L’empire insulaire
La France et l’Union européenne, ces derniers jours, accablent le président Trump de reproches quant à son exigence de devenir propriétaire du Groenland, leur attitude vis-à-vis de leur domaine post-colonial est loin d’être irréprochable. La France opprime les Kanaks et poursuit l’occupation des Antilles sans aucune réparation de siècles d’esclavage et de subordination. Mais plus récemment, c’est à Madagascar que l’on peut voir le président Macron poursuivre une ambition impériale qui n’a rien à envier au coup de force du président Trump au Venezuela. Cependant le commandant de l'armée française à La Réunion s’est imposé à Antananarivo, il y a quelques jours. Cette visite voulait s'inscrire dans le cadre de la relance de la coopération militaire bilatérale entre Madagascar et la France. En février 2026, selon un communiqué unilatéral de de la partie française, les forces armées malgaches, dirigées par le chef d'état-major Démosthène Pikulas, participeraient à des exercices conjoints régionaux à La Réunion, où sont stationnées les FAZSOI. Le président Macron entend ainsi, malgré le viol de la souveraineté de Madagascar, en octobre 2025, continuer à s’imposer dans l’océan indien comme le président Trump dans l’hémisphère occidental.
Les bévues
La coopération militaire franco-malgache ronronnait depuis des années. Elle est morte le jour où les FAZSOI, sur demande de Nicolas Sarkozy, relayée par le président Macron, ont exfiltré un président honni et déchu, Andry Rajoelina (de nationalité françaises il est vrai). Le 12 octobre 2025, un avion militaire français de type CASA a donc été affrété depuis La Réunion sur ordre du président de la République afin de permettre à M. Rajoelina de fuir Madagascar, alors en proie à un soulèvement populaire et à une mutinerie d'une partie des forces armées. L'opération a mobilisé une dizaine de soldats du 2e Régiment de parachutistes d'infanterie de marine (2e RPIMa), placés sous les ordres directs du ministère des armées, avec pour consigne d'ouvrir le feu en cas d'intervention hostile des forces malagasys. Une telle instruction signifie que l'armée française était prête à tirer sur des militaires d'un État souverain, sur son propre territoire, pour exfiltrer un chef d'État déchu, sans mandat international ni décision parlementaire. Si ces faits étaient établis, il sera clair que le président de la République aura encore une fois fait primer une conception néocoloniale des relations avec les peuples africains. Il aura contribué à saper encore un peu plus le crédit du pays dans la région en prenant le parti d'un chef d'État déchu qui a fait tirer sur son peuple et en le soustrayant à toute procédure judiciaire. C’est la question qui est posée au sénat français.
Au Palais du Luxembourg, on ignore ou on passe sous silence que Lova Rinel, se présentant comme proche d’Emmanuel Macron, sans aucun démenti de l’ambassade de France qui a hébergé le même Andry Rajoelina abandonné par tous ses complices, a été nommées directrice de cabinet du président malgache en fuite. Le même jour de l’exfiltration, elle ose demander à Paul Rafanoharana-Maillot, prisonnier politique détenu arbitrairement à Madagascar du 21 juillet 2021 au 13 octobre 2025 (Avis ONU 36/2024) de prendre un avion pour la France. Paul Rafanoharana-Maillot est passé par Saint-Cyr et a quitté l’armée française depuis longtemps pour s’installer ensuite dans son pays. Il partagera un temps la prison avec un autre réprouvé, le colonel Michaël Randrianirina, devenu Chef de l’État malgache et encore proche de Paul Rafanoharana-Maillot. Ce dernier exprime à Lova Rinel que sa proposition est incongrue et illégitime.
Confiance : terminus
Au-delà de la coopération militaire, la succession de gaffes et de faute politique a brisé la confiance entre le colonel Michaël Randrianirina, président de la Refondation de la République de Madagascar et l’exécutif français et son chef. Plus grave, il se méfie à présent des officiers généraux malgaches qui ont séjourné en France et qui ont des liens avec l’ambassade de France et l’armée française. Signe de sa méfiance généralisée, après le refus de Paris de l’aider à former sa sécurité personnelle, le 9 décembre, il effectue un déplacement confidentiel à Dubaï, aux Émirats arabes unis. A cette occasion, il rencontre sécurocrates émirati, américains et israéliens, ainsi que des compagnies de sécurité privée, dont Blackwater, dirigée par le célèbre et controversé Erik Prince. Depuis le GU russe a débarqué dans la capitale malgache avec une quarantaine d’instructeurs et des drones tueurs qui explosent avec leurs charges.
Après le désert, la mer ?
L’actuel chef des FAZSOI, bien que les éléments militaires qu’il commande soient dérisoires, a été placé à cette fonction dans un but bien déterminé. Le sud-ouest de l'océan Indien constitue un point de passage important pour le commerce maritime international, notamment depuis le début des attaques houthies en mer Rouge. Et surtout il a pour mission d’assurer que l’impérialisme français conserve les îles éparses et leur zone économique exclusive (ZEE), le fantasme océanique du président Macron. Jean de Monicault, devenu en 2025, général de division, commandant des FAZSOI, est un militaire de confiance du président Macron car il a été, pendant l’affrontement entre le président Macron et l’Alliance des États du Sahel, l’adjoint au chef d'état-major particulier du président de la République (2021-2025). Sa visite à Madagascar n’a pu être autorisée que par le colonel Michaël Randrianirina. Elle découle de l’acharnement du président français à revenir dans les affaires malgaches et plus particulièrement de s’assurer de la poursuite de l’annexion des îles éparses.
Une diplomatie indispensable
Négocier l’arrivée de Jean de Monicault n’a pas été une mince affaire. Le Premier ministre de la transition malgache a passé une semaine privée à Paris sans être reçu par un gouvernement français débordé et instable. Le colonel Michaël Randrianirina avait sollicité l'ancien candidat à la présidentielle Serge Jovial Imbeh pour lui proposer un rôle d'intermédiaire auprès des partenaires occidentaux. Il a refusé une mission qui lui semblait mal partie. C’est celle dont certains disent que c’est le seul homme du gouvernement malgache, la ministre des affaires étrangères, Christine Razanamahasoa, qui a réussi in extrémis, selon un communiqué conjoint avec monsieur Barrot, le seul ministre qui garde son portefeuille dans les changements successifs de Premier ministre, à donner une voie officielle renouvelée aux relations entre les deux pays. Les années qu’elle a passé en exil à Paris après avoir été menacée de mort par Andry Rajoelina lui ont permis de connaitre quelques responsables officiels français et d’acquérir la légitimité de la résistance au régime précédent.