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Plongée dans la tentaculaire cyber-surveillance marocaine
Caméras cachées dans la climatisation, téléphones infectés en trente minutes dans les aéroports ou appareils neufs déjà sur écoute constituent l'arsenal d'un État prêt à tout pour étouffer la contestation civile
 
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1006793
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(SenePlus) - Un témoignage rare vient de percer l'opacité qui entoure l'appareil sécuritaire marocain. Selon une enquête publiée par Le Monde, signée des journalistes Damien Leloup et Martin Untersinger, un ancien officier de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), le puissant service de renseignement intérieur du royaume, a accepté de révéler l'ampleur de l'arsenal technologique déployé contre journalistes, avocats et militants des droits humains.

L'identité de cette source, que Le Monde a choisi d'appeler Safir, demeure entièrement protégée : ni son âge, ni son pays de refuge, ni son apparence ne peuvent être révélés. Les précautions qu'il s'impose au quotidien donnent la mesure du danger qu'il estime courir, jusqu'à préférer des récipients jetables dans les cafés, pour n'y laisser aucune empreinte.

Son témoignage est le fruit d'un travail de plusieurs années initié par le journaliste marocain Hicham Mansouri, qui s'est ensuite rapproché de Forbidden Stories. C'est ce média, spécialisé dans la poursuite des enquêtes de journalistes réduits au silence, qui a coordonné un consortium regroupant Le Monde et quatorze autres rédactions, avec l'appui technique du Security Lab d'Amnesty International.

Pegasus, le fleuron d'un arsenal tentaculaire

Le nom de Pegasus n'est pas nouveau dans ce dossier. Dès 2021, Le Monde et ses partenaires du « Projet Pegasus » avaient déjà mis au jour l'usage par Rabat de ce logiciel espion développé par l'entreprise israélienne NSO Group, accusations que le royaume avait alors fermement démenties. Le témoignage de Safir vient aujourd'hui confirmer, de l'intérieur, ce que le pouvoir marocain s'était toujours refusé à admettre.

Plus troublant encore, ce sont des journalistes et des défenseurs des droits humains qui auraient figuré parmi les toutes premières cibles de l'outil dès son arrivée au sein du service, une information que les données de ciblage analysées par le consortium viennent corroborer. Des personnalités comme l'avocat Abdessadak El Bouchattaoui ou le défenseur des droits humains Maati Monjib ont ainsi été approchées via de faux messages soigneusement conçus pour paraître crédibles — fausses annonces immobilières ou offres commerciales — avant que la technique n'évolue vers une infection à distance, sans le moindre clic de la victime, grâce à une faille exploitée dans l'application WhatsApp.

Le témoignage le plus significatif de Safir tient peut-être à la relativisation du rôle de Pegasus lui-même : selon lui, ce logiciel n'intervenait qu'en dernier recours, lorsque le reste de la panoplie technologique avait échoué. Car cette panoplie s'avère considérable.

Dès 2009, le Maroc figurait déjà parmi les principaux clients du logiciel espion RCS, développé par l'entreprise italienne Hacking Team, avec une licence lui permettant d'infecter jusqu'à deux mille appareils. Safir décrit des méthodes d'infection expéditives, notamment dans les aéroports, où des téléphones confisqués sous un prétexte quelconque étaient piégés en une trentaine de minutes à peine. Le service serait également allé jusqu'à préinstaller ce logiciel dans des téléphones vendus comme neufs, ciblant en particulier les militants du mouvement Hirak entre 2016 et 2017, une méthode dont l'efficacité psychologique reposait, selon lui, sur l'apparence intacte de l'appareil.

À cet arsenal s'ajoutent des IMSI catchers simulant de fausses antennes-relais, un logiciel nommé NightHawk capable de prendre le contrôle de caméras de vidéosurveillance, ainsi qu'une conservation systématique des communications téléphoniques pendant deux ans, en dehors, semble-t-il, de tout cadre judiciaire véritablement respecté.

L'enquête révèle également le recours à des procédés plus artisanaux : micros et caméras dissimulées, notamment dans des systèmes de climatisation, comme l'aurait subi le défenseur des droits humains Fouad Abdelmoumni. Le cas le plus emblématique reste celui du journaliste Omar Radi, sous surveillance continue depuis 2017 jusqu'à son arrestation, avant sa condamnation en 2021 dans un procès jugé entaché d'irrégularités, puis sa grâce royale en 2024. Selon Safir, l'ensemble de l'arsenal marocain — des caméras miniaturisées dissimulées dans des luminaires aux micros placés sous les tables de cafés avec la complicité de tenanciers — aurait été déployé contre lui et ses proches.

L'enquête évoque enfin l'existence d'une cellule dédiée, au sein même de la DGST, chargée d'alimenter les réseaux sociaux et une partie de la presse marocaine en contenus favorables au régime et hostiles à ses opposants, dans un but explicite de décourager et d'isoler les militants ciblés.

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