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Dakar soutient, les grandes puissances arbitrent
Moussa Diaw, Pr émérite de science politique à l’Université Gaston-Berger de Saint-Louis et Souleymane Ba, expert consultant en relations internationales et en stratégie, analysent la venue de Macky Sall afin de solliciter le soutien officiel du Sénégal
 
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1006745
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L’ancien président de la République, Macky Sall, a été reçu en audience par son successeur, Bassirou Diomaye Faye, ce vendredi 17 juillet 2026, au Palais de la République. Cette rencontre s’inscrit dans le cadre de la campagne menée par l’ancien chef de l’État pour briguer le poste de secrétaire général des Nations unies, en succession d’António Guterres dont le mandat s’achève le 31 décembre 2026. Venu solliciter le soutien officiel du Sénégal à sa candidature, Macky Sall espère renforcer sa position dans une course où le poids des grandes puissances demeure déterminant.

Deux spécialistes analysent les chances de l’ancien président sénégalais dans la course à la succession d’Antonio Guterres. Si tous deux reconnaissent l’importance du soutien de Dakar, ils divergent sur son poids réel dans le processus électoral. Pour Moussa Diaw, professeur émérite de science politique à l’Université Gaston-Berger de Saint-Louis, ce soutien constitue un « apport diplomatique important », tandis que Souleymane Ba, expert consultant en relations internationales et en stratégie, spécialiste des questions liées à l’Organisation des Nations unies et des enjeux géopolitiques, estime qu’il demeure avant tout symbolique face au rôle déterminant des cinq membres permanents du Conseil de sécurité.

La candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies franchit une nouvelle étape avec le soutien envisagé du côté du Sénégal. Mais cette décision suffit-elle à renforcer véritablement les chances de l’ancien chef de l’État sénégalais d’accéder à la tête de l’organisation internationale ? Les avis des spécialistes restent nuancés.

Pour le professeur émérite Moussa Diaw, le soutien du pays d’origine du candidat, même s’il n’est pas décisif, demeure un signal diplomatique important. « Le soutien officiel du Sénégal à la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies n’est pas déterminant mais il constitue, peu ou prou, un apport diplomatique important en provenance du pays d’origine du candidat », analyse-t-il.

Selon lui, cette marque de confiance peut jouer un rôle psychologique en renforçant la crédibilité du candidat dans sa campagne. « Ce coup de pouce du Sénégal peut le renforcer dans sa course pour accéder au secrétariat de l’ONU », estime-t-il. Toutefois, il rappelle que le choix final dépend essentiellement du Conseil de sécurité, notamment des cinq membres permanents disposant du droit de veto à savoir les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni. 

Une analyse que partage en partie Souleymane Ba, expert consultant en relations internationales et en stratégie, spécialiste des questions onusiennes et des enjeux géopolitiques. Selon lui, le soutien du Sénégal demeure important pour la visibilité de la candidature de Macky Sall, mais il ne représente pas un élément décisif dans une élection où le poids des grandes puissances reste déterminant. « Que le Sénégal soutienne la candidature de Macky Sall ou non, cela ne peut pas empêcher Macky Sall d’être élu comme cela ne peut pas l’amener à être élu », explique-t-il.

Selon lui, « l’élection du secrétaire général de l’ONU ne dépend pas d’un ancrage national, mais plutôt d’un ancrage international ». Le Sénégal, qui n’est pas membre permanent du Conseil de sécurité, n’aurait qu’une influence limitée dans le processus de décision finale. « Son vote est symbolique », souligne-t-il.

Le soutien africain, un enjeu politique majeur

Au-delà de Dakar, la question du soutien de l’Union africaine apparaît comme un autre enjeu stratégique. Pour Moussa Diaw, une absence d’appui unanime du continent pourrait fragiliser la candidature sénégalaise.

« Un refus d’un soutien unanime de l’Union africaine aurait un effet négatif car cela confirmerait le manque de dynamique collective de la diplomatie africaine », estime t-il. à ses yeux, l’incapacité des États africains à s’accorder autour d’une candidature commune affaiblirait davantage la place du continent dans un contexte international marqué par une recomposition des rapports de force. Le professeur appelle ainsi à une démarche fondée sur « la transparence et la recherche de consensus », estimant qu’une candidature africaine doit être portée collectivement pour avoir davantage d’impact.

