Les actes condamnables de certains avocats donnent à penser que cette corporation est antinomique avec la vertu. Or, il existe dans ce métier de nobles figures qui sont des « sages ». Au sens premier du terme.
A côté du mauvais grain, la corporation des avocats compte une foultitude d’hommes de vertu. Me Mame Adama Guèye en fait partie. Cet avocat a toujours montré que son métier fait bon ménage avec l’éthique et la morale. A cheval sur des principes sacro-saints de bonne gouvernance, l’ancien bâtonnier s’est singularisé par des actes de bonne gouvernance, à travers ses différentes activités. A chaque fois que les circonstances pouvaient entraîner un conflit d’intérêts, il a su se hisser au-dessus de la mêlée et donner le bon exemple.
Quand il était candidat à la présidentielle, il fut le seul à faire une déclaration publique de son patrimoine. Lorsque sa participation au M23 a été remise en cause par certains camarades du Forum civil, l’avocat a préféré tout bonnement démissionner. Sans tambour ni trompette. Aujourd’hui, il est presque la seule personnalité de grande envergure à se prononcer en faveur des jeunes du M23 incarcérés. Ceux qui appelaient les jeunes à sortir pour dire non au wadisme ont oublié ces détenus à leur sort. A côté des avocats de la trempe de Me Mame Adama Guèye, on peut citer par exemple Me Mbaye Niang. Il est connu pour sa rectitude et sa constance. De même Me El Hadji Guissé, Me Boucounta Diallo, Me Aly Fall ou d’autres de leurs confrères font partie des merveilleux exemples de cette corporation.
Dans la défense de la veuve et de l’orphelin, des intellectuels ont montré la voie. Aujourd’hui, l’enquête journalistique doit beaucoup à Voltaire. Cet intellectuel et homme de principe s’est offusqué du jugement et de l’exécution du Jean Calas, accusé de parricide et condamné en même temps que d’autres membres de sa famille. Lorsqu’il est informé de cette affaire, Voltaire pose une hypothèse pertinente : « Il s’agissait, dans cette étrange affaire, de religion, de suicide, de parricide ; il s’agissait de savoir si un père et une mère avaient étranglé leur fils pour plaire à Dieu, si un frère avait étranglé son frère ; si un ami avait étranglé son ami ; et si les juges avaient à se reprocher d’avoir fait mourir sur la roue un père innocent ou d’avoir épargné une mère, un frère, un ami coupables ». Après trois longues années d’investigations minutieuses, Voltaire réussit à faire éclater la vérité et à réhabiliter les Calas. Dans sa démarche, Voltaire crée des Comités d’enquêtes et des fonds de soutien et s’applique à toucher et faire se soulever l’opinion publique. En outre, Voltaire joue sur le retentissement international et se fait aider à travers toute l’Europe de Lumières.
Tout comme Voltaire, Emile Zola est resté fidèle à ses convictions. Lui qui a défendu le soldat Alfred Dreyfus. Son célèbre texte pamphlétaire « J’accuse », résonne encore comme un exemple de courage intellectuel. Ce combat a nécessité cinq ans de lutte acharnée, pour que le soldat Dreyfus soit réhabilité et réintégré dans l’armée.
Avocats et escroquerie
Les avocats n’ont pas bonne presse. Ils sont considérés à tort ou à raison par une bonne partie de l’opinion comme des gens qui abusent souvent de la crédulité de leurs clients. La récente suspension qui frappe Me Abdoulaye Babou, lui interdisant d’exercer le métier d’avocat pendant 3 mois et celle, plus sévère, de Me Ibrahima Mbodji (3 ans) assortie de cinq ans d’inéligibilité au conseil de l’Ordre des avocats, pour escroquerie et abus de confiance, sont venues conforter dans leur opinion ceux qui ne pensent pas grand bien des robes noires et renforcer la dent de ceux qui l’ont déjà dure à leur égard. Ces avocats indélicats ont encaissé de l’argent au nom de leurs clients et ont « oublié » de rendre compte. Les fortes sommes d’argent encaissées par ces hommes du barreau ne sont jamais parvenues à leurs ayant-droits. Les deux affaires ont comme dénominateur commun la vente de terrains. Celle concernant Me Ibrahima Mbodji est illustrative des pratiques peu orthodoxes ayant souvent cours dans la profession. Il y a juste trois ans, l’avocat a fait main basse sur les 65 millions Cfa de son client Papa Daly Ndiaye, un ingénieur en génie civil et directeur général de l’entreprise DM sa.
Quant à Me Abdoulaye Babou, il doit son sort par l’escroquerie de Bienvenu Ntap, émigré établi en Espagne. Ce dernier avait décidé d’acheter un terrain pour un de ses proches. « On lui parle d’une parcelle située à Derklé Darou Salam. Les contacts sont noués avec les propriétaires et Me Babou entre en jeu en tant que conseiller de la famille. Les parties tombent d’accord sur un montant de 28 millions de francs, auxquels il faut ajouter les 5 millions représentant les formalités notariales, qui auraient été remis au conseil chargé de s’occuper de ces documents », écrit L’As. Le jourrnal poursuit que l’émigré verse 33 millions en espèces mais il n’a jamais pu entrer en possession du terrain. L’argent ne lui a non plus jamais été restitué malgré ses multiples tentatives. C’est en raison de ces incartades que l’avocat a été sanctionné par le bâtonnat.