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Y a-t-il eu tripatouillage des comptes publics ?
Alors qu'Ousmane Sonko promettait la prison à ceux qui niaient l'existence d'une dette cachée le président sortant de la Cour des comptes vient semer le doute en attribuant la flambée des chiffres à un simple changement de méthode d'évaluation
 
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Alors qu’on n’a pas fini de parler du scandale de la dette cachée avec la dernière sortie de Ousmane Sonko, le président de la Cour des comptes Mamadou Faye sort du bois et évoque un changement de calcul qui a abouti à des résultats différents. Décryptage !

Il n’y a pas de dettes cachées. Ils ont été nombreux les observateurs et spécialistes à le soutenir, depuis le début de ce scandale qui éclabousse le Sénégal, depuis l’avènement de la troisième alternance politique. Le Premier ministre ne manquait d’ailleurs pas de les menacer. Pour lui et ses partisans, ceux qui osaient remettre en cause la version gouvernementale étaient comme des parias, des ennemis de la République qui ne méritaient que l’emprisonnement.

“Il y a des choses que nous n’allons plus accepter dans ce pays”, avait coutume de fulminer le premier ministre furax. “Chaque jour, des gens se permettent, sous le prétexte de la liberté d’expression, d’aller sur des plateaux pour dire que cette dette n’existe pas. Tous ceux qui le disent doivent aller en prison. C’est du vrai foutage de gueule et nous n’allons plus l’accepter. On ne peut pas voler l’argent de ce pays et après dire qu’il n’y a pas de dette cachée”, mettait-il en garde dans ses nombreuses sorties.

Malgré ces menaces répétitives, la polémique n’a jamais baissé en intensité. Hier, le président sortant de la Cour des comptes en a rajouté une couche en laissant entendre que la haute juridiction n’a jamais parlé de dette cachée dans son rapport sur les finances publiques. Dans une interview accordée au journal l’Observateur, Mamadou Faye, interpellé sur ce scandale de la dette cachée, précise : “Je vous renvoie simplement à notre rapport. Vous ne verrez pas, dans une page du rapport où c'est mentionné dette cachée...”

Le changement de méthode et de périmètre

A en croire le haut magistrat, la Cour des comptes a fait son travail, suivant les normes, en calculant par la méthode TOFE le ratio dette sur PIB. Sans vouloir trop s’épancher sur le sujet embarrassant, le président Faye souligne que cette méthode n’est pas la seule pour calculer le ratio dette / PIB. “Il y a aussi la méthode budgétaire…. C'est la méthode que nous avions toujours utilisée”, a soutenu le président sortant de la Cour des comptes.

Alors est-ce parce que la méthodologie a changé qu’on est arrivé à ces résultats catastrophiques ? Y a-t-il eu des tripatouillages  dans les résultats ? Pourquoi le Sénégal n’utilisait pas auparavant la méthode Tofe ? Le président Mamadou Faye se limite à ajouter : “…. Voilà ce qui s'est passé. C'est très simple, c'est deux méthodes de calcul différentes qui auraient pu ou dû arriver au même résultat si le tableau de passage était utilisé.”

Cette sortie, largement commentée, relance en tout cas le débat sur la dette cachée. Interpellé, le banquier et président du mouvement Dundu Mouhamadou Madana Kane déclare : “Cette sortie confirme ce que je dis depuis plusieurs mois: le terme dette cachée n'existe pas dans le rapport de la Cour des comptes. La notion de "dette cachée" est une notion "politique". Ces sujets ne devant pas être politisés, il faut se limiter à la terminologie adoptée par la CC, à savoir la notion de "dette contractée hors circuit budgétaire", souligne le banquier qui estime qu’il fallait se limiter à cette qualification et laisser les juridictions faire leur travail quant à l'existence ou non de détournements de deniers publics.

Madana Kane : “Le FMI ne s’immisce pas dans les positions politiques des États”

A la question de savoir pourquoi le FMI a repris la même terminologie si elle est politique, il précise : “Le FMI est une institution internationale qui, comme toutes les organisations internationales, se fie aux données et positions exprimées par les Etats. Le FMI ne s'immisce pas dans les positions politiques des Etats. Si l'Etat dit qu'il y'a dette cachée, il ne va jamais le challenger. Il s'en contente et demande à l'Etat de lui donner les éléments d'appréciation.”

Selon cet agent de l’administration des finances, il y a eu trop d’amalgames dans cette affaire. “En réalité, et c’est ce que le président nous révèle, l’explosion du ratio dette/pib s’explique principalement par le changement de méthode de calcul, mais aussi et surtout par l’intégration de catégories de dettes qui n’étaient pas autrefois pris en compte”, a-t-il souligné, non sans ajouter que la méthode TOFE est plus large et est privilégiée par des organismes comme l’UEMOA.

Les écarts constatés après les calculs sur la base des deux méthodes, indique le fonctionnaire, ne signifient pas automatiquement qu’une dette a été cachée. “Ils peuvent provenir d’écarts de périmètre ou d’imputation entre les deux méthodes. C’est précisément ce que la Cour a cherché à documenter”, a-t-il expliqué.

Dans le même sillage, cet expert comptable a tenu à relever que le changement de méthode seul ne devrait pas aboutir à un changement si important de résultat. “Quelle que soit la méthode on devrait aboutir au même résultat ou avoir un tableau qui permet de comprendre le passage d’un résultat A un résultat B. Il faut bien regarder les hypothèses et les périmètres pour avoir une parfaite compréhension de ce qui s’est passé.” Tout dépend, selon lui, du périmètre.

L’APR jubile et rappelle les positions de Pape Malick Ndour

Du côté de l’Alliance pour la République, certains jubilent et soutiennent que le président conforte les nombreuses sorties de Pape Malick Ndour. Ce dernier a souvent dénoncé une supercherie orchestrée en complicité avec la Chambre des affaires budgétaires et financières de la cour des comptes. Dans la version provisoire (du rapport), selon lui, ne figurent guère les données relatives à la dette bancaire. “Dans ce rapport signé, la Cour des comptes a avoué n’avoir pas les moyens matériels de tracer les remboursements. C’est pourquoi nous soutenons qu’ils ont mélangé les opérations de trésorerie et la dette. Dans la version définitive qu’ils ont mise sur internet et qui n’a pas de signature, les montants apparaissent curieusement avec comme désignation dette bancaire hors cadrage….” L’ancien ministre sommait la Cour de communiquer pour expliquer comment on est passé d’opérations de trésorerie à dettes hors cadrage.

Pour rappel, l’ancien Premier ministre a à plusieurs reprises qualifié ce qui est arrivé de dettes odieuses et de détournement de deniers publics. “Cette dette elle est audieuse parce qu’elle a été contractée en tout cas pour une partie, c’est-à-dire les 7 600 milliards FCFA, ont été contractés sur le dos des Sénégalais. Sans que l’assemblée ne le valide”, se scandalisait il devant le parlement.

La chaîne de responsabilité, selon Sonko, est très longue. Outre les politiques, il y a aussi les hauts magistrats de la Cour suprême qui sont impliqués dans certaines opérations, en déclarant illégalement conformes les emprunts.

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