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Par Mohamed Gueye
Sauver Bargny, pour le bien du Sénégal
A 35 km de la capitale, la localité qui, à l’origine, était l’habitat de pêcheurs lébous, est aujourd’hui le centre des contradictions politiques entre les enjeux du développement industriel et économique du pays, et la préservation de l’environnement
 
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C’est l’une des agglomérations les plus riches du Sénégal, avec un potentiel de développement surpassant bien d’autres cités du pays. Pourtant, Bargny dépérit du fait de mauvaises politiques publiques. A 35 km de la capitale, la localité qui, à l’origine, était l’habitat de pêcheurs lébous, est aujourd’hui le centre des contradictions politiques entre les enjeux du développement industriel et économique du pays, et la préservation de l’environnement du Sénégal.

Les différentes autorités politiques qui ont pensé à investir dans l’industrialisation du pays et le désenclavement de la capitale, Dakar, ont toujours considéré Bargny comme l’exutoire parfait des problèmes que posait Dakar. Quand le Président Abdoulaye Wade, succédant sur ce point à Abdou Diouf, a pensé à développer le Port minéralier de Sendou, à la périphérie de Bargny, il n’a pas pensé, pas plus que son prédécesseur, à la pérennité de l’activité des pêcheurs qui en tiraient leurs ressources, et encore moins à leur habitat. De même, quand le même Président Abdoulaye Wade, dans l’une de ses illuminations, a songé à implanter une centrale électrique alimentée au charbon, il n’a pas trouvé meilleur emplacement que le fameux site de Sendou. Son successeur Macky Sall, qui devait hériter du projet de la centrale, n’a pas hésité à le confirmer sur le site. Faisant fi, pour cela, du bien-être des populations de la cité, et des conséquences pour leur santé des retombées du charbon utilisé en combustible.

Et comme si cela ne suffisait pas, Macky Sall, qui a exproprié une bonne partie des 100 mille habitants de leurs terres d’habitation et/ou de culture, pour ses projets de port minéralier et de centrale à charbon, a même agité l’idée d’octroyer une surface foncière supplémentaire à une entreprise turque désireuse d’implanter sur le même site une usine de transformation de l’acier. Les protestations et pétitions des populations contre ces différents projets n’ont jamais fait reculer les pouvoirs publics. Tout au contraire, serait-on tenté de dire. Cela montre à quel point les préoccupations des populations de Bargny n’ont jamais constitué une préoccupation pour les pouvoirs publics, encore moins pour les différents édiles qui se sont succédé à la tête de la commune. Pendant des dizaines d’années, les habitants de Bargny ont dû se battre tout seuls contre les effets des émanations de la cimenterie Sococim, située à la lisière de Rufisque et qui utilisait les terres des Bargnois comme zone de réserve de son calcaire. Les dirigeants de cette usine, même avant son rachat par le groupe français Vicat, ne se sont jamais distingués par une quelconque politique de Rse à l’égard de la ville et de ses populations. Au contraire, outre les effets négatifs de ses moyens d’extraction de son calcaire, l’usine n’a jamais hésité à tenter d’expulser les Bargnois de leurs terres. La centrale à charbon en est venue à ajouter aux malheurs des habitants. D’ailleurs, pour montrer l’absurdité du projet, les émanations de ladite centrale couvrent souvent les beaux immeubles du Pôle urbain de Diamniadio, ainsi que les installations du Port de Ndayane, tous situés à des dizaines de kilomètres de là.

En plus de ces contraintes, les Bargnois souffrent de l’inexistence d’une structure de santé bien équipée. Pour la plupart du temps, les parturientes de Bargny sont dirigées vers Rufisque, ou évacuées dans des centres hospitaliers de Dakar, pour des cas assez sérieux. Entretemps, l’actuel maire se vante d’être le premier à avoir acquis un corbillard pour sa population. Et en bon Sénégalais, il ne se prononce pas sur l’engorgement des cimetières de la ville, pour lesquels il n’a pas de projet d’extension, alors qu’il y a urgence de ce côté. Si au moins les contraintes pesant sur les habitants de la communauté se transformaient en opportunités d’emplois, il y aurait eu moins de ressentiment. Malheureusement, avec la forte réduction des capacités de pêche, la mer ne rapporte pas de quoi faire vivre tous ceux qui, dans la ville, s’adonnaient à cette activité. Il n’est donc pas étonnant que Bargny soit devenu l’un des plus importants centres de départ de l’émigration clandestine en direction de l’Espagne et des Iles Canaries. Mais, depuis Wade, les pouvoirs publics n’ont pas mis en place une politique d’emploi susceptible de retenir la jeunesse dans son terroir.

Les Bargnois sont en plus terriblement frustrés que pour des motifs politiciens, leur commune ait été amputée de ses périphéries que constituent aujourd’hui la commune de Sendou et le Pôle urbain de Diamniadio. Toutes les activités susceptibles de créer des emplois pérennes sont établies sur ces sites, transformant toujours plus Bargny en cité-dortoir.

Pourtant, avec une meilleure gouvernance, la commune de Bargny pourrait devenir un grand pôle de développement urbain. La commune dispose déjà d’un grand réservoir de main-d’œuvre qualifiée et bien formée, et ce dans tous les domaines. Il n’est pas besoin de rappeler que la ville est le berceau de nombreux filles et fils qui ont porté haut la bannière du pays. Il y a eu de nombreux cadres de l’Administration, de la Douane, des Impôts et domaines, des professeurs d’université, et même des ambassadeurs. Un Chef d’état-major de l’Armée sénégalaise y a même vu le jour, ainsi qu’un Gouverneur de région. C’est dire que le terroir n’a jamais souffert de matière grise, loin de là. Malheureusement, ces différents cadres ont longtemps pensé qu’il leur suffisait de faire leur travail pour accomplir leur devoir envers leur pays et leur terroir. Et peu de ces personnes ont cherché un véritable ancrage dans la population, laissant la place aux moins méritants, souvent des satellites des dirigeants de certains partis politiques. Ces politiciens n’ont jamais eu à cœur les intérêts de Bargny et des Bargnois.

Cela explique le retard dans la prise de conscience générale sur les dangers qui menacent la ville. L’érosion côtière fait disparaître chaque année des dizaines d’habitations le long des côtes, et rend difficile l’accès à la mer pour les populations. Tout cela, sous le regard impuissant de différentes autorités. Les maires qui se sont succédé à la tête de la commune semblent plus préoccupés par les moyens d’accroître leurs sources de revenus, particulièrement la patente qui frappe les commerçants - grands ou petits- pour, à leur tour, satisfaire une clientèle politique dont ils attendent la fidélité au moment du vote.

La présence des nombreuses implantations industrielles n’a à ce jour rien apporté de positif aux habitants en termes de cadre de vie ou d’amélioration des conditions d’existence. Maintenant, des Bargnois souhaitent voir changer les choses et comptent s’organiser pour impulser le mouvement. Ils sont convaincus que si leurs actions portent des fruits, elles rejailliront sur l’ensemble du pays, au vu de l’importance de la ville dans la configuration des politiques de développement du Sénégal.

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