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Le nouveau gouvernement reste en deçà des attentes dans la représentation des femmes
Comme le précédent, l'équipe Lo ne compte que quatre ministres femmes, absentes des grands ministères de souveraineté. Un signal jugé décevant au regard de la loi sur la parité et des revendications croissantes pour un partage plus équilibré du pouvoir
 
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1005398
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La composition du premier gouvernement du Premier ministre Ahmadou Al Amine Lo, rendue publique le 1er juin 2026, suscite déjà des interrogations sur la place accordée aux femmes au sein de l’Exécutif. Sur les 30 ministres nommés, seules quatre femmes figurent dans l’équipe gouvernementale, soit une représentation féminine qui demeure largement minoritaire malgré les engagements régulièrement affichés en faveur de l’égalité et de la promotion du leadership féminin.

Cette situation n’est cependant pas une nouveauté. Le gouvernement sortant comptait lui aussi quatre femmes ministres. Il s’agissait de Yacine Fall à la Justice, de Fatou Diouf aux Pêches, aux Infrastructures maritimes et portuaires, de Maïmouna Dièye à la Famille et aux Solidarités ainsi que de Khady Diène Gaye à la Jeunesse, aux Sports et à la Culture.

Durant leur passage au gouvernement, ces responsables ont porté plusieurs dossiers importants dans leurs secteurs respectifs. Yacine Fall a notamment incarné l’une des figures féminines les plus en vue de l’équipe gouvernementale, en dirigeant un ministère de souveraineté. Fatou Diouf a piloté les politiques publiques liées à la pêche et à l’économie maritime, un secteur stratégique pour l’emploi et les exportations. Maïmouna Dièye s’est illustrée dans les programmes de soutien aux couches vulnérables et aux familles, tandis que Khady Diène Gaye a accompagné les politiques publiques destinées à la jeunesse, au sport et à la culture, notamment dans le cadre des préparatifs des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026.

Le nouveau gouvernement conserve ainsi le même nombre de femmes ministres, mais avec un renouvellement partiel des profils. Seule la question de leur poids au sein de l’architecture gouvernementale demeure posée, Aucun des départements stratégiques tels que l’Intérieur, les Affaires étrangères, la Défense, les Finances ou encore la Justice n’est confié à une femme. Un constat qui contraste avec les avancées réalisées ces dernières années dans plusieurs institutions publiques et qui pourrait alimenter les critiques des organisations engagées dans la défense des droits des femmes.

Quatre femmes pour porter les politiques sociales, culturelles et sportives

Les quatre femmes nommées dans le gouvernement Ahmadou Al Amine Lo occupent principalement des portefeuilles relevant des secteurs sociaux, culturels et sportifs.

Il s’agit de Marie Angélique Selbé Diouf, ministre de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, de Djireye Clotide Coly, ministre de la Jeunesse et des Sports, de Amy Mara, ministre des Pêches et de l’Économie maritime, ainsi que de Mame Coumba Diop, ministre auprès du ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, chargée de la Culture, des Industries créatives et du Patrimoine historique. 

Leur arrivée au sein du gouvernement marque le renouvellement de certains profils tout en maintenant une présence féminine limitée dans l’appareil gouvernemental.

Djireye Clotide Coly face au défi de la jeunesse et du sport

Parmi les nouvelles figures de cette équipe gouvernementale, Djireye Clotide Coly hérite d’un département particulièrement stratégique. Elle remplace Khady Diène Gaye qui dirigeait ce ministère depuis 2024.

Avant sa nomination, elle occupait les fonctions de directrice de l’Emploi au ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle. Experte‐comptable inscrite à l’Ordre national des experts‐comptables et comptables agréés du Sénégal (ONECCA), elle dispose d’une solide expérience dans les domaines de la finance, de l’audit et du management.

Son parcours professionnel s’est construit dans plusieurs multinationales où elle a exercé les fonctions de contrôleur financier puis de responsable des obligations statutaires et fiscales. En octobre 2022, elle avait rejoint Deloitte Sénégal en qualité de responsable de l’activité Business Process Solutions (BPS).

À la tête du ministère de la Jeunesse et des Sports, elle devra gérer plusieurs dossiers majeurs. Le plus important reste sans doute la préparation des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026, prévus du 31 octobre au 13 novembre prochains. Cet événement historique constituera la première édition olympique organisée sur le continent africain.

La ministre devra également accompagner les différentes sélections nationales engagées dans les compétitions internationales et poursuivre les réformes visant à renforcer le sport de haut niveau. Mais les défis dépassent largement le cadre sportif.

L’insertion socio‐économique des jeunes demeure l’une des préoccupations majeures du pays. Chômage, précarité, entrepreneuriat, accès à la formation et accompagnement des initiatives de jeunesse figurent parmi les principaux chantiers qui attendent la nouvelle ministre.

Amy Mara, une économiste à la tête de la pêche et de l’économie maritime

Originaire de Kaolack, Amy Mara fait partie des nouvelles personnalités qui intègrent l’équipe gouvernementale. Économiste de formation, elle possède un parcours académique particulièrement fourni.

