Spectacle affligeant que celui du Stade Léopold Sédar Senghor aux soixante mille places vides ce samedi 11 avril 2026, fermé au public jusque-là, servant juste de garderie d’adultes à une colonne d’officiels en gouvernance buissonnière, qui célèbrent la Journée du sport par une curieuse odyssée dans leur rude enfance.
Il y a un petit rien de définitivement pitoyable devant le tableau de ces quelques privilégiés enfermés dans un stade trop immense pour leur envergure. Des rigolos qui ne se refusent plus grand-chose, affublés des maillots de l’Equipe nationale de foot du Sénégal, celle-là même qui s’échine depuis une décennie à nous insuffler un prestige jamais atteint, avec deux étoiles continentales au poitrail, avant de nous hisser -j’y crois, ferme !- sur le toit du monde.
Ainsi que d’écœurantes souillures entachant la gloire de nos austères doubles champions d’Afrique, ces bonshommes sont là, hédonistes rigolards, grassouillets et disgracieux, dont le burlesque s’engonce dans des équipements taillés à l’intention des prudes athlètes sculptés par l’effort soutenu de la souffrance, l’abnégation et l’ascétisme spartiates.
Pastef et ses compères sont aux affaires depuis avril 2024, pour avoir désiré plus que quiconque la place de cette nomenklatura «apériste» extravagante, qu’ils observent une décennie durant depuis leurs bas-fonds, rêvant de les supplanter dans la vanité insatiable du confort, des honneurs et des sur-privilèges. La bande à «Diomaye môy Sonko» y est depuis le 24 mars 2024.
Et puis, à l’épreuve des réalités, la lune de miel avec la majorité silencieuse tournant au désamour, l’appétit venant en mangeant, ces gens-là se prennent à rêver d’un supplément de gloriole. Les nouveaux gouvernants choisissent d’accaparer la rare fierté qu’il nous reste : celle de nos «Lions de la Teranga», conquise larme après larme, échec après échec, désillusion après désillusion, apprenant à perdre dans la dignité et gagner dans l’humilité. Qui jouent comme des hommes
Après la fixation cauchemardesque devenue réelle de remplacer Macky Sall et sa clique, puisque ces grands gamins là ne se refusent plus rien, il leur faut comme jouet la toute fraîche gloire de la bande à Sadio Mané…
Pour cet instant inouï d’imposture, -ironie du sort- ils vont jusqu’à se faire exécuter le solennel «Pincez tous…» national, œuvre de Sédar, le fils de Gnilane. Celui-là même que les souverainistes 2.0 font passer depuis une décennie comme le traître à sa Patrie, le vendu au colon, dans le stade qui porte son nom et, selon l’opposant Ousmane Sonko, devrait être fusillé, de même que ses successeurs.
Il y a deux ans de cela, à l’annonce d’un match entre le gouvernement, sous la houlette du rescapé des oubliettes du criminel Macky Sall, Ousmane Sonko, devenu entre-temps fringuant Premier ministre, face à une équipe du Parlement conduite par le nouvel occupant du Perchoir, El Malick Ndiaye, les soixante mille places de ce stade ne suffiraient pas à contenir la marée humaine qui vénère jusque-là les nouveaux maîtres du pays.
Après deux raz-de-marée électoraux en mars et novembre 2024 qui sonnent le glas de douze interminables années du régime Apr, cette récréation semblerait légitime, et même, euh, essentielle : les héros de notre révolution aussi souverainiste que panafricaniste méritent de prendre une pause avant l’assaut aux soucis du Sénégalais d’en bas.
Seulement voilà : entre-temps, depuis la rédaction du Projet, inachevée jusqu’au Plan de redressement obtus, en passant par le Baobab surréaliste de 2050 et les innombrables missions non essentielles, le doute s’installe dans la cervelle des vendeurs à la sauvette, étudiants, paysans, ouvriers et entrepreneurs du Btp, parieurs, fumeurs et alcooliques. La liste n’est certainement pas exhaustive.
Pendant qu’on y est, on pourrait taxer les proxénètes, les prostituées et leurs clients, n’est-ce pas ?
Pour en rajouter une couche, le Fmi, bras droit de l’impérialisme, auquel le nouveau pouvoir livre sa mauvaise conscience des dettes cachées, s’allie à l’ennemi, le renégat Macky Sall, pour étrangler le peuple insoumis des Sénégalais. La dégringolade est instantanée… En un mot comme en cent, dans le moral des ménages, ça touche le fond…
Enfin, sauf chez les nouveaux riches ; lesquels, depuis mars 2024, voient leurs revenus multipliés au centuple, quand bien même leur consolation préférée reste d’assister à la décadence des nouveaux pauvres, dont le nouveau destin est de pourrir en prison. Ça épouse à tours de bras et procrée, en veux-tu en voilà, dans les hautes sphères de la République. Ben oui, le Sénégal se repeuple gaillardement depuis deux ans…
Osons le trait : c’est la biennale de la fécondité.
Il y a également, en fanfare, dans la liste des missions républicaines essentielles de la semaine, l’inauguration de la passerelle de Tenghory, près de Bignona, par deux ministres et leur délégation officielle, dont les frais pour cette pompeuse expédition devraient pouvoir payer pareil ouvrage.
Défense de ricaner, s’il vous plaît !
Passons aux missions essentielles. Par exemple, la boutade téméraire du Premier ministre sénégalais, audacieux intrus des questions de politique étrangère, à propos du Président américain, lequel serait, selon Ousmane Sonko, non pas le légitime récipiendaire du Nobel de la Paix, mais le déstabilisateur universel.
La saillie du Premier ministre sénégalais ne manquerait pas de panache si elle ne cachait principalement une prise de position contraire à celle du patron ennemi, Bassirou Diomaye Faye ; lequel, l’an passé, à la demande expresse de Donald Trump sur la question, prend la liberté de lui octroyer la précieuse distinction planétaire, à la place du jury qui n’est autre que le Parlement norvégien.
Ça ose tout quand ça ne se refuse rien ?