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Pourquoi Abou Lô est-il toujours sous boîte vocale ?
ARTP - DEVOIR D'INFORMER
 
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3545
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Chargé de faire la lumière chez les opérateurs, Abou Lô s’abrite à l’ombre de son bureau opaque. Il a une sainte horreur des interviews et autres adresses au public. Cet autisme à l’endroit des administrés traduit-il du mépris ou de la hantise ?

De quoi a peur le Directeur général de l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes, Abou Lô ? Depuis qu’il a été bombardé Dg de la très courue boîte, l’ex-ministre de la Communication, des Télécommunications et des Tics « vend » cher « ses » interviews avec la presse. L’immense bâtisse bleue qui surplombe le célèbre cimetière Saint Lazare de Béthanie est, visiblement, à l’image de ses vitres noires : opaque. Et brrr… Parce que le maître des lieux répugne à donner des interviews ou à faire la moindre déclaration envers le peuple.

A-t-il été secoué par cette histoire de double nationalité (une des raisons, sûrement, pour lesquelles le chef de l’Etat a préféré l’enlever du gouvernement) ? Sans doute. En tout cas, Abou Lô ne parle pas. Abdou Lô n’explique pas. Abdou Lô ne communique pas. Les rares journalistes qui se sont essayés à l’exercice de lui arracher des mots l’ont vécu à leurs dépens. Et tout porte à croire que la dernière visite avortée à l’Artp du ministre de la Communication, Cheikh Bamba Dièye, obéit à cette logique implacable que « le Bonze » s’est assignée.

Aussitôt installé à la tête de l’Artp, Abou Lô demeure fidèle à cette loi de l’omerta si chère à ses prédécesseurs. Pourtant pendant les grands évènements comme le Magal, le Gamou ou le pèlerinage de Popenguine, l’Artp met à la disposition du public un numéro vert pour signaler les défaillances des opérateurs. Simple effet de mode ? On pourrait bien le penser.

Les anciens directeurs de cette boîte ont toujours fait montre d’une rétivité maladive à l’égard de la presse. Oubliant sans doute qu’ils gèrent un service public. Les verres teintés de l’Agence dénotent bien la nébulosité et l’esprit rébarbatif qui règne à l’intérieur de ses appartements. Ces dix dernières années, des scandales à répétition ont éclaboussé la boîte. L’affaire des primes indues est là pour rappeler les pratiques peu recommandables qui font légion dans cette structure. En effet, un rapport de l’Inspection générale d’Etat (IGE) de 2008 avait mis en cause le Dg d’alors, Daniel Goumalo Seck, ainsi que les membres du Conseil de Régulation : Abdoulaye Sakho, Issakha Guèye, Cheikh Tidiane Touré, Mamour Niang, Abdoulaye Ndiaye, Babacar Touré et Oumar Diouf pour détournement de deniers publics. Ils sont accusés d’avoir pris, sans base juridique, une « prime exceptionnelle » pour leurs propres comptes. Par la suite, Ndongo Diao, suivra les traces de M. Seck. Les micmacs avec l’ancien président Abdoulaye Wade finiront par le perdre.

En compagnie de deux de ses collaborateurs, Ndongo Diao fait actuellement face à des accusations de « détournement de derniers publics, concussion, corruption passive, faux et usage de faux dans un document public pour une valeur de 5,4 milliards sur la base de prestations virtuelles ». De même, Thierno Alassane Sall durant son passage furtif à la tête de l’institution, avait commencé à outrepasser ses prérogatives. Entre autres lorsqu’il s’est substitué au Président de la République, Macky Sall, pour s’opposer au décret de nomination des membres du comité de direction du Fdsut. Ces membres nommés par décret ne pouvaient être démis de leur fonction que par un autre décret d’abrogation. Par la suite, il se ravise pour régler le différend en catimini.

Tous ces directeurs ont refusé de livrer des informations sur le Fdsut. Ce fonds collecté au nom du peuple est entouré d’un opaque voile de mystère. Sur cette question, Abdou Lô installé depuis quatre mois ne déroge pas à la règle. Rien ne filtre sur les fonds collectés et leur utilisation. S’il ne se démarque pas des pratiques de ses prédécesseurs, il risque de connaître le même sort. Hélas, rien n’indique qu’il fera mieux ou différemment qu’eux. Lui qui s’enferme dans son bâtiment comme un Furher dans son bunker, lui encore qui est protagoniste d’une querelle de préséance, largement commentée par les sites d’informations en ligne, lui enfin qui fuit la presse. Jusqu’à quand ? Seul Dieu sait !

