Le Bureau exécutif de l’Union des magistrats sénégalais (Ums), suite aux menaces de radiation ou de rétrograde brandies par le garde des sceaux, a marqué hier, son soutien à Ibrahima Hamidou dème qui a récemment démissionné du Conseil supérieur de la magistrature (Csm). Comme pour marquer leur solidarité, les magistrats se sont érigés en boucliers autour de lui comme ce fut le cas dans le dossier du magistrat de la Crei Yaya dia que le Président Macky Sall voulait faire radier.
Le substitut général près la Cour d’appel de Dakar, Ibrahima Hamidou Dème, qui a dénoncé les tares de la justice, principalement à cause de certains actes posés par le garde des Sceaux, semble dire tout haut ce que l’écrasante majorité des magistrats pense tout bas. C’est en tout cas, ce qui ressort du communiqué rendu public par le bureau de l’Union des magistrats du Sénégal. Au delà du communiqué dans lequel, les magistrats se solidarisent avec Dème, ces derniers ont crié à haute et intelligible voix qu’ils «sont tous Ibrahima Dème» et endossent ses propos. Les magistrats sont très déterminés à ne pas accepter quelque sanction que ce soit contre le substitut général de la Cour d’appel de Dakar. Mieux, les juges considèrent la sortie musclée du ministre de la Justice contre le magistrat «comme une tentative des autorités de sanctionner voire même radier Ibrahima Dème».
COMMENT YAYA DIA A ETE SAUVE DE LA RADIATION
Nos interlocuteurs se souviennent de l’épisode de la démission fracassante du juge de la Crei, Yaya Dia en pleine audience lors du procès de Karim Wade. Cet acte a été difficile à avaler par le président Macky Sall qui a voulu avoir la peau de ce juge de la Crei en demandant sa radiation, selon nos interlocuteurs. Dia étant un juge du siège, c’est le premier président de la Cour Suprême qui avait présidé le Conseil de discipline. Ce dernier s’était vu opposé une fin de non recevoir par les magistrats qui y siégeaient. Depuis lors, le juge Yaya Dia, affecté à la Cour d’appel de Ziguinchor, pas encore fonctionnelle, se trouve chez lui à se tourner les pouces.
Dans cette affaire Ibrahima Dème, c’est Cheikh Tidiane Coulibaly qui devrait présider le Conseil de discipline chargé de statuer sur le sort du magistrat rebelle. Déjà avec la solidarité exprimée par l’Ums, il faut dire sans risque de se tromper que le glaive ne s’abattra pas sur Dème qui jouit d’une respectabilité auprès de ses pairs. Qui plus est, la loi ne perçoit pas la démission comme un délit.
Ainsi, dans le communiqué parvenu à notre rédaction hier, le Bureau exécutif (Be) rappelle qu’il a «toujours dénoncé, avec vigueur, les maux que le collègue Dème a évoqués dans sa lettre de démission notamment le dysfonctionnement du Conseil supérieur de la Magistrature». Aussi condamne-t-il «fermement les menaces proférées contre les magistrats d’où qu’elles proviennent et rappelle que la Justice ne saurait être gérée par de l’intimidation».
Pour rappel, dans une lettre adressée au Président du Csm, datant du 1er février 2017, largement relayée dans la presse, le substitut général près la Cour d’appel de Dakar, a relevé, entre autres, que « la vitrine de la justice ne doit pas être une magistrature sous influence, mais plutôt une magistrature indépendante et impartiale, démontrant constamment dans ses décisions, que la justice est exclusivement au service de la vérité ».