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Recomposition politique, ruée vers le parti présidentiel
En décidant de transformer la Coalition Diomaye Président en un véritable parti politique, le président Bassirou Diomaye Faye ouvre une nouvelle séquence qui pourrait redessiner durablement les rapports de force au sommet de l’État
 
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L’annonce a provoqué un véritable séisme dans le paysage politique sénégalais. En décidant de transformer la Coalition Diomaye Président en un véritable parti politique, le président Bassirou Diomaye Faye ouvre une nouvelle séquence qui pourrait redessiner durablement les rapports de force au sommet de l’État. Présentée comme un instrument destiné à structurer et à consolider la majorité présidentielle, cette initiative intervient dans un contexte marqué par des tensions de plus en plus visibles avec le Pastef, parti dont le chef de l’État est pourtant l’un des co-fondateurs

A moins de trois ans de l’élection présidentielle de 2029, cette nouvelle formation apparaît déjà comme le principal chantier politique du chef de l’État. Son ambition dépasse la simple création d’un appareil partisan. Il s’agit de bâtir une force capable de soutenir son action, préparer les prochaines élections locales et lui offrir une autonomie politique face à un Pastef dirigé par Ousmane Sonko, devenu un allié de plus en plus encombrant.

Les réactions enregistrées depuis cette annonce montrent que le projet suscite déjà une dynamique de ralliement. des responsables politiques, des élus locaux et plusieurs partis membres de la coalition présidentielle affichent leur volonté de rejoindre cette nouvelle aventure.

Un parti pour consolider le pouvoir présidentiel

C’est devant plus de 300 maires réunis au palais de la république que Bassirou Diomaye Faye a dévoilé son ambition de créer un grand parti présidentiel. pour conduire cette opération, il a confié la coordination des travaux à Aminata Touré, superviseure générale de la Coalition Diomaye président. Une task force est désormais chargée de préparer les statuts, le règlement intérieur, le programme politique, le nom, le sigle et les emblèmes de cette future formation. L’objectif affiché est de transformer une coalition électorale en une organisation politique structurée, capable de s’implanter durablement sur l’ensemble du territoire national.

Pour Aminata Touré, cette évolution constitue une suite logique du processus engagé depuis la campagne présidentielle de 2024. Selon elle, la coalition doit désormais franchir une nouvelle étape en devenant une « unité plus organique », plus cohérente et plus efficace dans l’accompagnement de l’action présidentielle.

L’ancienne première ministre insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas de partir de zéro. la future formation conservera les valeurs fondatrices de la Coalition Diomaye président : renforcement de la démocratie, bonne gouvernance, dialogue, consensus, justice sociale et prospérité partagée

L’ancrage territorial constitue l’une des priorités de cette nouvelle stratégie. Aminata Touré souligne que de nombreux maires travaillent déjà avec la majorité présidentielle et que leur engagement a permis d’élargir l’influence politique du président dans plusieurs départements qui n’avaient pas voté pour lui lors de la présidentielle.

Cette présence des élus locaux est appelée à jouer un rôle décisif dans la préparation des prochaines élections municipales. L’objectif est de disposer d’un appareil politique capable de défendre le bilan du président et de conquérir de nouvelles collectivités territoriales.

le professeur agrégé de sciences politiques Maurice Soudieck Dione, interrogé par nos confrères de DW Afrique estime que cette démarche s’inscrit clairement dans la perspective de la présidentielle de 2029. « Tous les actes que pose le président Bassirou Diomaye Faye nous mènent en droite ligne vers les perspectives électorales de 2029 », analyse-t-il. Selon lui, le chef de l’État cherche désormais à disposer de son propre appareil politique afin de ne plus dépendre exclusivement du Pastef. « Il voulait un appareil politique sur lequel il peut s’appuyer pour aller à la conquête des suffrages », explique le politologue. Maurice Dione estime également que le président cherche à élargir sa base électorale en attirant des responsables politiques issus d’autres formations ainsi que des maires et présidents de conseils départementaux susceptibles d’apporter avec eux un capital électoral important.

