A l’heure où plusieurs droits des femmes restent fragilisés par des résistances sociales, politiques et culturelles, JGEN Sénégal sonne la mobilisation pour réfléchir aux stratégies de préservation et de consolidation des acquis obtenus au fil des années de lutte. L’organisation féministe prévoit d’organiser, entre novembre et décembre 2026, des Assises nationales citoyennes conçues comme un espace de dialogue, de mobilisation et de vigilance autour des enjeux liés à l’égalité et à la justice de genre.
Hier, l’organisation JGEN Sénégal a ouvert un atelier de deux jours dont l’objectif est de mettre en place et de structurer le comité de pilotage des Assises nationales citoyennes sur les droits des femmes et des filles au Sénégal.
Lors de la cérémonie d’ouverture hier, la directrice exécutive de l’organisation féministe JGEN Sénégal, Maïmouna Astou Yade, a déclaré que ces Assises s’inscrivent dans une continuité historique, politique et citoyenne portée depuis des décennies par les femmes sénégalaises. Elle soutient que la nouvelle génération a aujourd’hui l’obligation de consolider cet héritage, de le documenter, de le transmettre et de l’adapter aux réalités nouvelles auxquelles la société est confrontée. Elle souligne en effet que les transformations sociales s’accompagnent d’une évolution des défis, des formes de violences et des mécanismes d’exclusion. Elle ajoute également que les espaces de pouvoir eux-mêmes se transforment. Même s’il existe des avancées reconnues, saluées et protégées, Maïmouna Astou Yade reconnaît qu’il faut admettre avec lucidité la persistance de nombreux défis. Elle affirme que les violences basées sur le genre demeurent une réalité préoccupante, que les féminicides continuent d’interpeller collectivement, et que certaines discriminations juridiques et sociales persistent. Non sans ajouter que l’accès équitable aux ressources, à la justice, à la protection sociale et aux espaces de pouvoir reste encore inégal. Et parfois, note-t-elle, les acquis des femmes semblent encore dépendre des contextes politiques, des alternances ou des priorités du moment, alors que les droits des femmes ne devraient pas être circonstanciels. Elle rappelle que les droits des femmes sont des droits humains fondamentaux, qui doivent être solidement ancrés dans les valeurs de la République, les principes démocratiques et le projet collectif de société. A en croire la directrice exécutive de l’organisation féministe JGEN Sénégal, il est nécessaire de bâtir un processus capable de dépasser les cloisonnements habituels et de rassembler les différentes sensibilités autour d’un objectif commun : renforcer durablement la place, la sécurité, la dignité et la participation des femmes dans la société.
DROITS DES FEMMES : LES RECOMMANDATIONS DES DOYENNES
Prenant la parole, Dior Fall Sow, pionnière dans la lutte pour les droits des femmes, membre fondatrice et présidente d’honneur de l’Association des Juristes Sénégalaises, est revenue sur les défis auxquels la nouvelle génération doit s’atteler. Elle a notamment insisté sur la nécessité de travailler à la ratification de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), estimant que cette ratification est d’une importance capitale. Elle indique qu’à l’heure actuelle, malgré les avancées enregistrées ainsi que l’existence de conventions internationales, régionales et nationales, une question demeure essentielle : pourquoi les femmes continuent-elles à rencontrer autant de difficultés ? Elle estime que c’est là le problème fondamental, qui doit être étudié et analysé de manière objective afin de construire une société nouvelle. Pour elle, la lutte pour les droits des femmes ne concerne pas uniquement les femmes, mais constitue une véritable question de société et de développement durable. Auparavant, la présidente régionale de l’Association des femmes de l'Afrique de l'Ouest (A.F.A.O), Khady Fall Tall a souligné que le plaidoyer factuel a déjà permis des avancées importantes. Toutefois, précise-telle, il est aujourd’hui nécessaire d’aller plus loin en travaillant sur trois domaines essentiels : la documentation, la recherche et la production de données fiables. Elle insiste particulièrement sur la nécessité de disposer de données statistiques essentielles à la compréhension de la vie des femmes, notamment dans les domaines sociaux, économiques et politiques.
Embouchant la même trompette, la présidente du mouvement citoyen, Pr Penda Mbow salue les avancées réalisées par le Sénégal en matière de droits des femmes tout en appelant à renforcer le travail de recherche et de documentation. Elle plaide notamment pour la création d’une bibliothèque féministe regroupant ouvrages, publications et textes fondamentaux nationaux et internationaux relatifs aux droits des femmes, des conférences mondiales sur les femmes de 1975 à Beijing, en passant par le Déclaration de Bamako et le Protocole de Maputo, entre autres textes. Elle insiste enfin sur la nécessité de mener davantage d’études et de thèses sur des sujets encore peu explorés, tels que la criminalisation des femmes, les causes de leur incarcération, les cas d’infanticide ou encore les pratiques de tontines féminines, afin de développer des stratégies adaptées de formation et d’éducation.