(SenePlus) - Invité de l'émission « Point de Vue » sur la RTS, le Pr Ousmane Sène a structuré sa réflexion autour d'un constat majeur : le jeu politique sénégalais actuel souffre d'un profond décalage avec les réalités quotidiennes des citoyens. En examinant les tensions institutionnelles et les rivalités internes au sein de la majorité, l'universitaire rappelle que les priorités de la population se situent avant tout sur le terrain de la vulnérabilité économique, des incertitudes liées à la campagne agricole et du coût de la vie. Pour l'analyste, les promesses de célérité formulées par le pouvoir font aujourd'hui face à l'épreuve des faits, engendrant un sentiment de déception face au peu de réalisations concrètes.
Cette exigence de pragmatisme s'applique également à la gestion des finances publiques et aux relations avec les partenaires internationaux, alors qu'une nouvelle mission du Fonds monétaire international est attendue à Dakar. Abordant le débat complexe sur la restructuration de la dette et les controverses nées de l'affaire ASER, Ousmane Sène invite à une profonde introspection sur le concept de souveraineté. Selon lui, cette notion ne saurait se réduire à des postures discursives ou à des slogans hérités des décennies post-indépendance. La souveraineté se cultive par la détention des moyens de sa propre politique, et l'état de l'économie impose de préserver la réputation internationale du pays ainsi que des relations diplomatiques constructives pour financer le développement des infrastructures vitales.
Sur le plan international, l'actualité est largement dominée par le coup d'envoi du Mondial de football, une compétition co-organisée par les États-Unis qui suscite déjà de vives réactions en raison de rigidités administratives. Interrogé sur le refoulement d'officiels africains et les restrictions sévères en matière de visas, le spécialiste de la société américaine attribue ces dysfonctionnements à l'application systématique et parfois aveugle des politiques de sécurité nationale et de lutte contre l'immigration clandestine sous l'administration de Donald Trump. Tout en relativisant la portée de certains incidents logistiques survenus sur les tarmacs, il déplore l'absence de dérogations spécifiques pour cet événement planétaire. Face à l'ego des dirigeants et aux polarisations géopolitiques actuelles, l'universitaire rappelle que le sport devrait demeurer un espace de neutralité et de rapprochement pour l'humanité.