Après l’obtention de son baccalauréat série G en 2003, elle poursuit ses études à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar où elle décroche une maîtrise en sciences économiques option gestion des entreprises en 2007. Elle obtient ensuite un master 2 en finance en 2008, puis un master 2 en audit et contrôle de gestion en 2010.

En 2018, elle complète son cursus par un master 2 en management des marchés publics à l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP), avec une spécialisation sur les partenariats public‐privé.

Sur le plan professionnel, Amy Mara totalise plus de quinze années d’expérience dans les domaines de la finance, de l’audit, du contrôle de gestion et de la passation des marchés publics. Depuis juillet 2021, elle exerçait comme économiste à la Direction de la dette publique au sein de la Direction générale de la comptabilité publique et du Trésor.

Elle a également occupé les fonctions de contrôleuse des marchés publics au ministère des Finances et du Budget entre 2018 et 2021. Son parcours a été enrichi par plusieurs expériences au sein d’institutions de référence telles que l’Hôpital général de Grand Yoff, l’ACEP, la BCEAO ou encore la SENELEC.

Si son expertise est davantage orientée vers les finances publiques que vers les activités halieutiques, sa nomination traduit la volonté des autorités de miser sur des compétences en gestion et en gouvernance pour piloter un secteur stratégique de l’économie nationale.

Les attentes sont particulièrement fortes dans ce département qui joue un rôle essentiel dans les exportations, l’emploi et la sécurité alimentaire du pays.

Mame Coumba Diop, un profil politique expérimenté

Au ministère de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, Mame Coumba Diop est nommée ministre déléguée chargée de la Culture, des Industries créatives et du Patrimoine historique. 

Conseillère municipale à Dakar‐Plateau depuis 2002, elle dispose d’une longue expérience de la gestion des collectivités territoriales. Figure connue de la scène politique dakaroise, elle est la fille de l’ancien maire de Dakar, Mamadou Diop, et l’ex‐épouse de l’ancien maire de la capitale, Khalifa Sall. 

Avant son entrée au gouvernement, elle occupait les fonctions de coordinatrice nationale des femmes de la coalition Diomaye Président. Elle présidait également le mouvement citoyen « Trait‐d’union », affilié à cette coalition. 

Sa nomination est perçue comme une récompense politique accordée à une responsable qui a joué un rôle actif dans la mobilisation des femmes autour du projet porté par la majorité présidentielle. 

Elle aura notamment pour mission de valoriser le patrimoine historique national, de promouvoir les industries culturelles et créatives et de renforcer la place de la culture dans les politiques publiques.

Marie Angélique Selbé Diouf aux commandes des solidarités

Ancienne députée de Pastef, Marie Angélique Selbé Diouf prend la tête du ministère de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités. 

Native de Joal‐Fadiouth et enseignante de formation, elle s’est engagée très tôt dans le militantisme politique. À Keur Massar Sud, elle a occupé plusieurs responsabilités au sein des structures locales du parti. 

Au niveau national, elle a notamment exercé les fonctions de vice‐coordinatrice chargée de la zone de Dakar au sein du Mouvement des jeunes et des femmes patriotes (MOJIP). 

Son portefeuille ministériel est l’un des plus sensibles du gouvernement puisqu’il touche directement aux politiques de protection sociale, d’assistance aux personnes vulnérables, d’accompagnement des familles et de promotion de la solidarité nationale. 

Son expérience parlementaire et son engagement politique constituent les principaux atouts sur lesquels elle devra s’appuyer pour conduire les réformes attendues dans ce secteur.

Une représentation féminine qui interroge

Au‐delà des profils individuels, c’est surtout la faible présence des femmes dans le gouvernement qui retient l’attention. 

Avec seulement quatre femmes sur trente ministres, l’équipe dirigée par Ahmadou Al Amine Lo affiche un taux de représentation féminine particulièrement faible. Cette situation intervient dans un contexte où les revendications en faveur d’une meilleure inclusion des femmes dans les postes de décision demeurent fortes au Sénégal, depuis la loi sur la parité votée en 2010 sous la gouvernance de l’ancien président Abdoulaye Wade (2000‐2012). 

L’absence de femmes dans les ministères de souveraineté renforce davantage les interrogations sur la place accordée au leadership féminin dans les choix opérés lors de la formation du gouvernement. 

Pour plusieurs observateurs, la présence de femmes dans les secteurs sociaux, culturels ou liés à la solidarité ne saurait à elle seule répondre aux exigences de parité et d’équilibre dans l’exercice du pouvoir. 

Alors que le gouvernement Ahmadou Al Amine Lo entame ses premières semaines d’activité, la question de la représentativité des femmes au sein des institutions de la République reste ainsi pleinement posée. Ces quatre nominations démontrent que le réservoir de talents féminins compétents existe et que les nouvelles ministres disposent des atouts nécessaires pour peser sur les décisions et réussir dans leurs secteurs respectifs. Leurs profils, alliant expertise technique, savoir‐faire managérial et engagement citoyen, témoignent d’une réelle capacité à relever les défis. 

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