Le retour de Macky Sall au Sénégal, prévu ce 17 juillet, ne ressemble à aucun de ses précédents déplacements depuis son départ du pouvoir en avril 2024. Prévue pour seulement quelques heures, cette visite revêt une importance qui dépasse largement sa candidature au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU). Derrière ce déplacement officiellement diplomatique se cachent aussi des enjeux politiques et symboliques qui pourraient avoir des répercussions sur la scène nationale.
Officiellement, Macky Sall vient demander le soutien de l’État du Sénégal à sa candidature. Son programme est simple : rencontrer le président Bassirou Diomaye Faye avant de repartir le même jour. Mais dans un contexte marqué par les tensions héritées de l’alternance de 2024, cette audience est loin d’être une simple rencontre protocolaire.
Depuis plusieurs mois, les nouvelles autorités avaient pris leurs distances avec cette candidature. En mars dernier, lors des consultations de l’union africaine, le Sénégal avait indiqué qu’il ne soutenait pas officiellement l’ancien président. Cette position avait contribué à son échec dans la course à l’investiture africaine. Aujourd’hui, la situation semble évoluer. Si Bassirou Diomaye Faye décide de soutenir officiellement Macky Sall, cela marquera un changement important dans la position diplomatique du Sénégal. Mais cette décision pourrait aussi provoquer de nouvelles tensions au sein de la majorité issue de Pastef.
Une visite présentée comme un choix d’État
Dans le communiqué annonçant son retour, Macky Sall explique que cette visite s’inscrit dans le cadre des consultations qu’il mène pour sa candidature à la tête de l’Onu. Son séjour sera très court : arrivée vers 15 heures à l’ancien aéroport Léopold Sédar Senghor, entretien avec le président de la République, puis départ quelques heures plus tard.
Pour plusieurs observateurs, cette démarche relève désormais davantage de la diplomatie que de la politique intérieure. En venant solliciter le soutien du chef de l’État, Macky Sall reconnaît que seule la position officielle du Sénégal peut renforcer ses chances dans la course à la succession d’António Guterres, dont le mandat prendra fin le 31 décembre 2026.
Le gouvernement a d’ailleurs préparé cette visite en rappelant que rien ne s’oppose au retour de l’ancien président. Le ministre des Forces armées, Yankhoba Diémé, a souligné que Macky Sall ne fait l’objet d’aucune poursuite judiciaire et qu’il reste un citoyen sénégalais jouissant pleinement de ses droits. Selon lui, le président de la République agit dans le strict respect de la Constitution.
Sur le plan juridique, cette visite ne soulève donc aucune difficulté. En revanche, elle reste très sensible sur le plan politique.
Le Collectif des victimes du régime de Macky Sall a rappelé que cette candidature internationale ne devait pas faire oublier les violences politiques enregistrées entre 2021 et 2023 ainsi que les attentes des victimes et de leurs familles. Cette réaction montre que le sujet continue de diviser une partie de l’opinion.
Un malaise grandissant chez les militants de Pastef
Depuis l’annonce de cette visite, les réactions les plus critiques viennent surtout de certains militants de Pastef.
Sur les réseaux sociaux, plusieurs d’entre eux dénoncent ce qu’ils considèrent comme un changement de position. Pendant plusieurs années, Macky Sall était le principal adversaire politique d’Ousmane Sonko et de Bassirou Diomaye Faye. Les arrestations, les procès, les emprisonnements et les affrontements qui ont marqué les années 2021 à 2023 restent encore présents dans les mémoires. Même si les responsabilités ne sont pas encore situées.
Cette situation intervient alors que les relations entre Bassirou Diomaye Faye et Pastef connaissent déjà une période de fortes tensions.
L’annonce de la création du nouveau parti présidentiel, Les Bâtisseurs du Sénégal, prévue le 8 août prochain, marque une nouvelle étape dans la recomposition politique. Selon Aminata Touré, cette formation bénéficierait déjà du soutien de plus de 300 maires répartis dans les quatorze régions du pays. Le président semble ainsi vouloir construire sa propre majorité politique, distincte de Pastef.
Dans ce contexte, la visite de Macky Sall risque d’accentuer le malaise au sein du parti. Les militants les plus attachés au discours de rupture porté pendant plusieurs années ont du mal à comprendre comment l’État peut désormais soutenir la candidature internationale de celui qui représentait l’ancien régime.
À l’inverse, Bassirou Diomaye Faye paraît vouloir défendre une logique institutionnelle dans laquelle les intérêts du Sénégal passent avant les rivalités politiques.
Une séquence qui peut renforcer Diomaye Faye
Au-delà de son aspect diplomatique, cette visite pourrait finalement profiter davantage au président Bassirou Diomaye Faye qu’à Pastef. En recevant Macky Sall dans un cadre officiel, le chef de l’État cherche à montrer qu’il est capable de dépasser les clivages politiques lorsque les intérêts supérieurs du Sénégal sont en jeu.
Pour plusieurs analystes, soutenir la candidature de l’ancien président ne signifie pas approuver son bilan politique. Il s’agit avant tout de défendre la candidature d’un Sénégalais à une fonction internationale de premier plan. Si Macky Sall était élu à la tête des Nations unies, cette réussite rejaillirait également sur l’image du Sénégal, qui démontrerait sa capacité à porter l’un de ses anciens chefs d’État aux plus hautes responsabilités internationales malgré les alternances politiques. Parallèlement, la création des Bâtisseurs du Sénégal continue de modifier les équilibres politiques. Le soutien annoncé de centaines de maires confirme qu’une nouvelle dynamique est en train de se mettre en place autour du président de la République.
Dans ce contexte, la visite de Macky Sall apparaît comme un révélateur des évolutions en cours. Elle met en évidence l’écart qui grandit entre une logique de gouvernement incarnée par Bassirou Diomaye Faye et une partie de la base militante de Pastef, qui reste attachée au discours de rupture porté depuis plusieurs années.
L’ancien président revient officiellement pour défendre une candidature internationale. Mais son passage éclair à Dakar intervient au moment où le paysage politique sénégalais connaît une profonde recomposition. En venant solliciter le soutien du président Bassirou Diomaye Faye, Macky Sall pourrait, sans le vouloir, contribuer à accentuer les difficultés de Pastef, déjà confronté à la naissance d’un nouveau pôle politique autour du chef de l’État. Sa visite ne durera que quelques heures, mais ses conséquences politiques pourraient s’inscrire durablement dans le paysage politique sénégalais.