Souleymane Ba adopte une approche plus prudente. Pour lui, l’Union africaine ne dispose pas d’un pouvoir direct dans la désignation du secrétaire général de l’ONU, mais son soutien peut servir de relais diplomatique auprès des grandes puissances.

« L’institution africaine peut approcher les membres permanents pour qu’ils apportent leur soutien au candidat qu’elle défend », explique-t-il. Toutefois, il considère que l’absence de soutien africain ne fermerait pas totalement la porte à Macky Sall si celui-ci parvient à convaincre les principaux décideurs. « Si les membres permanents voient que l’homme peut faire leur affaire, cela ne va pas les empêcher de le choisir », précise-t-il.

Des atouts liés à l’expérience internationale

Sur les forces de Macky Sall, les deux experts reconnaissent l’importance de son parcours international. Ancien président du Sénégal pendant douze ans (2012-2024), ancien président de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union africaine (UA), il dispose d’une expérience diplomatique significative. Pour Moussa Diaw, l’ancien chef de l’État possède plusieurs atouts : « Il a dirigé son pays pendant 12 ans. Il s’est impliqué dans plusieurs négociations pour la résolution de conflits et de crises en Afrique. Il détient un carnet d’adresses bien rempli sans parler de ses relations personnelles avec le président Macron entre autres »

Souleymane Ba insiste également sur les relations établies par Macky Sall avec les grandes puissances durant son magistère. Il cite notamment les liens développés avec les États-Unis, la France, la Chine et la Russie, notamment lorsqu’il présidait l’Union africaine.

Selon lui, cette expérience internationale constitue un avantage face à ses concurrents, parmi lesquels figurent notamment Rafael Grossi, ancien directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili et ancienne Haute Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, ainsi que Rebecca Greenspan, ancienne vice-présidente du Costa Rica.

Les divergences sur les faiblesses de la candidature

Si les deux analystes reconnaissent les atouts diplomatiques de Macky Sall, ils divergent sur la nature des obstacles auxquels il doit faire face.

Pour Moussa Diaw, la principale difficulté réside dans le manque d’engagement institutionnel autour de sa candidature. « Cette candidature semble être une initiative individuelle, perdant son caractère officiel et institutionnel », affirme-t-il. à ses yeux, le Sénégal aurait dû davantage s’impliquer dans la construction d’une campagne diplomatique structurée, notamment auprès de l’Union africaine et des membres permanents du Conseil de sécurité.

Souleymane Ba met davantage l’accent sur les critiques liées au bilan politique intérieur de Macky Sall. Il évoque notamment les accusations portées par certaines organisations de défense des droits de l’homme concernant les événements ayant marqué la fin de son mandat. « Les obstacles, c’est tout ce qui se dit par rapport à ce qui a entaché l’histoire ou la fin de son règne au Sénégal », affirme-t-il. Selon lui, ces critiques pourraient constituer un handicap pour un candidat à la tête d’une institution qui défend les valeurs démocratiques et les droits humains.

Une bataille qui se jouera dans les couloirs des grandes puissances

Au final, les deux spécialistes s’accordent sur un point : la bataille pour le secrétariat général des Nations unies dépassera largement le cadre africain. Le soutien du Sénégal et celui éventuel de l’Union africaine peuvent renforcer la visibilité de Macky Sall, mais la décision finale se jouera essentiellement dans les rapports de force entre les grandes puissances.

Pour Moussa Diaw, « un candidat soutenu par les États-Unis dans ce contexte géopolitique de démonstration de forces au niveau mondial sera considéré comme favori ». Souleymane Ba rappelle, lui aussi, que « ce sont les cinq membres permanents qui déterminent l’élection du secrétaire général de l’ONU »

Entre reconnaissance de son expérience internationale et interrogations sur son héritage politique national, Macky Sall devra donc convaincre au-delà du continent africain pour espérer succéder à Antonio Guterres dont le mandat s’achève le 31 décembre 2026.

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