Arbitre international sénégalais, Malang Diédhiou sort d’une brillante participation à la CAN 2017 où, en compagnie des arbitres assistants Djibril Camara et de El Hadj Malick Samba, il a dirigé trois matchs, dont la demi-finale Burkina Faso / Égypte. L’arbitre de la CRA de Dakar revient dans cet entretien sur Gabon 2017.
Quel bilan tirez-vous de la participation du trio d’arbitres sénégalais à la CaN 2017 ?
C’est un exercice qui n’est pas facile. Je voudrais tout simplement dire qu’aller à la CAN est un élément positif pour le trio arbitral sénégalais. Deuxièmement, ce n’est pas la première fois que l’on participait à ce genre de tournoi. Et en fin de compte si on ne juge que par rapport au nombre de matchs que l’on a officiés durant ce tournoi, on peut dire que c’est un bilan positif. À ce niveau de la compétition, la CAF ne met pas les gens sur des matchs par complaisance. La commission chargée de désigner, elle aussi, essaiera de jouer son véritable rôle. On a eu la chance de faire 3 matchs sur 32 alors qu’il y avait 17 centraux. Si on fait le ratio entre le nombre de matchs et le nombre d’arbitres qui était làbas, c’est un arbitre par match, le reste maintenant c’est des bonus en fonction. Nous, on a eu la chance de faire trois matchs. Un seul juge a fait quatre matchs, celui qui a officié la finale de la CAN 2017. Ceux qui ont officié trois matchs sont au nombre de trois : le Gambien Pape Bakary Gassama, le Sud-Africain Daniel Bennett et moi-même. Même si ce n’était pas facile, parce que dans l’arbitrage on ne peut pas faire 100% zéro faute. C’est impossible. N’empêche, on a essayé de donner le maximum pour éviter de commettre des erreurs, qui influeraient immédiatement sur les matchs. En plus, au débriefing, nos prestations ont été jugées très satisfaisantes par les responsables de l’arbitrage africain. Donc, notre prestation a été positive.
Parmi les trois rencontres officiées lors de la CaN 2017, quelle est celle où vous avez éprouvé le plus de problèmes ?
Le match qui me semble le plus difficile, c’est celui que l’on a officié le premier (RD Congo / Togo, ndlr). D’abord c’était l’entrée en matière pour nous, dix jours après le début du tournoi. On est entré tardivement dans le tournoi et il fallait prendre quelques repères, même si on ne les a jamais perdus. Mais moi, particulièrement, ce match m’a marqué, parce que c’est sur celui-là que je me suis plus battu. Même si la prestation n’était pas mauvaise, elle n’était pas excellente non plus. En tout cas du point de vue physique, il y avait quelque chose à améliorer. quelques décisions également ont été prises, notamment sur une balle qui est sortie et un coup franc mal apprécié. Mais d’une manière générale, c’est très positif.
D’autres échéances se profilent à l’horizon, notamment le Mondial russe 2018…
Le Mondial, on en est encore loin. C’est vrai que nous sommes candidats comme tous les 6 autres arbitres africains (le Zambien Janny Sikazwe, le Camerounais Alioum Néant, l’Algérien Mehdi Abid Charif, le Seychellois Bernard Camille, le Gambien Papa Bakary Camara et l’Égyptien Ghead Grisha, ndlr). Certes, l’objectif pour tout arbitre international, avant de mettre un terme à sa carrière, c’est d’aller au Mondial, mais on n’en fait pas une obsession. Aujourd’hui, avec les résultats que nous produisons, on peut dire que l’on est sur la bonne voie. Maintenant, pour le Mondial, il y aura une liste qui sortira en janvier 2018. Entre temps, il y a énormément de travail à faire. Il y aura des séminaires FIFA auxquels nous allons participer et sur lesquels il faudra donner satisfaction à tous les niveaux. Concernant les exercices pratiques, nous aurons à faire et réussir éventuellement les matchs dans les tournois U17, U20, Coupe des confédérations, les éliminatoires de la CAN 2019, du Mondial 2018 et les rencontres dans le championnat sénégalais. C’est comme ça que travaille la FIFA.
Une nette amélioration a été constatée sur le niveau de l’arbitrage africain lors de la CaN 2017, certaines erreurs flagrantes n’ont pas été constatées durant le tournoi. Quel commentaire en faites-vous ?
Le travail est toujours le même, depuis que l’on a intégré l’élite de l’arbitrage africaine. Mais il y a des évolutions, depuis 2011, au niveau de la FIFA où les gens essayent toujours de s’inspirer des erreurs d’arbitrage pour corriger. Et à chaque fois qu’il y a un tournoi ou un séminaire, il y a des exercices pratiques, c’est-à-dire les simulations d’exercices que nous faisons sur le terrain avec des joueurs. On essaie de corriger en fonction des erreurs d’arbitrage déjà commises. Cela ne peut pas garantir à 100% la réussite des matchs, lors des tournois, mais ça permet quand même de les minimiser. Parce que l’on se rend compte, en travaillant avec certaines théories et simulations réalisées par nos instructeurs, que le meilleur angle de vue nous permet de mieux apprécier. En tout cas, pour cette CAN, d’abord physiquement tous les arbitres étaient au top, parce qu’il n’y a pas eu d’échec lors des tests physiques. Ensuite, le travail intense effectué durant le tournoi nous a permis d’être à la hauteur et de limiter les erreurs.
Un mot sur l’élimination du Sénégal en quart de finale par le Cameroun. pourtant beaucoup d’observateurs voyaient les lions comme des favoris de l’épreuve…
Avant même d’aller à la CAN, notre trio souhaitait que le Sénégal franchisse le cap des quarts de finale. Comme ça on rentre tôt à la maison. Malheureusement les Lions ont été éliminés en quarts. Ça nous a permis de continuer la compétition même si nous ne le souhaitions pas. À partir des demi-finales, les choses étaient devenues beaucoup plus difficiles. Et si l’on avait échoué lors du dernier match, les premières prestations seraient oubliées par tout le monde et on ne reteindrait que la faute commise. Tout le monde, même les collègues arbitres qui étaient avec nous, reconnaissaient que le Sénégal avait la meilleure équipe dans cette CAN. Lors de notre quart de finale contre le Cameroun, on était avec des arbitres camerounais qui nous disaient «allez préparer vos bagages, vous allez rentrer chez vous, car le Sénégal va battre le Cameroun». En plus d’éliminer le Sénégal, le Cameroun nous élimine aussi de la finale. On ne pouvait plus prétendre arbitrer la finale tant que cette formation était toujours en lice.