Le maintien des filles dans le système éducatif sénégalais fait face à un défi de taille : la gestion de l'hygiène menstruelle. Réunis à la mairie de Pikine ce mercredi 6 mai 2026, le réseau « Siggil Jigeen », les élus locaux et les acteurs communautaires ont lancé un plaidoyer pour que cette problématique soit désormais inscrite au cœur des budgets municipaux et des politiques de santé scolaire.
La précarité menstruelle ne doit plus être un facteur d'exclusion sociale ou scolaire au Sénégal. C’est le message central porté par Safiétou Diop Fall, présidente du réseau « Siggil Jigeen », lors d'un atelier stratégique organisé à l'hôtel de ville de Pikine. Cette rencontre a permis de mettre en lumière l'impact dévastateur du manque de moyens sur la scolarité des jeunes filles. Selon les responsables du réseau, les crises économiques actuelles aggravent les difficultés des familles, poussant de nombreuses élèves à s'absenter de manière répétée ou à abandonner définitivement l'école faute de pouvoir gérer leurs règles dans des conditions décentes.
Pour la présidente de « Siggil Jigeen », la solution réside dans un engagement politique ferme des collectivités territoriales. Elle estime qu'il est impératif de mobiliser des ressources spécifiques pour transformer l'environnement scolaire. Cet engagement passe par la création d'espaces sûrs et la mise à disposition de serviettes hygiéniques au sein même des établissements. Au-delà de l'accès aux protections, la dimension environnementale a été soulignée comme un aspect crucial, nécessitant la mise en place de circuits de gestion des déchets adaptés pour éviter les frustrations et prévenir les risques sanitaires liés à une mauvaise hygiène.
La municipalité de Pikine, représentée par la conseillère Yayou Bayam Diouf au nom du maire Abdoulaye Timbo, a réagi favorablement à cet appel en déclarant la gestion de l'hygiène menstruelle comme une priorité absolue pour la ville. La conseillère a souligné que les infrastructures existantes doivent évoluer pour répondre à ces besoins spécifiques. Dans cette optique, la Ville de Pikine envisage de collaborer avec les autorités académiques pour collecter des données précises, permettant ainsi de planifier des investissements ciblés et de renforcer le plaidoyer auprès des partenaires techniques et financiers.
Sur le terrain des infrastructures, les participants ont convergé vers la nécessité de construire des toilettes séparées et sécurisées, tout en intégrant désormais les produits d'hygiène dans les fournitures scolaires distribuées par la mairie. L'accompagnement ne sera pas seulement matériel, puisqu'un volet psychologique et sanitaire est également prévu. Les écoles devront être dotées d'infirmeries fonctionnelles avec un personnel qualifié capable d'épauler les jeunes filles pendant cette période de leur vie, réduisant ainsi les risques de décrochage scolaire lié au stress ou à l'inconfort.
Enfin, la réussite de cette initiative repose sur la levée des tabous socioculturels par le biais d'une sensibilisation à grande échelle. Un plan de communication multisectoriel sera déployé, impliquant aussi bien les médias que les leaders religieux et communautaires pour favoriser une appropriation collective de la question. En complément des budgets municipaux, le réseau « Siggil Jigeen » et la Ville de Pikine comptent solliciter le secteur privé et le mécénat afin de pérenniser la disponibilité des produits d'hygiène et de garantir à chaque jeune fille le droit d'étudier dans la dignité.