(SenePlus) - Invité de l’émission « Grand Jury » sur la rfm, l'ancien ministre du Plan, El Hadji Ibrahima Sall, a dressé un diagnostic sans complaisance de la situation économique et institutionnelle du Sénégal. S’exprimant sur la controverse de la prétendue « dette cachée », l'économiste a réfuté ce terme, qualifiant la situation de sous-déclaration technique liée à des défaillances organisationnelles internes et non à une intention frauduleuse. Face aux sanctions des marchés financiers qui pèsent sur la crédibilité du pays, il préconise un recours urgent à une restructuration sous l'égide du Fonds monétaire international (FMI) pour redresser la trajectoire budgétaire nationale.
L’ancien ministre a critiqué l’usage d’une terminologie politique qu’il juge toxique et préjudiciable pour l’économie nationale. Selon lui, les déclarations gouvernementales sur la nature de la dette ont induit une dégradation de la signature financière du Sénégal, entraînant un durcissement des conditions d'emprunt sur les marchés internationaux. Il a regretté que les autorités n’aient pas privilégié un ajustement technique discret entre experts nationaux et représentants du FMI, ce qui aurait préservé la réputation financière du pays au lieu d'alimenter une polémique politique aux conséquences économiques lourdes.
Analysant les implications d'un programme avec les bailleurs de fonds, El Hadji Ibrahima Sall a averti que la restructuration financière exigera inévitablement des contreparties rigoureuses, notamment une réduction drastique du train de vie de l’État et une révision des subventions publiques. Il a souligné que les subventions à l'électricité constituent l'un des premiers leviers ciblés par les partenaires financiers, augurant des répercussions sociales complexes. Cette situation imposera également un arbitrage législatif majeur au sein de l'Assemblée nationale, où les forces politiques devront se positionner face aux exigences d'austérité budgétaire.
Sur le plan des réformes administratives, l’invité a salué le récent regroupement des ministères des Finances, de l’Économie et du Budget, ainsi que la création de la Direction générale des financements et de la dette. Cette fusion met fin, selon lui, à une déconnexion comptable historique entre les structures d'ordonnancement des ressources extérieures et celles chargées de l'enregistrement de la dette publique au Trésor. Il a rappelé qu'en 2020, les écarts de suivi comptable entre ces entités s'élevaient à plus de 6 900 milliards de francs CFA, un dysfonctionnement structurel que la centralisation des pouvoirs d’engagement sous une autorité unique devrait désormais neutraliser.
Abordant le scandale de corruption présumée au sein de l'Agence sénégalaise d'électrification rurale (ASER), l’ancien ministre a insisté sur la responsabilité du directeur général successeur dans l'évaluation des marchés publics en cours. Il a rappelé que la continuité de l’État ne saurait justifier la poursuite de procédures entachées d’illégalité ou de surfacturations flagrantes. Face aux dysfonctionnements relevés dans ce dossier par les organes de régulation, il a exhorté les autorités judiciaires sénégalaises à s’autosaisir pleinement, tout en soulignant que les enquêtes menées parallèlement par la justice espagnole finiront par identifier l'ensemble des bénéficiaires des flux financiers incriminés.
Sur les questions institutionnelles et judiciaires, El Hadji Ibrahima Sall a relativisé la priorité accordée aux réformes de la justice électorale au détriment de la justice du quotidien. Il a plaidé pour une modernisation structurelle du système judiciaire, évoquant l'absence de moyens de l'Inspection générale des affaires judiciaires (IGAJ) et la nécessité de rendre la justice dans des langues compréhensibles par les justiciables. L'économiste a également déploré les récentes déclarations politiques assimilant l’équipe de France de football à l'Afrique, qualifiant ce discours de réductionniste et proche des rhétoriques d'extrême droite qui assignent les citoyens à leur seule origine ethnique.
En conclusion, le leader du parti « Demain la République » a lancé un appel à la mise aux normes internationales du Sénégal à travers une dépolitisation profonde de l'administration publique et des programmes de développement. Il a fustigé l’excès de politique et la récurrence des cycles électoraux qui paralysent l'activité économique et découragent l'investissement privé. Pour l'ancien ministre, la relance de la croissance et la création d'emplois durables dépendent impérativement de la restauration de la confiance institutionnelle et de la mobilisation des compétences nationales, indépendamment de toute affiliation partisane