(SenePlus) - Le Conseil national du Laïcat du Sénégal (CNLS) est monté au créneau sur le projet de réforme de la Constitution porté par des députés de la majorité parlementaire. Dans une lettre ouverte datée du 28 juin 2026 et adressée au président Bassirou Diomaye Faye, l'organisation catholique estime qu'une révision de la Loi fondamentale ne peut être conduite sans un large consensus national et invite le chef de l'État à privilégier la concertation afin de préserver la stabilité institutionnelle du pays.
Le CNLS considère que, si la réforme constitutionnelle s'inscrit dans le fonctionnement normal d'un État démocratique, son opportunité soulève de nombreuses interrogations. Selon ses responsables, toutes les grandes révisions constitutionnelles intervenues depuis l'indépendance du Sénégal ont reposé sur des processus de dialogue associant les acteurs politiques, les autorités religieuses, la société civile, les médias et les différentes composantes de la Nation.
Dans sa lettre, le Conseil rappelle qu'une Constitution constitue le socle de l'organisation politique, institutionnelle et juridique d'un pays. À ce titre, une réforme de cette nature, estime-t-il, ne saurait être engagée dans la précipitation ou sous l'effet de considérations conjoncturelles, au risque d'en affaiblir la légitimité et de compromettre sa portée pour les générations futures.
L'organisation insiste particulièrement sur la nécessité d'un consensus national. Elle estime qu'une modification de la Constitution devrait être précédée d'un dialogue inclusif réunissant institutions, partis politiques, chefs religieux, organisations de la société civile, universitaires et citoyens. À défaut, prévient-elle, une telle réforme pourrait être perçue comme partisane et devenir une source de tensions plutôt qu'un facteur de consolidation démocratique.
Le Conseil national du Laïcat met également en garde contre les conséquences qu'une réforme insuffisamment préparée pourrait avoir sur la stabilité institutionnelle. Dans un contexte marqué par des défis économiques, sociaux et internationaux, il juge indispensable d'évaluer au préalable les insuffisances objectives de la Constitution actuelle, d'identifier les dispositions nécessitant une révision et d'en mesurer les impacts avant toute initiative législative.
S'appuyant sur les consultations qu'il affirme avoir menées en interne, le CNLS soutient que les parlementaires, bien qu'investis d'un mandat populaire, « ne peuvent, à eux seuls, parler au nom de l'ensemble du peuple sur une question aussi déterminante ». L'organisation dit désapprouver une dynamique qui, selon elle, vise à faire adopter une réforme sans véritable débat de fond et appelle à un processus davantage ouvert et transparent.
Dans cette perspective, le Conseil estime que la réforme aurait dû suivre plusieurs étapes successives, allant d'un examen approfondi à l'Assemblée nationale à des consultations avec les forces politiques, religieuses, universitaires et citoyennes, avant une large information du public puis une éventuelle validation par référendum. À ses yeux, cette dernière demeure « la seule garantie d'une légitimité incontestable » pour une révision de la Constitution.
S'adressant directement au président Bassirou Diomaye Faye, le CNLS rappelle le serment qu'il a prêté de respecter la Constitution et de défendre les institutions. Il l'invite à accorder la priorité aux préoccupations immédiates des Sénégalais, notamment l'emploi des jeunes, la migration irrégulière et les difficultés du monde rural, estimant que ces enjeux appellent des réponses urgentes et ne doivent pas être relégués au second plan par l'agenda politique.
En conclusion, le Conseil national du Laïcat du Sénégal exhorte le chef de l'État à faire prévaloir « la concertation, la prudence et le respect du peuple sénégalais dans toute sa diversité ». Pour ses auteurs, une réforme constitutionnelle ne devrait jamais être considérée comme un enjeu politique du moment, mais comme un engagement durable envers les générations futures, fondé sur la légitimité, l'inclusion et le rassemblement.