Ils soignent les corps et préservent les âmes. Méconnus, parfois méprisés, les guérisseurs africains incarnent pourtant une résistance silencieuse à la domination coloniale et culturelle. Le Pr Youssouph Mbargane Guissé leur rend hommage, rappelant qu’ils sont à la fois gardiens de la mémoire, protecteurs des savoirs et véritables prophètes au service de leurs communautés.
Pour le Pr Youssouph Mbargane Guissé, les praticiens de la médecine traditionnelle ne sont pas de simples détenteurs de recettes ancestrales : ils sont des prophètes pour leurs peuples, des guides spirituels et sociaux, dont l’engagement a souvent pris la forme d’une résistance à la colonisation. À l’epoque où certains leaders africains avaient choisi la collaboration avec l’administration coloniale, eux avaient préféré défendre les intérêts et la dignité de leurs communautés.
Ces femmes et ces hommes de savoir ont longtemps joué un rôle essentiel dans la vie quotidienne des villages : soigner, écouter, conseiller, réconcilier. Leur influence dépasse la seule guérison du corps, car ils incarnent une vision holistique de la santé où le physique, le mental et le spirituel ne font qu’un.
Pourtant, leur contribution demeure marginalisée, parfois même combattue. Dans de nombreux pays africains, la médecine traditionnelle reste reléguée à la périphérie du système de santé, alors même que plus de 80 % des populations rurales s’y tournent en premier recours. Ces guérisseurs œuvrent souvent sans reconnaissance officielle, ni rémunération, offrant gratuitement leurs services à ceux que la pauvreté ou l’isolement maintiennent loin des structures modernes.
Le Pr Guissé voit dans cette situation l’un des symptômes les plus persistants du legs colonial. Car si la domination politique a pris fin, les hiérarchies culturelles et intellectuelles imposées par la colonisation demeurent. La science occidentale continue de s’imposer comme norme, reléguant les savoirs endogènes au rang de folklore ou de superstition.
Son analyse se veut donc un appel : redonner à la connaissance africaine sa dignité, reconnaître la valeur des médecines traditionnelles, et repenser le rapport du continent à ses propres ressources intellectuelles et spirituelles. Autrement dit, replacer l’Afrique au centre de sa propre épistémologie.