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Frantz Fanon, cent ans après : le regard critique de Felwine Sarr
L’écrivain et universitaire Felwine Sarr analyse l’actualité de la pensée fanonienne et pointe la persistance des dominations culturelles, politiques et épistémiques sur le continent africain.
 
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1001113
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  • https://www.youtube.com/watch?v=X-Zj0W95ong

Dans cette interview réalisée en marge de la célébration du centenaire de l’illustre militant anticolonialiste Frantz Fanon, du 17 au 20 décembre, au Musée des Civilisations Noires de Dakar, l’écrivain et universitaire sénégalais Felwine Sarr dresse le portrait de ce grand penseur et articule son combat avec les enjeux et défis du monde contemporain.

Selon Felwine Sarr, Fanon avait tracé une voie universelle pour tous les peuples en lutte, et pas uniquement pour les Africains. Pourtant, cent ans après sa naissance, les dominations de toutes sortes demeurent prégnantes sur le continent.
« Les hégémonies culturelles, militaires, économiques et épistémiques n’ont pas cessé », constate-t-il, rappelant que « la libération et l’émancipation ont toujours été l’objectif ultime de Frantz Fanon ».

Pour Felwine Sarr, il est aujourd’hui difficile de trouver une véritable mise en œuvre de la pensée fanonienne. Les systèmes éducatifs africains, par exemple, restent largement hérités de la colonisation et conçus pour l’asservissement. Certains universitaires, estime-t-il, ne mesurent même pas l’ampleur de cette réalité.
À l’inverse, l’embourgeoisement de l’élite postcoloniale, face à la précarité croissante des masses - un phénomène que Fanon avait anticipé - est désormais une réalité tangible.

« Dans Les Damnés de la terre, Fanon avertit du risque de rater l’émancipation en singeant les institutions qu’il faudrait déconstruire. Nous n’avons pas déconstruit ces institutions qui reproduisent les formes de domination, y compris les violences contre nos peuples. Nous n’avons pas déconstruit la justice, la police, ni tout un ensemble de dispositifs conçus à notre encontre, que nous avons finalement investis pour administrer nos propres populations. Ce qui nous manque, c’est une véritable inventivité et créativité institutionnelles », analyse Felwine Sarr.

S’il reconnaît que de nombreux domaines appellent une rupture, Felwine Sarr insiste particulièrement sur la nécessité de transformer les institutions éducatives, plutôt que de s’en tenir au « confort du même ».
« Il y a une révolution épistémique fondamentale à mener. Il faut revoir le contenu de nos humanités et travailler à une prise de conscience selon laquelle la révolution se joue aussi dans les lieux de savoir. Elle n’est pas seulement dans la rue ou dans la prise du pouvoir ; elle est dans les espaces qui forment les subjectivités et dessinent les esprits », explique-t-il.

Il conclut en appelant à rompre avec la reproduction de dispositifs éducatifs obsolètes qui maintiennent les sociétés africaines dans la subalternité :
« Répéter ces dispositifs participe à la perpétuation de l’aliénation. Il faut travailler à déperpétuer ces formes d’aliénation dans les espaces de savoir. ».

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