Ne jamais oublier que le projet politique porté à la tête du Sénégal en 2024 repose sur un binôme dont la complémentarité a été la principale force. Ousmane Sonko ne peut faire sans Bassirou Diomaye Faye, tout comme Bassirou Diomaye Faye ne peut faire sans Ousmane Sonko. L'un incarne la vision stratégique, la capacité de mobilisation populaire et l'impulsion politique ; l'autre porte la légitimité institutionnelle de la magistrature suprême et la responsabilité de l'État.
Toute tentative de concurrence, de rivalité ou de confusion des rôles risquerait d'affaiblir non seulement les deux hommes, mais également les espoirs de changement placés en eux par des millions de Sénégalais.
Politiquement
La stabilité du pouvoir dépend de la clarté des responsabilités. Dans tous les systèmes politiques, les conflits entre les centres de décision créent des blocages, ralentissent les réformes et donnent des arguments à l'opposition. Si des divergences existent, elles doivent être arbitrées dans le cadre d'un dialogue permanent et discret.
Le peuple a voté pour un projet collectif et non pour une compétition interne. Une collaboration intelligente entre le Président de la République et le Premier ministre est donc une nécessité politique et institutionnelle.
Socialement
La société sénégalaise sort de plusieurs années de fortes tensions. Les populations attendent désormais des résultats concrets : emploi, santé, éducation, logement, sécurité et lutte contre la vie chère.
Les querelles de pouvoir éloignent les gouvernants des préoccupations réelles des citoyens. Lorsque les dirigeants donnent l'image d'une équipe soudée, ils rassurent la population et renforcent la cohésion nationale. À l'inverse, les divisions au sommet alimentent les fractures sociales et les déceptions.
Psychologiquement
Le peuple sénégalais a investi une immense charge émotionnelle dans l'alternance de 2024. Beaucoup de jeunes ont porté ce combat avec passion, parfois au prix de lourds sacrifices.
Toute perception de conflit entre les deux principales figures du changement pourrait provoquer désillusion, frustration et perte de confiance. Les citoyens ont besoin de sentir que leurs dirigeants travaillent ensemble dans le respect mutuel, l'écoute et l'intérêt supérieur de la nation.
La confiance est un capital politique fragile : elle se construit lentement mais peut se perdre rapidement.
Économiquement
L'économie est particulièrement sensible à la stabilité politique. Les investisseurs, les entreprises, les partenaires internationaux et les marchés observent la qualité de la gouvernance.
Un climat de coopération au sommet favorise la confiance, encourage l'investissement et facilite la mise en œuvre des réformes économiques. En revanche, des conflits de pouvoirs créent de l'incertitude, retardent les décisions et peuvent freiner la croissance, l'emploi et les recettes publiques.
Le Sénégal a besoin d'un État fort, mais surtout d'institutions prévisibles et cohérentes.
L'État de droit comme garantie
Au-delà des personnalités, la véritable force d'une démocratie réside dans ses institutions. Aucun homme, aussi populaire soit-il, ne doit être au-dessus de la loi. Aucun citoyen ne doit être en dessous de la protection de la loi.
L'État de droit exige que les règles soient les mêmes pour tous, gouvernants comme gouvernés. C'est cette exigence qui protège la démocratie contre les conflits personnels et qui garantit la continuité de l'action publique.
L'avenir du Sénégal ne se jouera donc ni dans la personnalisation du pouvoir ni dans l'affrontement des légitimités, mais dans la capacité de Diomaye et Sonko à transformer leur complémentarité politique en une gouvernance mature, fondée sur le dialogue, le respect des institutions et le service exclusif de l'intérêt national.
Par Xaadym L'autodidacte