(SenePlus) - L'administration Trump a ordonné une suspension indéfinie du traitement des visas d'immigration pour les ressortissants de 75 pays, parmi lesquels figure le Sénégal. Une mesure radicale justifiée par la Maison Blanche comme un moyen de protéger le système social américain, mais qui soulève déjà une vague d'indignation.
Selon une liste révélée par le Washington Post, le Sénégal fait partie des 75 nations concernées par ce gel immédiat des procédures de visa. Cette décision, qui entrera officiellement en vigueur le 21 janvier, place les demandeurs sénégalais dans la même catégorie que ceux de pays comme la Russie, l'Iran, le Brésil ou la Somalie.
Concrètement, cette directive ordonne aux officiers consulaires de stopper le traitement des demandes, une consigne transmise via un câble du Département d'État cité par Fox News Digital. Tommy Pigott, porte-parole du Département d'État, a confirmé que cette "pause indéfinie" vise à limiter l'arrivée de candidats jugés susceptibles de devenir une « charge publique », c'est-à-dire dépendants des aides gouvernementales pour leurs besoins fondamentaux.
« L'administration Trump met fin à l'abus du système d'immigration américain par ceux qui voudraient extraire la richesse du peuple américain », a déclaré sans détour Tommy Pigott, cité par le Post. Cette rhétorique s'inscrit dans une offensive plus large : en novembre dernier, le Département de la Sécurité intérieure (DHS) avait déjà proposé d'annuler les régulations mises en place par l'administration Biden en 2022, jugées trop laxistes pour détecter les profils à risque économique.
Le président Donald Trump, qui a fait de la lutte contre l'immigration une priorité absolue de son second mandat, cible particulièrement certaines communautés. Il a récemment stigmatisé les immigrants somaliens lors d'une réunion de cabinet, les qualifiant d'« ordures » et citant des allégations de fraude aux aides sociales dans le Minnesota où, selon le bureau du procureur fédéral, « les Somali-Américains représentent 82 des 92 accusés ».
Les défenseurs des droits des immigrants tirent la sonnette d'alarme. Julia Gelatt, directrice associée au Migration Policy Institute, prévient que cette politique aura un effet dissuasif dévastateur : « Le résultat probable sera que de nombreuses familles immigrées auront peur d'accéder aux aides publiques auxquelles un membre du foyer a droit, renonçant à un soutien en cas de besoin pour préserver leurs futures perspectives d'immigration ».
Pour le Sénégal et les autres pays africains visés, dont le Nigeria, le Ghana, le Cameroun ou la Côte d'Ivoire, cette mesure s'ajoute à une série de restrictions croissantes. Elle intervient alors que l'administration a déjà élargi le mois dernier l'interdiction de voyage à 39 pays et suspendu tous les dossiers d'asile traités par les services de citoyenneté et d'immigration.