il l'avoue crûment à sa femme, Emily Cooper, chercheuse en vision à Berkeley : « Je ne fais plus confiance à rien. Chaque image que je vois, je trace des lignes pour les ombres et je fais de la géométrie dans ma tête [...] D'ici un an ou deux, tout notre système visuel sera totalement inutile. »

Le danger n'est plus théorique. Farid a lui-même été victime d'un piratage où son numéro de téléphone et sa voix ont été clonés par l'A.I. pour soutirer des informations confidentielles à un collègue. Face à ses étudiants de l'Université de Berkeley, il fustige les géants de la technologie qui « brûleront tout jusqu'aux fondations tant qu'ils font des profits », tout en concédant, désabusé, que face à la rapidité de création des deepfakes, nous sommes « plutôt foutus ».

Pour échapper à cette anxiété numérique et à l'épidémie de myopie liée à la surexposition aux écrans, le couple décide de fuir la Silicon Valley pour se réfugier dans une cabane isolée dans les bois du Vermont. Eli Saslow raconte comment Farid tente de se reconstruire physiquement en fendant du bois à la tronçonneuse.

Mais la déconnexion est une illusion. La boîte mail de l'expert continue de se remplir d'appels à l'aide : fausses images d'attentats, extorsion, vidéos d'abus sexuels générées par l'A.I. Finalement, Farid délaisse la forêt pour retourner s'asseoir devant la lueur bleue de son écran. Il ne peut s'empêcher de regarder le monde brûler, même virtuellement.

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