(SenePlus) - Le Sénégal traverse l'une des périodes économiques les plus délicates de son histoire récente. C'est la principale conclusion d'une analyse publiée le 13 juillet 2026 par la revue américaine Foreign Affairs, sous la plume de Hannah Rae Armstrong, spécialiste des questions de paix et de sécurité en Afrique de l'Ouest, et de John McIntire, ancien directeur de la Banque mondiale pour le Sénégal.
Les deux auteurs estiment que la crise de la dette sénégalaise dépasse largement le cadre national et pourrait avoir des conséquences sur l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest. Selon eux, alors que plusieurs pays du Sahel sont fragilisés par les coups d'État et l'insécurité, le Sénégal demeure l'un des derniers piliers démocratiques de la région. Un affaiblissement durable de son économie risquerait ainsi d'accentuer l'instabilité régionale.
L'article rappelle que la situation financière du pays a profondément basculé après la publication, le 12 février 2025, d'un audit des finances publiques révélant plusieurs milliards de dollars de dette non déclarée contractée entre 2019 et 2023 sous la présidence de Macky Sall. D'après les auteurs, le ratio dette/PIB est passé d'environ 75 % à plus de 132 %, faisant du Sénégal l'un des États africains les plus exposés au risque de surendettement.
Les auteurs mettent également en cause le rôle du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. Selon eux, ces deux institutions, partenaires financiers historiques du Sénégal, disposaient d'éléments leur permettant de détecter des anomalies dans les finances publiques dès 2021, mais ont néanmoins continué à approuver d'importants financements en 2023, notamment un programme de 1,8 milliard de dollars du FMI et un appui budgétaire de 300 millions de dollars de la Banque mondiale.
Pour Hannah Rae Armstrong et John McIntire, cette responsabilité partagée justifie aujourd'hui un effort exceptionnel de la part des bailleurs internationaux. Ils plaident pour un allégement substantiel, voire une annulation partielle, des remboursements dus au FMI et à la Banque mondiale, estimant qu'une telle mesure permettrait au Sénégal de préserver ses dépenses sociales, de relancer ses investissements publics et d'éviter une crise budgétaire majeure.
L'analyse souligne également les répercussions politiques de cette crise. Les difficultés économiques auraient contribué à la rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko, aujourd'hui président de l'Assemblée nationale. Les divergences portent notamment sur la stratégie à adopter face au FMI, le chef de l'État privilégiant la négociation d'un nouveau programme financier tandis que son ancien allié s'est longtemps opposé à toute restructuration de la dette.
Les auteurs préviennent qu'en l'absence d'une solution rapide, le Sénégal pourrait être confronté à une aggravation des tensions sociales, à des coupes dans les dépenses publiques, à des retards de paiement des salaires et à une perte de confiance des investisseurs. Une telle évolution affaiblirait non seulement la démocratie sénégalaise, mais pourrait également déstabiliser l'ensemble de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
Enfin, Foreign Affairs estime que l'aide internationale devrait être accompagnée d'une enquête approfondie sur les mécanismes ayant permis la constitution de cette dette cachée. Pour les auteurs, identifier les responsabilités politiques et administratives constitue une condition essentielle pour restaurer la confiance dans les institutions et éviter qu'une telle crise ne se reproduise.