Une participation politique des femmes encore marginale au Bénin
Malgré des avancées observées dans plusieurs pays africains, comme le Rwanda ou le Sénégal, la participation politique des femmes au Bénin demeure encore limitée.
En marge du symposium du Gorée Institute à Dakar, Charlotte Ezebada a dressé un constat critique, pointant des obstacles structurels persistants et une présence féminine souvent réduite à un rôle symbolique dans les sphères de décision.
Des chiffres révélateurs des limites du système
Les données issues des élections communales et législatives de janvier 2026 illustrent clairement cette situation.
« Sur les 1 815 conseillers élus, nous n’avons que 70 femmes, soit 3,86 %. Sur 77 maires, seules 4 sont des femmes. Au Parlement, sur 109 sièges, 28 seulement sont occupés par des femmes, dont 24 issus du quota », détaille la présidente de Women and Power Association.
Ces chiffres traduisent non seulement une sous-représentation persistante, mais aussi les limites des mécanismes correctifs mis en place pour favoriser la participation politique des femmes au Bénin.
« On peut s’interroger sur l’intentionnalité qu’il y a derrière cette loi », ajoute-t-elle, suggérant que les quotas, bien que nécessaires, restent insuffisants dans leur mise en œuvre.
Des obstacles structurels profondément enracinés
Au-delà des chiffres, Charlotte Ezebada met en lumière des freins structurels qui limitent l’accès des femmes aux responsabilités politiques.
Selon elle, les partis politiques eux-mêmes constituent un verrou majeur :
« La configuration des partis est purement masculine. Les femmes y sont présentes, mais souvent de manière cosmétique, sans réelle capacité d’influence. »
Cette marginalisation se traduit également dans la nature des postes confiés aux femmes, souvent cantonnées à des fonctions sociales ou secondaires, loin des centres stratégiques de décision.
Ainsi, les logiques internes des partis, combinées à des normes sociales persistantes, contribuent à maintenir les femmes à l’écart des positions de pouvoir.
Quotas et parité : des outils nécessaires mais insuffisants
Si les politiques de quotas ont permis certaines avancées, elles ne garantissent pas une participation effective.
Pour Charlotte Ezebada, le problème réside dans la manière dont ces dispositifs sont appliqués :
« Il ne faut pas se satisfaire de la parité ou des quotas. Il faut aller au-delà. »
Elle insiste sur le fait que la présence des femmes ne doit pas être simplement symbolique, mais s’accompagner d’un véritable pouvoir d’influence et de décision.
Repenser la base : éducation, pouvoir et représentations
Pour opérer un changement durable, la militante plaide pour une transformation en profondeur des mentalités.
Cela passe notamment par :
- une meilleure éducation des jeunes filles,
- une redéfinition du rapport au pouvoir,
- et une remise en question des représentations sociales.
« Quand on parle de présence des femmes, il ne s’agit pas d’une présence cosmétique », insiste-t-elle.
Autrement dit, l’enjeu dépasse largement la seule question des chiffres pour toucher aux fondements mêmes de l’organisation sociale et politique.
Un enjeu régional au cœur des débats du Gorée Institute
Ces réflexions ont été partagées lors de la 9ᵉ édition du symposium annuel du Gorée Institute, tenue du 24 au 26 mars à Dakar.
Placée sous le thème « Jeunesse et gouvernance inclusive : catalyser la résilience démocratique au Sahel », cette rencontre a réuni des jeunes leaders et chercheurs venus d’Afrique de l’Ouest.
Dans un contexte marqué par des défis démocratiques croissants, la question de la participation des femmes s’impose comme un enjeu central pour une gouvernance plus inclusive et durable sur le continent.