Les révélations de Sport News Africa la veille sur les dysfonctionnements internes à la tanière des Lions avaient déjà fait l'effet d'une bombe. Ibrahima Mboup, correspondant de la RTS sur place à New Jersey, vient d'y apposer un cachet de confirmation décisif ce samedi 20 juin. Après recoupement avec des sources au sein même de la délégation officielle, le journaliste valide point par point les informations publiées, et en ajoute de nouvelles, encore plus précises et accablantes.
50 millions contre 30 : le prix d'un sélectionneur sans contrat
Sur la situation de Pape Thiaw, Mboup met des chiffres sur ce qui restait jusqu'ici dans le flou. Le sélectionneur, dont le contrat a expiré en février, réclame 50 millions de francs CFA par mois pour le renouveler. L'État sénégalais ne voudrait monter qu'à 30 millions. C'est ce fossé, resté sans arbitrage pendant cinq mois, qui explique qu'un technicien dirige l'équipe nationale en pleine Coupe du monde sans base légale ni rémunération. À la conférence de presse d'avant-match contre la France, Pape Thiaw avait botté en touche sur la question, se disant « patriote focalisé sur la Coupe du monde ». Le silence de la Fédération sénégalaise de football depuis la sortie des révélations vaut, selon Mboup, confirmation implicite.
Des billets fédéraux revendus à prix d'or
Mboup rapporte un autre grief recueilli auprès de supporters sénégalais de la région de New York : des responsables fédéraux auraient distribué des billets de match à des tiers, qui les revendent ensuite à des prix exorbitants. Une pratique signalée dès avant la rencontre contre la France, qui alimente une colère sourde au sein de la diaspora à l'approche du match décisif contre la Norvège.
La tanière ouverte aux influenceurs, fermée aux journalistes
Le correspondant de la RTS pointe une contradiction qui résume à elle seule les dysfonctionnements de communication de la délégation. Alors que les envoyés spéciaux de la presse sénégalaise se voient refuser l'accès à l'intérieur du camp de base, des tiktokeuses ont pu y entrer librement, prendre des photos avec le coach et les joueurs, et diffuser le tout sur les réseaux sociaux. Ce qui était autrefois un « bunker » — parfois jugé excessivement fermé sous Aliou Cissé — est devenu, selon Mboup, « un passoir ».
La BIP bloquée aux frontières américaines
Sur le volet sécurité, une information passée inaperçue mérite attention : les membres de la Brigade d'intervention polyvalente (BIP), qui assuraient traditionnellement la protection de la sélection lors des grandes compétitions, n'ont pas pu effectuer le déplacement aux États-Unis. Les autorités américaines n'ont pas donné suite à la requête de la FSF en ce sens. Seul Malou, agent de sécurité historique de l'équipe nationale, est présent sur place, accompagné d'un collaborateur.
Un hôtel ouvert à tous les vents
Enfin, Mboup précise que l'Hyatt Regency, camp de base des Lions, n'est pas réservé à la délégation sénégalaise. L'hôtel accueille simultanément d'autres clients, avec des allées et venues continues. Ce site était lui-même un second choix, le premier, à New Brunswick, ayant été jugé inadapté au standing de l'équipe lors d'une mission de prospection préalable. C'est la FIFA qui a proposé cette alternative. Un contexte qui, là encore, tranche avec la maîtrise logistique qui avait caractérisé les participations précédentes du Sénégal aux grandes compétitions.