(SenePlus) - Dans la banlieue de Dakar, les montagnes de détritus fumants de Keur Massar vivent peut-être leurs dernières heures. Dans un reportage publié ce 23 avril 2026 par le journaliste Adrien Marotte pour Jeune Afrique, le Sénégal affiche son ambition de transformer Mbeubeuss, l'une des plus vastes décharges à ciel ouvert d'Afrique, en un modèle régional de gestion des déchets.
Ouvert en 1968 sur un ancien lac asséché, ce site tentaculaire de 115 hectares accumule plus de 25 millions de tonnes de déchets. Longtemps symbole d'une urbanisation non maîtrisée causant la « pollution de l’air, des sols et des eaux », Mbeubeuss est aujourd'hui au cœur d'un projet de réhabilitation titanesque. Porté par le Projet de promotion de la gestion intégrée et de l'économie des déchets solides (Promoged), ce chantier bénéficie d'un financement global de 267 millions de dollars, soutenu massivement par la Banque mondiale, l'Agence française de développement (AFD), la Banque européenne d'investissement (BEI) et la Coopération espagnole.
La première phase des travaux, d'un coût de 46 millions de dollars, concerne la sécurisation et le remodelage des 40 hectares les plus anciens du site. Selon Jeune Afrique, les déchets y ont été stabilisés et recouverts pour assurer l'étanchéité, avec l'installation de systèmes de captage du biogaz et des lixiviats. L'objectif final de cette zone est séduisant : la transformer en un grand parc urbain végétalisé doté d'équipements sportifs.
Mais la véritable originalité de l'approche sénégalaise réside dans son modèle de traitement semi-automatisé. Contrairement à la Côte d'Ivoire qui a confié la réhabilitation de sa décharge d'Akouédo au secteur privé (PFO, Veolia), le Sénégal a fait le choix de maintenir une part de tri manuel. Le but ? Préserver l'écosystème informel de Mbeubeuss, où près de 4 000 personnes vivent de la récupération.
Ibrahima Diagne, conseiller technique du Premier ministre cité par JA, détaille cette démarche d'inclusion : « Chaque travailleur à Mbeubeuss a ainsi été recensé, profilé puis orienté vers une activité, que ce soit l’intégration dans les futurs centres de tri, le suivi de formations, une reconversion ou encore un accompagnement financier. » Une approche intégrée qui, selon lui, « pourrait faire école » dans d'autres métropoles africaines comme Bamako ou Nouakchott.
Malgré ces promesses de formalisation de l'emploi, l'inquiétude gronde sur le terrain. Harouna Niass, président de l'association des récupérateurs, confie au magazine : « Nous avons perdu la confiance. Nous sommes conscients des enjeux environnementaux mais on doit être respectés. » Les travailleurs redoutent une baisse de leurs revenus et craignent d'être laissés sur la touche du futur système.
L'autre défi majeur reste financier. Si les riverains se réjouissent déjà d'une nette diminution des fumées et des odeurs, Jeune Afrique rappelle que « les deux tiers de la décharge sont encore actifs ». Le magazine souligne que la situation budgétaire très tendue du Sénégal, couplée à un contexte international incertain marqué par les annonces de coupes de l'administration américaine de Donald Trump, fragilise les financements futurs. Fermer définitivement Mbeubeuss prendra encore quelques années, mais pour la première fois en un demi-siècle, la fin du cauchemar écologique semble à portée de main.