Parti « Awalé », le déclic d’un vaste ralliement annoncé

À peine le projet annoncé, les premières manifestations de soutien se sont multipliées. Le parti awalé du ministre du pétrole et de l’Énergie, Dr Abdourahmane Diouf, a été l’un des premiers à franchir le pas. Réunie en congrès extraordinaire à Rufisque, sa délégation politique nationale a adopté à l’unanimité une résolution apportant son « soutien sans réserve » à la création du nouveau parti présidentiel. Une déclaration qui fait le déclic d’un vaste ralliement annoncé vers la nouvelle formation du chef de l’état. Dans sa déclaration, awalé considère que cette nouvelle dynamique constitue un cadre plus large et plus inclusif pour accélérer la mise en œuvre du projet présidentiel fondé sur la souveraineté, la justice sociale et la prospérité partagée.

Le parti estime que cette évolution est conforme à sa propre vocation politique, qui consiste à servir l’intérêt général au-delà des appartenances partisanes. Mieux encore, awalé affirme être prêt à prendre toute sa place dans cette nouvelle architecture politique afin de contribuer à renforcer les capacités de mobilisation de la majorité présidentielle. le parti invite ainsi l’ensemble de ses responsables, militants et sympathisants, au Sénégal comme dans la diaspora, à accompagner cette nouvelle étape avec discipline et esprit de rassemblement. Ce ralliement est loin d’être anodin. Il intervient alors que plusieurs formations membres de la Coalition Diomaye président réfléchissent également à leur avenir politique.

Aminata Touré, cette évolution pourrait même contribuer à rationaliser le paysage politique sénégalais en regroupant plusieurs partis au sein d’une seule grande formation. Elle défend l’idée de larges blocs politiques qu’elle juge plus efficaces pour la gouvernance du pays que la multiplication de petites formations. L’ancienne première ministre rejette également les critiques formulées par l’alliance pour la république qui accuse le pouvoir d’avoir utilisé les maires à des fins partisane slors de leur rencontre au palais.

Selon elle, seuls les maires appartenant à la coalition présidentielle avaient été conviés à cette rencontre politique. Elle rappelle que beaucoup d’entre eux accompagnent déjà activement le président Bassirou Diomaye Faye depuis plusieurs mois et ils assument pleinement leur engagement. Pour Aminata Touré, le palais de la république demeure également le lieu de résidence officiel du chef de l’État et rien ne s’oppose à ce qu’il y mène des activités politiques.

Une recomposition politique aux conséquences encore incertaines

La création du futur parti présidentiel confirme surtout la prise de distance progressive entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. les deux hommes avaient pourtant fondé ensemble le Pastef en 2014 avant de mener un long combat politique jusqu’à leur victoire en 2024. Aujourd’hui, les divergences apparaissent de plus en plus ouvertement. le président du groupe parlementaire Pastef, Ayib Daffé, considère que la création d’un nouveau parti est difficilement compatible avec la volonté affichée par le chef de l’État de demeurer au-dessus des partis

Les statuts du Pastef prévoient d’ailleurs qu’une adhésion à une autre formation politique entraîne automatiquement la démission du parti. Au-delà des considérations juridiques, cette initiative pose aussi la question de l’identité idéologique de la future formation.

Pour Maurice Soudieck Dione, le nouveau parti devrait se distinguer du Pastef par une approche plus pragmatique. Il évoque un souverainisme moins radical, davantage adapté aux réalités politiques, économiques et diplomatiques du pays

Cette évolution pourrait permettre au président d’attirer des responsables issus d’horizons politiques différents, y compris d’anciens cadres de régimes précédents, déjà visibles dans son entourage. La création du nouveau parti intervient également dans un contexte institutionnel particulier

Quelques jours auparavant, l’assemblée nationale a adopté une réforme constitutionnelle prévoyant l’incompatibilité entre les fonctions de président de la république et de chef de parti politique. Ce texte devrait être soumis à un référendum, conformément aux engagements du chef de l’État

Sur cette question également, Aminata touré assume pleinement la position présidentielle. Elle estime qu’une réforme aussi importante ne peut être décidée uniquement par une majorité parlementaire et qu’elle doit recevoir l’approbation directe du peuple sénégalais. Elle répond également aux critiques d’Ousmane Sonko en assurant que le référendum aura bien lieu.

En attendant, le chantier politique lancé par Bassirou Diomaye Faye semble déjà produire ses premiers effets. le futur parti présidentiel apparaît comme le principal instrument de structuration de la majorité autour du chef de l’État.

A trois ans de la présidentielle de 2029, la bataille pour le contrôle de l’espace politique sénégalais est déjà engagée et le futur parti présidentiel de Bassirou Diomaye Faye entend en être l’un des principaux acteurs. 

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