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Par Soukeyna Ly
Yakaar-Teranga face au défi stratégique sénégalais
EXCLUSIF SENEPLUS - Le retrait de Kosmos doit être lu non pas comme une rupture, mais comme un indicateur. Un rappel que le capital international reste extrêmement sensible à l’incertitude. Un signal sur les limites actuelles des marchés domestiques
 
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1004414
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Après Kosmos Energy : le défi des stratégies énergétiques africaines

Le retrait de Kosmos Energy du bloc gazier Yakaar-Teranga n’est pas un accident. C’est un signal. Le symptôme d’une tension plus profonde entre deux logiques qui coexistent, mais ne se rencontrent pas toujours : celle des États, qui cherchent à reprendre la main sur leurs ressources, et celle des investisseurs, qui arbitrent en permanence en fonction du risque et de la rentabilité, comme l’illustre Yakaar-Teranga : 20 TCF (560 milliards m³), 4-7 milliards $ d’investissement, Kosmos 90 % / Petrosen 10 %.

Il faut partir d’un constat simple, souvent oublié : les ressources naturelles ne créent pas la richesse. Elles en offrent seulement la possibilité. Ce qui fait réellement la différence, c’est la capacité d’un pays à organiser leur exploitation dans la durée, à stabiliser les règles du jeu et à inspirer confiance.

Or, le secteur énergétique mondial est en pleine recomposition. Les grandes compagnies ne raisonnent plus en termes de présence dans un pays, mais en allocation globale du capital. Un projet au Sénégal est en concurrence directe avec un autre en Guyana ou en Namibie. Dans ces arbitrages, tout compte : la fiscalité, la stabilité réglementaire, le climat politique, mais aussi la visibilité à long terme. Le capital n’est pas fidèle. Il est sensible au risque et donc il s’en souvient. 

Dans ce contexte, la décision de Kosmos s’inscrit dans une logique classique de portefeuille : réduire son exposition à des projets longs, complexes et incertains, pour se repositionner ailleurs. Des projets comme Yakaar-Teranga ou Greater Tortue Ahmeyim concentrent en effet plusieurs défis : une forte intensité capitalistique, une complexité technique élevée en offshore profond, et une dépendance à des infrastructures lourdes, notamment pour le GNL. Ces projets exigent une visibilité parfaite sur fiscalité et contrats : profondeur >2 500 m, cycle d’investissement 10-15 ans.

La visibilité est cruciale : règles fiscales stables, contrats clairs, logique d'arbitrage portefeuille. Kosmos cherche des actifs moins exposés. Dans le même temps, l’ambition du Sénégal est légitime : ne pas se limiter à l’export du gaz, mais en faire un levier de transformation économique. C’est là que se situe la difficulté.

Les investisseurs privilégient l'export GNL : retour sur investissement plus rapide, risques mieux maîtrisés. 

L’État mise sur un marché local en maturation : demande industrielle portée par des cimenteries et engrais, solvabilité en consolidation, infrastructures stratégiques en déploiement, une ambition que porte la stratégie nationale actuelle. Les deux logiques se confrontent dans le temps : flux rapides vs transformation lente.

Cette divergence est moins idéologique que structurelle.

L’enjeu n’est donc pas de trancher, mais de trouver un équilibre. Certains pays y sont parvenus, comme la Norvège, grâce à un cadre stable. D’autres, comme le Nigeria, ont été freinés par l’instabilité. Le Mozambique montre enfin que des facteurs extérieurs peuvent aussi perturber ces trajectoires. Le Sénégal navigue aujourd’hui entre ces trajectoires ouvertes.

Dans ce paysage, Petrosen incarne ainsi une ambition forte : celle d’une souveraineté énergétique en construction. Mais cette souveraineté ne peut être décrétée. Elle se construit dans le temps, à travers des partenariats, du transfert de compétences et une montée progressive en responsabilité. Petrosen montre des signaux encourageants : montée en compétence via Sangomar/GTA, partenariats ciblés, stratégie Gas-to-Power. Reste à prouver sa capacité d'opérateur principal. L’histoire montre qu’il n’existe malheureusement pas de raccourci durable.

Le retrait de Kosmos doit donc être lu pour ce qu’il est : non pas une rupture, mais un indicateur. Un rappel que le capital international reste extrêmement sensible à l’incertitude. Un signal sur les limites actuelles des marchés domestiques. Et, surtout, une invitation à renforcer la cohérence et la lisibilité de la stratégie nationale.

Car au fond, la question posée dépasse largement le secteur énergétique. Elle touche à la capacité d’un pays à construire un cadre stable, à aligner ses ambitions avec ses moyens, et à inscrire son action dans le temps long.

Dans le monde qui vient, les pays qui réussiront ne seront pas nécessairement ceux qui disposent des plus grandes ressources. Ce seront ceux qui sauront organiser la confiance autour de ces ressources.

Et en économie, la confiance n’est pas un discours. C’est une infrastructure.

Soukeyna Ly est ingénieure en énergie et économiste, spécialisée en politiques publiques. Auteure du livre : Sous nos pieds le futur, le gaz naturel au Sénégal entre souveraineté énergétique et avenir d'une génération. 

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