(SenePlus) - Une vive discorde divise le comité exécutif de la Fédération sénégalaise de football depuis que seize de ses vingt-deux membres ont découvert leur exclusion de la liste des bénéficiaires des bonus accordés par Bassirou Diomaye Faye après la CAN 2025. L'affaire a déjà coûté son poste à un dirigeant et fragilise une instance encore sous le choc du feuilleton judiciaire de la finale perdue contre le Maroc.
Deux mois après s'être mobilisée collectivement pour contester devant le Tribunal arbitral du sport la décision de la CAF de retirer le titre continental au Sénégal, la Fédération sénégalaise de football connaît une fracture interne autour d'un litige financier. Selon le journaliste Alexis Billebault, qui a révélé l'affaire dans Jeune Afrique samedi 3 mai, les trois quarts du comité exécutif contestent la manière dont ont été répartis les bonus présidentiels consécutifs à la CAN marocaine.
Le contentieux porte sur des sommes considérables. D'après l'enquête de Jeune Afrique, environ 20 000 euros auraient été attribués individuellement à certains responsables sans qu'une délibération collégiale n'ait eu lieu au préalable. Les protestataires dénoncent une double anomalie : d'une part, l'attribution de primes à des personnes absentes de la délégation officielle au Maroc ; d'autre part, l'exclusion de figures ayant pesé dans la refondation du football national, à l'image de Mayacine Mar, ancien patron de la direction technique.
Confronté à la bronca, le président Abdoulaye Fall aurait orienté les mécontents vers le secrétaire général Abdoulaye Seydou Sow. Mais cette tentative d'apaisement n'a pas suffi à éteindre la controverse. L'instance met en avant un cadre réglementaire qui dispenserait le comité exécutif de valider ce type de distribution, tandis que les frondeurs réclament leur part d'une enveloppe globale de 76 200 euros octroyée par le chef de l'État en complément des primes déjà versées aux membres de la délégation officielle.
Un départ révélateur
La crise a connu une première conséquence visible le 28 avril avec le retrait de Moussa Mbaye, représentant des clubs de Ligue 2 au comité exécutif et président du Stade Mbour. Dans sa lettre de démission, rapporte JA, il invoque « un impératif de cohérence avec les principes qui ont guidé son engagement » et pointe des dysfonctionnements en matière de « coordination, de transparence des procédures et de rigueur dans la gouvernance ». Mbaye occupait également des responsabilités dans l'organisation billetterie de la prochaine Coupe du monde pour le compte de la fédération.
La gravité de la situation a conduit Abdoulaye Fall à interrompre son déplacement au congrès de la FIFA à Vancouver pour organiser une réunion de crise le 4 mai au siège fédéral à Dakar. L'objectif affiché : désamorcer un conflit qui menace de paralyser une institution déjà fragilisée par le contentieux judiciaire autour de la finale continentale.
Du côté de la présidence de la République, aucune réaction publique n'a été enregistrée. Selon Jeune Afrique, Bassirou Diomaye Faye devrait laisser la FSF régler en interne cette affaire qui découle pourtant directement de sa générosité post-CAN. Pour mémoire, le président avait gratifié chaque joueur de 114 300 euros et d'un terrain de 1 000 m² sur la Petite Côte, tandis que les membres du staff technique avaient reçu 76 200 euros et un terrain de superficie équivalente. C'est justement l'extension de ces largesses au-delà du cercle strict des acteurs sportifs qui alimente désormais la zizanie au sommet de la fédération.