(SenePus) - L'ancien président Macky Sall, candidat déclaré à la succession d'António Guterres au poste de Secrétaire général des Nations Unies (ONU), opère un virage stratégique remarqué. Dans une interview exclusive accordée au média américain conservateur Breitbart News, le 21 juin dernier, peu avant une visite à Washington, il a ouvertement soutenu la volonté du président Donald Trump de réformer l'institution, allant jusqu'à reprendre à son compte un slogan inspiré de la mouvance trumpiste : « Make the UN Great Again » (MUNGA).
Sall encense le "bâtisseur de paix" Trump
Alors que l'élection du prochain Secrétaire général se tiendra en septembre lors de l'Assemblée générale de l'ONU, Macky Sall cherche à s'attirer les faveurs des États-Unis, membre incontournable et doté du droit de veto au Conseil de sécurité. Le prédécesseur de Bassirou Diomaye Faye n'a pas tari d'éloges sur l'actuel locataire de la Maison-Blanche : « Mon premier message au président Trump consiste avant tout à le féliciter pour son action en faveur de la paix [...]. Il est un artisan de la paix », a-t-il déclaré à Breitbart, tout en reconnaissant quelques frictions actuelles avec l'Iran.
Pour Macky Sall, l'ONU doit se réformer en profondeur si elle veut survivre aux critiques de son principal contributeur. « Le moment est venu de réformer l'ONU pour la rendre plus efficace [...]. Avec d'autres États membres, nous pouvons construire une meilleure ONU, ou pour reprendre MUNGA : nous pouvons rendre à l'ONU sa grandeur ».
Coupes budgétaires et "dégraissage" des mandats
L'ancien chef de l'État s'aligne étonnamment sur les exigences de l'ambassadeur américain à l'ONU, Mike Waltz, artisan du projet MUNGA, qui milite pour des coupes drastiques. Sall déplore notamment le chevauchement et l'inefficacité des quelques 40 000 mandats confiés aux agences onusiennes depuis la création de l'institution. « L'ONU n'est même pas capable de mettre fin à certains mandats pour en faire l'évaluation », s'est-il insurgé.
Fort de son expérience africaine, Macky Sall pointe également du doigt le gaspillage financier des missions de maintien de la paix. S'il est élu Secrétaire général, il promet d'optimiser le budget en privilégiant la "diplomatie préventive" et propose même de délocaliser une partie du personnel onusien, actuellement basé au très coûteux siège de New York, vers des villes comme Nairobi ou Bangkok. Pour lui, l'utilisation de l'intelligence artificielle permettrait également de rationaliser les coûts logistiques de l'organisation.
L'atout diplomatique d'un "outsider"
Soutenu par la France et fort de ses passages à la tête de l'Union africaine (où il a arraché un siège permanent pour l'Afrique au G20) et de la CEDEAO, Macky Sall estime que son profil d'ancien chef d'État fait de lui le candidat idéal pour recréer du dialogue entre les grandes puissances mondiales (États-Unis, Chine, Russie, Europe).
« Je peux faire cette réforme parce que je n'ai pas d'intérêts préexistants. Je connais l'ONU, bien sûr, en tant que président, et non en tant que membre du personnel de l'ONU », argumente-t-il dans Breitbart. Au-delà des réformes budgétaires, Macky Sall souhaite faire de l'ONU une plateforme mondiale de lutte contre le terrorisme et contre l'émigration irrégulière, en s'attaquant aux causes profondes du phénomène dans les pays de départ.