(SenePlus) - Le Sénégal figure parmi les pays africains les plus exposés au remboursement de leur dette envers la Chine. C'est l'un des enseignements d'une analyse publiée le 3 juin 2026 par Semafor Africa, signée par le rédacteur en chef Yinka Adegoke, qui décrit un rééquilibrage structurel de la relation Chine-Afrique — dont Dakar subit l'un des aspects les plus lourds.
Les chiffres sont sans ambiguïté. Entre 2026 et 2030, le Sénégal devra consacrer plus de 25% de ses recettes publiques au seul service de la dette, l'un des taux les plus élevés du continent selon les données citées par Semafor, aux côtés de Djibouti, et loin derrière la seule Angola qui culmine à 42%. La moyenne africaine s'établit à 11%. Dakar fait donc plus que le double.
Ce fardeau pèse directement sur les marges de manœuvre du nouveau gouvernement Lô, qui hérite d'une dette publique estimée à 132% du PIB après la découverte de passifs dissimulés sous l'administration précédente. Dans ce contexte, chaque franc CFA consacré au remboursement est un franc de moins pour l'investissement public, les subventions ou les services sociaux.
La fin de l'argent facile chinois
Ce qui aggrave la situation, c'est que le robinet des prêts chinois s'est considérablement fermé. Au pic de l'Initiative Ceinture et Route, les engagements de financement de Pékin dépassaient ceux de la Banque mondiale en Afrique. Aujourd'hui, selon Semafor, les nouveaux prêts chinois sont tombés sous les 5 milliards de dollars annuels pour l'ensemble du continent. Plus révélateur encore : les pays africains remboursent désormais collectivement plus à la Chine qu'ils ne reçoivent en nouveaux financements, faisant de Pékin le seul grand créancier avec des flux nets négatifs vers l'Afrique.
Pour le Sénégal, cela signifie que le refinancement de la dette via de nouveaux prêts chinois n'est plus une option réaliste, au moment même où les négociations avec le FMI restent en suspens et où les marchés obligataires internationaux demeurent fermés jusqu'à la conclusion d'un accord.
Adegoke identifie pourtant un rééquilibrage structurel en faveur de l'Afrique. La Chine dépend désormais du continent pour plus de 80% de ses importations de chrome et de manganèse, et pour environ un tiers de sa bauxite, des intrants critiques pour ses industries de véhicules électriques et de batteries. Cette dépendance donne aux États africains « plus de levier qu'ils n'en ont historiquement exercé », écrit-il.
Le Zimbabwe en a donné un exemple concret en restreignant ses exportations de lithium brut, forçant les investisseurs chinois à financer des unités de transformation locale. Pour le Sénégal, riche en gaz et en ressources minières, la même logique pourrait s'appliquer, à condition de disposer de l'espace budgétaire nécessaire pour négocier depuis une position de force. C'est précisément ce que le poids de la dette rend aujourd'hui difficile.