(SenePlus) - Signé le 11 juin 2026 par le président Bassirou Diomaye Faye, le décret n° 2026-1176 crée une Direction générale des Financements et de la Dette au sein du ministère de l'Économie. Une réforme institutionnelle majeure, directement issue du scandale de la dette cachée hérité du régime Macky Sall.
Deux ans après les révélations de la Cour des Comptes sur la situation catastrophique des finances publiques sénégalaises — une dette réelle frôlant 99,67% du PIB contre les 74,41% officiellement déclarés, et un déficit budgétaire 2023 retraité à 12,30% du PIB au lieu des 4,9% annoncés —, le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye franchit une étape institutionnelle décisive. Le décret n° 2026-1176, signé à Dakar le 11 juin 2026 par le président de la République et contresigné par le Premier ministre Ahmadou Alhaminou Mohamed Lô, porte création de la Direction générale des Financements et de la Dette (DGFD), rattachée au ministère de l'Économie, des Finances et du Plan, dirigé par Cheikh Diba.
Une réforme née du chaos budgétaire
Le rapport de présentation du décret évoque explicitement « d'importants écarts et insuffisances dans la gestion des finances publiques, révélés par l'état des lieux dressé par le Gouvernement à travers le rapport sur la situation des finances publiques — Gestions de 2019 au 31 mars 2024, dont l'ampleur a été confirmée par la Cour des Comptes dans son rapport d'audit ». Ce diagnostic officiel renvoie directement au dossier de la dette cachée — cette accumulation d'emprunts bancaires hors cadrage, de dépenses extrabudgétaires et de surfinancements détournés qui avaient été dissimulés sous la présidence de Macky Sall.
Le texte identifie précisément le nœud du problème : « la multiplicité des organes et acteurs dans le processus a contribué à la dispersion de l'information financière et comptable ». En clair, l'éclatement des responsabilités entre plusieurs directions générales avait permis l'opacité qui a rendu possible la manipulation des chiffres dénoncée, dès septembre 2024, par l'ancien Premier ministre Ousmane Sonko.
Un guichet unique de la dette souveraine
La nouvelle structure hérite d'un portefeuille de compétences étendu, listé en vingt-cinq attributions à l'article 2 du décret. Elle devient la seule entité habilitée à négocier les contrats de financement et à les soumettre à la signature du ministre des Finances, et la seule responsable de la base de données centralisée de la dette publique, dont elle « est responsable et redevable de l'exhaustivité, de la fiabilité et de l'intégrité », selon les termes mêmes du texte.
Concrètement, la DGFD prend en charge l'émission des emprunts sur les marchés financiers régionaux et internationaux, la négociation des termes des emprunts intérieurs et extérieurs, la gestion des relations avec les agences de notation de crédit, l'évaluation des risques liés aux opérations de la dette, le suivi de la dette des sociétés publiques et établissements publics, ainsi que le secrétariat permanent du Comité national de la dette publique.
Neuf directions techniques
Pour accomplir ces missions, la DGFD est dotée de neuf directions sectorielles : la Direction de l'Audit et du Contrôle interne, la Direction des Marchés de Capitaux, la Direction des Financements bilatéraux et multilatéraux, la Direction des Financements structurés et des Crédits à l'Export, la Direction de Gestion de la Dette et des Risques, la Direction du Suivi des Financements, la Direction des Affaires juridiques, la Direction des Systèmes d'Information, et la Direction de l'Administration et du Personnel.
La Direction des Affaires juridiques mérite une attention particulière dans ce contexte : elle est chargée d'émettre un avis obligatoire sur toutes les conventions de financement et de veiller à ce que leurs termes soient équilibrés, garde-fous direct contre les pratiques opaques du passé.
Un directeur nommé par décret
Le directeur général sera nommé par décret présidentiel parmi les agents de l'État de la hiérarchie A ou assimilée. Il sera assisté d'un directeur général adjoint, également nommé par décret, assurant l'intérim en cas d'absence. Des conseillers techniques pourront en outre être nommés par arrêté du ministre chargé des Finances.
La réforme s'inscrit dans le cadre de l'Agenda national de Transformation « Sénégal 2050 » et répond aux exigences du Règlement n° 09/2007/CM/UEMOA du 4 juillet 2007 portant cadre de référence de la politique d'endettement public dans les États membres de l'UEMOA, qui impose la désignation d'une autorité unique compétente pour la gestion des emprunts et garanties.