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L'OIF mise sur la jeunesse pour transformer la créativité en impact économique
À Dakar, l’Organisation internationale de la Francophonie a célébré les lauréats de son programme CAP Innovation en appelant à franchir un cap décisif, celui du passage des idées à des projets viables et industrialisables.
 
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(SenePlus) - En choisissant la Journée mondiale de la créativité et de l’innovation pour célébrer les lauréats de son programme CAP Innovation, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) affiche une volonté de passer de la concertation à l'action concrète. Dans un espace francophone où l'emploi des jeunes reste une priorité brûlante, cette initiative tente de structurer un écosystème de soutien qui dépasse le simple stade du financement pour viser un véritable passage à l'échelle industrielle et commerciale.

Le 21 avril 2026, Dakar est devenue l’épicentre de l’entrepreneuriat francophone avec la cérémonie de valorisation des lauréats du programme CAP Innovation. Ce dispositif, lancé par l’OIF en 2024, est le résultat d'une consultation massive ayant mobilisé plus de 10 000 jeunes issus de 134 pays. Au-delà du symbole diplomatique, l’événement marque une tentative de réponse structurelle aux attentes d'une jeunesse qui place l'emploi, la science et l'environnement au sommet de ses préoccupations.

Représentant le Chef de l’État sénégalais, Serigne Gueye Diop, ministre de l'Industrie et du Commerce, a tenu à souligner que l'innovation doit être le moteur du rattrapage technologique de l'Afrique. Pour le ministre, le continent souffre encore d'un déficit d'inventions dans des domaines critiques comme la pharmacie ou la mécanique, souvent au profit d'une approche trop littéraire de l'éducation. Dans une perspective de souveraineté, il a exhorté à un changement de paradigme.

Cette vision rejoint celle de Louise Mushikiwabo, Secrétaire générale de la Francophonie, qui voit dans l'innovation un levier de transformation sociale. Pour l'OIF, l'enjeu est de transformer la créativité naturelle de la jeunesse en entreprises viables. Dans son allocution, elle a insisté sur cette force d'action : « C’est ici, aujourd’hui, que nous célébrons une initiative qui prend de l’ampleur : "Cap Innovation", qui met à l’honneur la jeunesse francophone comme force d’action, d’innovation et de transformation. »

Sur le plan stratégique, le programme cherche à créer des ponts entre le secteur privé et les innovateurs. Le ministre Serigne Gueye Diop a d'ailleurs ouvert les portes des structures étatiques sénégalaises aux lauréats, citant l'ADEPME, l'ASEPEX et le Bureau de Mise à Niveau (BMN) comme des alliés pour gagner de nouveaux marchés et bénéficier de subventions. Pour lui, l'innovation n'a de sens que si elle soulage la pénibilité et génère un impact social.

Parmi les projets mis en lumière, celui du Cambodgien Borivath Tan avec "Nutri-Soy" incarne parfaitement cette recherche de solutions locales. En développant une boisson végétale à base de soja et de moringa pour lutter contre la malnutrition scolaire, ce lauréat démontre la pertinence des modèles économiques circulaires. Son projet, qui combine nutrition et agroalimentaire durable, a séduit le jury par sa capacité à être reproduit dans d'autres contextes ruraux.

La dimension sociale de l'innovation est également portée par des initiatives de transformation citoyenne, comme le projet "Voix des Communes" au Togo. En formant des jeunes ruraux au journalisme mobile, E. Bonaventure Tchaou propose un outil de valorisation des initiatives communautaires par l'image. Ce dauphin de la catégorie engagement social illustre une volonté de donner la parole aux territoires isolés « via des formations pratiques, les participants valorisent les initiatives communautaires et documentent la vie de leurs communautés. »

L'un des défis majeurs pour ces entrepreneurs reste le passage à l'échelle. Le ministre de l'Industrie et du Commerce a d'ailleurs appelé l'OIF à voir plus grand, suggérant de passer de quelques lauréats à un millier de jeunes accompagnés dans les cinq ans à venir, tout en affirmant la disponibilité du gouvernement sénégalais à contribuer à des fonds de soutien plus larges. La réussite dépendra de la capacité à maintenir la résilience face aux obstacles administratifs et logistiques qui jalonnent encore l'espace francophone.

Le jury international a dû départager plus de 3 100 candidatures, une sélectivité qui souligne l'ampleur de la demande. Pour le gouvernement sénégalais, cette dynamique doit être soutenue par la création de centres de recherche et d'innovation régionaux et urbains. Le recours à l'intelligence artificielle a également été cité par le ministre comme un accélérateur indispensable pour les méthodes de calcul et la puissance d'innovation de la nouvelle génération.

L'OIF mise parallèlement sur le numérique comme accélérateur de compétences, particulièrement dans les métiers du développement logiciel. Louise Mushikiwabo a rappelé que ces compétences sont aujourd'hui indispensables pour garantir l'autonomie économique des jeunes, y compris à distance. Cette orientation numérique est perçue comme un levier pour briser l'isolement géographique et favoriser un transfert de savoir-faire à l'échelle de l'espace francophone.

Toutefois, la pérennité de cet élan dépendra de la capacité des États membres à inscrire la recherche et l'innovation au cœur de leurs visions à long terme, à l'image du plan "Sénégal 2050". Le lancement de la deuxième édition de CAP Innovation, annoncé pour une clôture au 10 mai 2026, montre une volonté de pérenniser cet accompagnement et de ne pas se limiter à un effet d'annonce.

La cérémonie de Dakar n'est pas seulement une remise de prix, mais un test pour la "Francophonie des solutions". La capacité de l'OIF, appuyée par des politiques industrielles volontaristes comme celles prônées par le ministre Serigne Gueye Diop, à transformer cet enthousiasme en entreprises stables sera le véritable indicateur de succès. Entre ambition diplomatique et impératifs technologiques, la jeunesse francophone dispose d'un cadre, mais le défi reste celui de l'industrialisation et de l'impact réel sur le quotidien des populations.

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