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Macron en Afrique, neuf ans de reculs et de faux-pas
Entre discours de rupture et fréquentation des autocrates, entre pivot anglophone et enlisement sahélien, la diplomatie française en Afrique aura multiplié les dissonances. Le sommet Africa Forward illustre une stratégie aussi subie que choisie
 
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(SenePlus) - Le président français coorganise les 11 et 12 mai au Kenya le sommet Africa Forward, un rendez-vous économique qui scelle neuf années d'une politique africaine marquée par un retrait militaire du Sahel et une tentative de réorientation vers l'Afrique anglophone. Entre ambitions affichées et revers diplomatiques, le quinquennat aura vu Paris perdre pied dans son ancien « pré carré ».

Sept ans et demi après son discours fondateur à l'université de Ouagadougou, Emmanuel Macron retourne en Afrique pour un ultime grand sommet, mais cette fois loin des capitales francophones. Le choix de Nairobi pour accueillir Africa Forward n'est pas anodin : il témoigne d'une stratégie de bascule vers des pays sans passé colonial français, amorcée dès 2017.

Ce 28 novembre 2017, devant 800 étudiants burkinabè, le jeune président français avait déclaré qu'« il n'y a plus de politique africaine de la France », selon Jeune Afrique (9 mai 2025). Une phrase choc qui annonçait une rupture générationnelle, mais dont l'anecdote de la climatisation et du « reste là ! » lancé à Roch Marc Christian Kaboré révélait déjà un style clivant.

Aujourd'hui, à quelques jours du sommet kényan, le bilan apparaît en demi-teinte. L'Élysée défend une « continuité » et « une volonté d'aller jusqu'au bout de la démarche engagée à Ouagadougou », rapporte le journaliste Romain Gras dans Jeune Afrique. Mais derrière le discours officiel, la réalité est celle d'une présence française fragilisée sur le continent.

Le Sahel, un échec assumé à demi-mot

L'effondrement de la présence militaire française au Sahel constitue le revers le plus cuisant du quinquennat. Entre 2022 et janvier 2025, Paris a dû retirer ses troupes du Mali, du Burkina Faso, du Niger et enfin du Tchad, sous la pression de régimes putschistes qui ont fait du rejet de la France leur ligne politique.

Le sommet de Pau en janvier 2020, où Macron avait convoqué ses homologues sahéliens pour qu'ils « clarifient » leur engagement antiterroriste, reste symptomatique d'une approche perçue comme paternaliste. « Emmanuel Macron est resté dans une forme d'atavisme sécuritaire », analyse Thierry Vircoulon, chercheur à l'Ifri, cité par Jeune Afrique.

La pilule est d'autant plus difficile à avaler qu'en février 2023, le président français annonçait encore vouloir « transformer » la nature de la présence militaire sur le continent. Début 2025, il déclarait même que certains pays « ont oublié de dire merci » à la France pour son intervention au Sahel, suscitant de nouvelles polémiques.

Un pivot économique vers l'Afrique anglophone

Face à ce recul dans la zone francophone, l'Élysée a accéléré son pivot vers l'Afrique de l'Est et de l'Ouest anglophone. « Depuis des années, la France tente un mouvement de bascule en direction de l'Afrique anglophone, notamment vers le Kenya, l'Éthiopie et le Nigeria », confirme l'intellectuel Achille Mbembe, auteur d'un rapport sur la relation France-Afrique commandé par l'Élysée en 2021.

Le sommet Africa Forward doit ainsi placer l'économie « au centre des intérêts » pour contrer la « frustration de voir des entreprises françaises quitter le continent », face à la montée en puissance de la Turquie, de la Chine, du Qatar et des Émirats arabes unis. Une stratégie qui vise à compenser les pertes d'influence ailleurs.

Mais les contradictions demeurent. En mars 2023, après avoir prôné les « institutions solides » plutôt que les « hommes providentiels », Macron se rendait chez Ali Bongo au Gabon et Denis Sassou Nguesso au Congo. « Emmanuel Macron a entretenu cette contradiction : vouloir nouer des liens avec la jeunesse du continent tout en continuant à fréquenter certains présidents que cette même jeunesse rejette », souligne Thierry Vircoulon dans JA.

Pour Achille Mbembe, malgré les revers militaires, « il y a quand même eu plusieurs chantiers qui ont été entamés, sur la mémoire, sur la restitution ou encore sur la construction d'un agenda commun sur le climat ». Reste que « après avoir usé les leviers sur lesquels elle mise depuis la colonisation, la France s'est affaiblie dans un contexte où le continent est devenu un lieu de compétition », conclut l'intellectuel camerounais.

À Nairobi, Emmanuel Macron retrouvera William Ruto, lui-même confronté en juillet 2025 à un fort mouvement de contestation. Un dernier sommet qui, selon une source diplomatique française citée par Jeune Afrique, sera « surtout l'occasion de retomber sur nos pattes ».

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