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L’urgence d’une architecture africaine qui ne s’excuse plus d’exister
L’exposition internationale pluridisciplinaire « Bakku : architecture, arts visuels et pensée critique », ouverte du 2 février au 5 mars 2026 Au Musée des Civilisations Noires (MCN) de Dakar, dépasse le cadre d’une simple manifestation artistique.
 
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L’exposition internationale pluridisciplinaire « Bakku : architecture, arts visuels et pensée critique », ouverte du 2 février au 5 mars 2026 Au Musée des Civilisations Noires (MCN) de Dakar, dépasse le cadre d’une simple manifestation artistique. Elle se veut un manifeste intellectuel pour repenser la création contemporaine africaine. Dans un entretien accordé à la presse, le président de l’Ordre des architectes du Sénégal, Massamba Diop, appelle à une architecture enracinée dans les réalités culturelles et climatiques du continent, tout en rappelant l’importance du dispositif du 1 % artistique dans les constructions publiques.

Pour Massamba Diop, l’événement s’inscrit dans la continuité d’un symposium organisé en mai 2025 et marque une autre étape dans la réflexion collective sur l’architecture africaine. L’objectif du concept « Bakku » est clair qui consiste à sortir d’une reproduction de modèles importés, pour construire une identité architecturale propre. Selon lui, la question fondamentale est simple. Peut-on continuer à bâtir en Afrique avec des références exclusivement étrangères ? Sa réponse est sans ambiguïté : non.

Le président de l’Ordre plaide pour une architecture identitaire et bioclimatique, adaptée aux réalités locales. Il s’agit de l’utilisation des matériaux traditionnels, prise en compte des conditions climatique et l’intégration des savoir-faire ancestraux.

Il estime que le béton et le vitrage, dominants aujourd’hui, ont souvent fait oublier la pertinence des techniques locales pourtant capables d’offrir des bâtiments plus résilients et mieux adaptés aux modes de vie africains. 

L’ARCHITECTURE, UN ART AVANT TOUT 

Au cœur de « Bakku », l’idée que l’architecture ne peut exister sans l’art. « L’architecture est issue de l’art », rappelle Massamba Diop, convaincu qu’un bâtiment sans dimension artistique n’est qu’une simple production technique.

Il cite l’exemple du mémorial des tirailleurs : l’esplanade y intègre le jeu traditionnel awale, dont les formes et symboles racontent l’histoire des combattants africains. Pour lui, cet exemple démontre comment un projet architectural peut porter un récit culturel et devenir un objet de mémoire.

Cette logique se retrouve dans plusieurs références africaines : mosquées sahéliennes, architectures en terre du Bénin ou du Burkina Faso, façades sculptées et bas-reliefs. Autant de modèles qui prouvent que l’esthétique et la fonction peuvent dialoguer dans un même espace.

L’entretien a aussi été l’occasion d’évoquer le principe du 1 % artistique, selon lequel 1 % du budget de construction d’un bâtiment doit être consacré à une œuvre d’art.

Massamba Diop salue l’existence de cette disposition au Sénégal mais reconnaît que son application reste encore insuffisante. Pour lui, sa mise en œuvre effective permettrait : de valoriser les artistes locaux, d’intégrer l’art dans les espaces publics et d’humaniser l’architecture contemporaine.

Il reste toutefois optimiste : la mobilisation du secteur culturel et des professionnels devrait progressivement conduire à son application réelle.

L’initiative dépasse désormais les frontières sénégalaises. Adopté par l’Union des architectes d’Afrique, le concept « Bakku » rassemble déjà des représentants d’une vingtaine de pays et ambitionne de devenir un cadre de pensée continental, comparable au rôle historique du Bauhaus en Europe.

Pour Massamba Diop, il s’agit de créer une ligne directrice africaine capable d’orienter la conception des villes et des bâtiments du futur : une architecture qui ne copie plus, mais qui exprime une civilisation. 

À travers « Bakku », le MCN devient ainsi un laboratoire d’idées où artistes, architectes et intellectuels interrogent la modernité africaine. L’événement pose une question essentielle : à quoi doit ressembler la ville africaine de demain ? Pour le président de l’Ordre des architectes, la réponse passe inévitablement par la culture. 

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