(SenePlus) - Dans un article publié le 9 juillet 2026 par l'agence financière Bloomberg, le journaliste Ray Ndlovu met en lumière les conséquences économiques de la rupture consommée entre les deux têtes de l'exécutif. Depuis le limogeage d'Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre en mai dernier, les divergences de vision économique s'exacerbent, pesant lourdement sur les négociations vitales avec le Fonds monétaire international (FMI).
La suspension du précédent programme du FMI, consécutive à la découverte de plusieurs milliards de dollars de dettes non déclarées, a placé Dakar au pied du mur. Or, la stratégie pour renouer avec l'institution de Bretton Woods divise. Si le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, se montre prudent et peu loquace sur la question, Ousmane Sonko, désormais président de l'Assemblée nationale et fort de son emprise sur le parti au pouvoir (Pastef), s'oppose farouchement à toute idée de restructuration de la dette.
Cette bipolarisation du pouvoir complique les pourparlers, d'autant que les deux camps cherchent à consolider leurs bases respectives dans la perspective des élections locales de l'année prochaine.
C'est dans ce contexte de bras de fer que David Cowan, économiste en chef pour l'Afrique chez Citigroup, avance l'hypothèse d'une troisième voie. Dans une note adressée à ses clients jeudi 9 juillet, il explique : « Au lieu de restructurer sa dette, le gouvernement pourrait simplement chercher à essayer de la reprofiler. » Concrètement, cette manœuvre financière consisterait à allonger les délais de remboursement ou à différer les paiements, sans pour autant effacer l'ardoise.
« Cela pourrait être l'option politiquement acceptable pour les deux parties, et le FMI pourrait potentiellement adhérer à la proposition », précise l'expert de Citigroup, cité par Bloomberg.
Une urgence financière à son paroxysme
Le temps presse pour le Sénégal, qui doit faire face à de lourdes échéances de remboursement jusqu'en 2028. L'obtention d'un nouveau programme du FMI est une condition sine qua non pour restaurer la confiance des investisseurs et permettre au pays de retourner sur les marchés internationaux des capitaux. Actuellement, l'État survit financièrement en s'appuyant quasi exclusivement sur les marchés obligataires nationaux et régionaux.
Les indicateurs sont au rouge. Selon un indice de JPMorgan Chase & Co. relayé par Bloomberg, le Sénégal est aujourd'hui l'émetteur souverain le plus en difficulté du continent africain. Sa prime de risque sur la dette libellée en dollars par rapport aux bons du Trésor américain atteint le niveau critique de 1 546 points de base, ses rendements ayant bondi de 310 points de base depuis le début de l'année.
Du côté de Washington, on maintient la porte ouverte. Julie Kozack, porte-parole du FMI, a déclaré jeudi que les discussions avec Dakar restaient concentrées sur l'objectif de « parvenir à une compréhension commune des besoins de financement du Sénégal et des priorités de réforme qui pourraient sous-tendre » un nouveau programme d'assistance.
Une solution de court terme ?
Si l'option du reprofilage semble avoir les faveurs des créanciers, notamment les institutions financières locales et la Chine, l'hypothèse d'une restructuration sous l'égide du Cadre commun du G20 n'est pas totalement écartée. Ray Ndlovu rappelle à ce titre que si Dakar empruntait cette voie, le processus pourrait être beaucoup plus rapide que pour le Ghana, l'Éthiopie ou la Zambie. La raison ? La Chine et la France, qui coprésidaient les comités de créanciers dans ces trois précédents dossiers, détiennent à elles seules près de 70% de la dette bilatérale sénégalaise.
En conclusion de son analyse, David Cowan écarte le spectre d'un « défaut de paiement imminent ». Il lance toutefois un avertissement sévère : sans réformes structurelles profondes, les créanciers internationaux risquent de percevoir ce reprofilage comme une simple manœuvre visant à retarder l'inévitable.