Les guerres du 21e siècle sont particulièrement motivées par des enjeux économiques, qui sont la somme de compétitions pour les ressources naturelles et/ou de contrôle des marchés. Mais atteindre ces objectifs passe par un coût économique colossal qui ne fait pas que des malheureux.
La guerre en cours au Moyen-Orient opposant la coalition américano-israélienne et l’Iran ne déroge pas à la règle. Elle coûte cher aux protagonistes. Selon une estimation préliminaire du Pentagone (ministère de la Défense américain), depuis le déclenchement de l’opération « Fureur épique », les États-Unis dépensent un milliard de dollars par jour, alors que les projections indépendantes font état d’une facture totale qui pourrait avoisiner les 200 milliards de dollars, si le conflit, lancé le 28 février, se termine en moins de deux mois. Il s’agit là d’un montant minimal qui exclut certaines charges.
Israël n’est pas mieux loti. Depuis le 7 octobre, le pays a perdu l’équivalent de 8,5 % de croissance, selon sa banque centrale. Une saignée qui risque de s’aggraver avec l’ampleur de l’engagement militaire iranien dans le golfe Persique. Les prévisions de croissance pour l’année 2026 ont été révisées à la baisse, passant de 5,2 % en décembre 2025 à 4,7 % en mars dernier du fait du conflit. Mais l’impact pourrait être plus sévère, selon des analystes comme JP Morgan (coût direct avec les dépenses militaires, destruction dans plusieurs villes, pertes de production, etc.).
Quant à l’Iran, les conséquences de la guerre sont tout aussi dramatiques : effort de guerre colossal (plusieurs centaines de millions de dollars dépensés par jour) pour une économie rendue exsangue par les sanctions américaines, effondrement de la monnaie, le rial, infrastructures détruites par les bombardements. Autant de facteurs qui annoncent une contraction sérieuse de l’économie iranienne attendue à 10 %.
Maintenant, on peut se poser cette question légitime : à qui profite donc la guerre ? D’autant plus que l’économie mondiale est en train de subir les contrecoups du choc pétrolier né des perturbations dans le détroit d’Ormuz où transitent 20 % du pétrole mondial.
Dans l’immédiat, l’opération « Fureur épique » réveille de sa torpeur le complexe militaro-industriel américain, condamné à carburer à plein régime pour approvisionner le stock d’armes et de munitions de l’armée américaine. Mais la réalité montre qu’elle a du mal à suivre le rythme des interventions du Pentagone, même si le président Donald Trump soutenait le contraire, il y a quelques semaines.
La hausse brusque des commandes devrait, malgré tout, générer des bénéfices consistants. En 2026, l’industrie militaire est en forte croissance boursière, soulagée par l’augmentation des budgets de défense et les tensions géopolitiques. Selon la Fondation pour la recherche stratégique, le secteur est stimulé par l’annonce d’une hausse drastique du budget défense des États-Unis de 50 % à 1500 milliards de dollars.
Les guerres modernes ayant changé de paradigme avec l’intelligence artificielle, c’est la Silicon Valley qui se retrouve propulsée au-devant. Les algorithmes sont mis à contribution pour l’analyse massive de données militaires, l’identification d’objectifs, la préparation tactique, l’assistance à la décision, etc. Aujourd’hui, on assiste à un rapprochement entre la tech et le Pentagone, les géants du complexe militaro-industriel peinant à réussir le virage vers le tout intelligent.
Et depuis lors, les investisseurs ne se font plus désirer. Rien qu’en 2025, le capital-investissement a injecté 49 milliards de dollars dans les entreprises technologiques de défense, soit le double de l’année dernière, selon le site spécialisé Pitchbook. La méfiance des startups technologiques pour des raisons éthiques est en train de céder le terrain pour des considérations plus capitalistes.