(SenePlus) - L’analyse de la crise globale au Mali subit de profonds bouleversements à mesure que la confrontation directe entre la junte militaire au pouvoir et les mouvements coalisés pousse le pays vers la guerre et l'effondrement économique. Dans un article publié le 19 mai 2026 sur la plateforme d'information indépendante Drop Site News, Mamadou Diallo, communicant spécialisé dans le plaidoyer et la défense des droits humains, met en lumière la détérioration critique de la sécurité nationale. Ce travail d'analyse, réalisé en collaboration avec le réseau Egab, détaille comment les récentes offensives coordonnées ont brisé l'illusion de la stabilité, menaçant directement les fondements mêmes du régime de transition.
L'impact immédiat de cette crise se manifeste concrètement sur les axes de transport vitaux pour l'approvisionnement du pays, notamment la route reliant la capitale malienne à la côte sénégalaise. Les témoignages recueillis par l'auteur, comme celui d'un chauffeur routier bloqué durant dix jours à Kita, illustrent la terreur qui s'est emparée des transporteurs face à la multiplication des vidéos de véhicules incendiés sur les réseaux sociaux. Ce blocage logistique entre Dakar et Bamako paralyse les flux de marchandises essentiels, plongeant les acteurs économiques dans l'incertitude face à l'incapacité des autorités à sécuriser durablement le réseau routier national.
Le point de bascule de cette escalade s'est produit le 25 avril 2026, lorsque le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), principale organisation armée liée à al-Qaïda dans le Sahel, a lancé une série d'attaques coordonnées à travers le territoire national. Cette offensive d'envergure a visé de manière inédite le cœur du pouvoir central en frappant la capitale ainsi que la ville garnison de Kati. L'impact de cette opération s'est avéré particulièrement dévastateur pour le commandement militaire malien, entraînant la mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, victime de l'explosion d'un véhicule piégé devant sa propre résidence officielle.
À la suite de cette attaque, le JNIM a officiellement déclaré un blocus total sur Bamako, intensifiant une stratégie de guerre économique initiée dès le mois de septembre 2025. Le siège des infrastructures critiques cible délibérément les voies de commerce, les approvisionnements en carburant et les réseaux électriques, provoquant des pénuries immédiates et une flambée inflationniste. Dans le corps du texte de sa publication, Mamadou Diallo rapporte les difficultés quotidiennes des habitants et des étudiants de la capitale pour se procurer du carburant, un phénomène qui contribue à délégitimer l'action économique de l'État.
Sur le plan des alliances militaires, la junte dirigée par le président Assimi Goïta avait accédé au pouvoir en 2021 en promettant de restaurer la sécurité, ce qui l'avait conduite à expulser les forces armées françaises après neuf ans d'opérations. Pour remplacer ce dispositif occidental, le gouvernement de transition s'est tourné vers l'Africa Corps, une organisation paramilitaire étatique russe qui a succédé au groupe mercenaire Wagner. Cependant, la présence de ces forces n'a pas empêché la détérioration de la situation sur le terrain, l'Africa Corps se trouvant aujourd'hui directement prise pour cible par les mouvements insurrectionnels.
L'offensive a en effet pris une tournure encore plus complexe avec l'entrée en scène du Front de libération de l'Azawad (FLA), un mouvement séparatiste composé de rebelles ethniques touaregs luttant pour l'indépendance du Nord. L'action conjointe et surprise du JNIM et du FLA a permis aux insurgés de s'emparer de Kidal, ville hautement stratégique et bastion historique des rébellions septentrionales. Les combattants russes de l'Africa Corps, déployés aux côtés de l'armée malienne, ont été contraints de battre en retraite, diffusant eux-mêmes sur les plateformes numériques les images de la violence des assauts subis dans cette localité.
L'affaiblissement du pouvoir central exacerbe le sentiment d'abandon au sein des populations civiles des régions périphériques, en particulier dans le centre du pays. À Diafarabé, dans la région de Mopti, des agriculteurs témoignent d'un siège imposé par les groupes djihadistes depuis plusieurs mois sans qu'aucune réaction de l'armée ne soit enregistrée, empêchant l'accès aux champs et installant la famine. De même, les milices d'autodéfense locales de l'ethnie Dogon, connues sous le nom de Dana Ambassagou, expriment leur frustration face à l'absence de soutien militaire lors des récentes attaques meurtrières qui ont décimé plusieurs de leurs localités.
En réponse à cette insécurité omniprésente, les forces armées maliennes ont multiplié les opérations, mais l'utilisation de vecteurs aériens s'accompagne de lourdes pertes collatérales pour les populations civiles. Une frappe de drone effectuée dans la région de San a ainsi causé la mort d'au moins dix civils qui composaient un cortège de motos en préparation d'un mariage, illustrant la fébrilité du commandement militaire. Cette gestion de la crise crée de profondes disparités de traitement de la part du pouvoir, qui a décrété deux jours de deuil national pour le ministre de la Défense tout en observant un mutisme prolongé face aux massacres de civils dans l'arrière-pays.
Face au risque permanent d'une déstabilisation institutionnelle, le gouvernement a renforcé la présence de contingents militaires autour des points stratégiques de la capitale, notamment la station de télévision nationale et l'aéroport international de Bamako. Ce déploiement préventif vise à sécuriser la Base 101, mitoyenne de l'aéroport, qui abrite les unités russes de l'Africa Corps, par ailleurs accusées de violations répétées des droits humains. Parallèlement, le contexte international s'est complexifié en février dernier avec la décision de l'administration Trump de lever les sanctions contre plusieurs hauts responsables maliens afin de permettre la reprise des vols de surveillance américains.
Bien que le président Assimi Goïta ait affirmé dans une déclaration officielle que la souveraineté nationale et la refondation du pays se poursuivraient sans recul possible, les fractures internes ne cessent de s'amplifier. Les investigations initiales du parquet militaire de Bamako pointent désormais des complicités internes au sein de la junte lors des attaques du 25 avril, entraînant une vague d'arrestations et de purges politiques visant l'opposition sous couvert de mesures de sécurité. Le coût humain de cette instabilité est supporté par les familles maliennes qui perdent leurs jeunes soldats, privant les foyers de leurs principaux piliers économiques et compromettant l'avenir de toute une génération.