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Au Sénégal, la vidéosurveillance de masse s'installe dans un grand vide juridique
Ces appareils ne se contentent pas de filmer en continu. Connectés à des centres de commandement centralisés, ils intègrent des algorithmes d'intelligence artificielle capables d'effectuer de la reconnaissance faciale
 
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(SenePlus) - Le Sénégal accélère la surveillance numérique de ses espaces publics à travers le déploiement massif de caméras intelligentes, soulevant de profondes inquiétudes quant au respect de la vie privée. Selon le récent rapport d'enquête Smart City Surveillance in Africa de l'Institute of Development Studies, le pays a massivement adopté le modèle de surveillance technologique chinois sans mettre en place les garde-fous juridiques nécessaires pour protéger les droits de ses citoyens.​

Initié en 2019 à la suite d'une visite officielle à Shenzhen, le volet sécuritaire « Safe City » s'inscrit dans le programme gouvernemental Smart Sénégal piloté par la société étatique Sénégal Numérique SA (anciennement ADIE). Ce dispositif prévoit l'installation d'environ cinq cents caméras de vidéosurveillance dans de grandes agglomérations telles que Dakar, Thiès, Saly, Touba, Saint-Louis et Kaolack. Ces appareils ne se contentent pas de filmer en continu. Connectés à des centres de commandement centralisés, ils intègrent des algorithmes d'intelligence artificielle capables d'effectuer de la reconnaissance faciale et de lire automatiquement les plaques d'immatriculation en temps réel pour traquer les mouvements de la population.​

Cette infrastructure tentaculaire repose presque intégralement sur un partenariat bilatéral avec Pékin. Le déploiement a été rendu possible par l'octroi en 2018 d'un prêt concessionnel de 150 millions de dollars par la banque chinoise Eximbank. Sur le terrain, l'État sénégalais s'en remet aux géants technologiques asiatiques : la multinationale Huawei a fourni l'infrastructure des centres de données, tandis que le système de surveillance s'appuie largement sur la solution logicielle « U-Safety » développée par l'entreprise ZTE. Le gouvernement sénégalais justifie ces lourds investissements par la nécessité absolue de moderniser les moyens de la police nationale face aux urgences sécuritaires.​

Cependant, l'analyse des chercheurs met en lumière d'immenses contradictions entre cet arsenal technologique et le respect des libertés fondamentales. Le Sénégal ne possède actuellement aucune loi spécifique encadrant la surveillance intelligente de l'espace public. Le système fonctionne dans une opacité totale : les citoyens ignorent où leurs données biométriques sont stockées, qui y a réellement accès et pour combien de temps. Le rapport souligne que l'absence d'un organe de contrôle indépendant et de mécanismes de recours expose gravement les populations à des abus de pouvoir. Des organisations de la société civile, comme l'ASUTIC, craignent que cette surveillance indiscriminée ne serve d'outil d'intimidation politique, menaçant directement la liberté d'expression, de la presse et d'association dans le pays.

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