Esquive

L’histoire de tutelle avancée par Libération pour expliquer son « refus » de recevoir le ministre Dièye est à mettre dans cette ligne communicationnelle. Car, tout le monde sait que l’Artp a en partage avec le Ministère de la Communication, la gestion des télécommunications. C’est sur la base des textes de réglementation élaborés par ce ministère que l’Artp fait la régulation du secteur. Il s’agit par conséquent de deux lames d’une même paire de ciseaux. La tutelle de la Présidence dont semble s’enorgueillir l’Artp n’est apparemment là que pour rassurer les acteurs d’un espace férocement concurrentiel. Il faut un arbitre et un arbitre fort ! Et puis, si l’argument de la tutelle vient des services d’Abou Lô, il y a de quoi s’interroger sur la mémoire de nos dirigeants. Car, Cheikh Bamba Dièye a, comme en a rendu compte la chaine publique (Rts1) récemment visité le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra), une structure qui n’est ni sous sa tutelle ni sous l’autorité administrative de la Présidence de la République.

D’ailleurs, une source proche d’Abou Lô lui-meme, alors ministre de la Communication renseigne, qu’il avait visité le Cnra. Rien de plus normal donc pour le ministre en charge du secteur d’aller venir rendre visite au Dg de l’Artp, structure régulatrice. D’autant que bon nombre de lamentations sur le confort d’écoute ou de la réception sont en général adressées au ministère et non à l’Artp. Les débats à l’Assemblée nationale lors du vote du budget en témoignent. Des députés se sont plaints de la qualité de l’écoute de telle ou telle chaîne, en raison des interférences. Aussi est-il est bon pour le ministre de la Communication de s’en ouvrir à l’autorité chargée de la régulation. Les raisons du « refus » de Lô sont ailleurs. Et personne n’en doute.

Lui qui ne porte pas la presse dans son cœur savait très bien que son remplaçant à la rue Amadou Assane Ndoye ne viendrait pas seul. La presse informée de la visite allait assiéger la maison bleue. Allergique aux questions gênantes, Abou Lô s’exposait à une interpellation comme celle relative à sa nomination au poste de Dg de l’Artp. Car, dans une de ses éditions, Le Quotidien avait écrit : « Ministres recasés dans les directions publiques : Aly Cotto Ndiaye, Abou Lô, Ibrahima Sall, Mata Sy Diallo… hors-la-loi ». Et le journal de préciser que « la nomination de quatre anciens ministres à des postes de direction a fait resurgir la loi interdisant à tout ministre limogé d’occuper un poste public dans les six mois qui suivent son limogeage.

Ainsi, Mata Sy Diallo, Abou Lô, Ibrahima Sall et Aly Cotto Ndiaye ont été nommés en violation flagrante des dispositions de la loi 78-45 du 15 juillet 1978 ». Il renverra immanquablement le journaliste comme au sujet de sa nationalité à Macky Sall. Mais la suite dans cette affaire de nationalité, on la connaît. Lô a, maladroitement, fini par lâcher le morceau dans une interview au quotidien Enquête où il a pris son courage à deux mains avant de lâcher : « D’abord, j’ai acquis la citoyenneté allemande en 2004, cinq ans après le règne d’Abdou Diouf. La raison fondamentale, j’avais une mission dans des sociétés autrichiennes ». Il tentait ainsi de démonter l’information-béton livrée en premier par L’Office dans son édition du 27 avril 2012. Mais tel dans le supplice Sisyphe, la balle rebondit du microphone de parlementaire de l’ancien ministre des Sports Abdoulaye Makhtar Diop lors de la déclaration de politique générale du Premier ministre Abdoul Mbaye, en septembre dernier. « L’article 16 dispose que tout Sénégalais qui a pris une autre nationalité perd celle sénégalaise. Un membre de votre gouvernement a dit qu’il a la nationalité allemande. Je demanderai une commission d’enquête pour que tous les étrangers démissionnent de leur poste dans les communautés rurales et communes. Nous ne pouvons pas accepter que des renégats au sens large du terme participent à la gestion publique », éclate Abdoulaye Makhtar Diop.

L’avocat Me El Hadji Diouf s’en mêle et assène : « effectivement, en vertu de l’article 16, un individu de nationalité étrangère ne peut participer à la gestion des affaires publiques ». Ce débat-là est loin d’être clos. Qui sait, le jour où il étoffera sa cellule de communication, Lô retrouvera peut-être la voix. En tout cas, le quotidien L’As a annoncé dans ses piques, la volonté du Dg de l’Artp de s’attacher à nouveau les services de la « dame » qui était avec lui au Ministère de la Communication. C’est à croire que cette histoire de communication gouvernementale s’est, telle une métastase, disséminée dans tous les démembrements du pouvoir. Reste à savoir si Abou Lô en guérira.

 

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