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Par Samboudian Kamara
Homos, soupçons et échos
Entre exigences morales, impératifs de santé publique et respect des libertés, l’équilibre reste fragile. La loi fixe un cadre, mais c’est la manière dont la société s’en saisira qui en déterminera les effets réels.
 
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Alea jacta est. Le président de la République a promulgué le 27 mars dernier la loi, votée par les députés le 11 précédant, et modifiant l’article 319 du Code pénal qui traite de l’homosexualité, le sujet qui tient en haleine le pays. Le texte redéfinit la notion d’acte contre nature, désormais étendue aux relations sexuelles entre personnes de même sexe « ainsi qu’aux actes impliquant des cadavres ou des animaux ». Si, si, vous avez bien lu, ça existe, et pas seulement à l’étranger. Le texte durcit les sanctions, prévoyant des peines de 5 à 10 ans d’emprisonnement et des amendes pouvant atteindre 10 millions de francs Cfa, avec un maximum systématiquement appliqué en cas d’implication d’un mineur. Elle exclut toute possibilité de sursis ou de réduction de peine en dessous du minimum prévu.

Le durcissement de la répression de ces actes fait suite à une « sexgate » qui ne finit pas de révéler ses acteurs, la dimension des réseaux en cause et la diversité des profils impliqués. La nouvelle législation introduit également le délit d’apologie, sanctionnant la promotion publique de ces pratiques par des peines de 3 à 7 ans de prison. Quid alors de certaines organisations militant ouvertement pour la défense des droits des gays et lesbiennes ? Ou faut-il respecter la nuance entre « défense » et « promotion » ? En tout cas, le financement ou le soutien à des activités jugées promotionnelles est également réprimé. Au pays de l’accusation facile, la loi prévoit heureusement des peines complémentaires, dont la privation de droits civiques pendant dix ans, pour punir les dénonciations faites de mauvaise foi. Ce n’est pas de trop, car par les temps qui courent, les rumeurs courent, courent, comme le furet de la comptine chantée à l’école primaire… Dans un condensé d’amalgames comme seuls les Sénégalais savent en élaborer, il y a plusieurs séquences dans ce feuilleton qui s’est finalement politisé.

D’abord, le débat sur l’orientation sexuelle, ensuite la transmission volontaire du Vih, puis l’implication de mineurs et, enfin, la banalisation d’un discours glauque sur les mœurs, au point de faire oublier les autres travers de notre société, la pédophilie et le viol en particulier. Des homos, on a déjà tout dit : qu’ils ont toujours été là avant que la lutte contre la pandémie du Sida ne leur offre un cadre communautaire renforcé par le militantisme gay en Occident ; qu’auparavant, ils étaient en marge sans être marginalisés ; que la libération de la parole couplée au transport de la culture Lgbt via les médias, le cinéma, la musique et le tourisme sexuel s’est heurtée à un renforcement du religieux sous nos cieux ; que le Sénégal moderne ne les accepte pas de la même manière que la polygamie est interdite dans certains pays. Du reste, son rejet est une réaction à ce que d’aucuns voudraient théoriser comme une mondialisation des mœurs dissolues.

Quand le quotidien « Libération » révélait le scandale, l’opinion était surtout choquée par l’identité des mis en cause, mais surtout par la transmission volontaire du Vih. Un malheur n’arrivant jamais seul, des années de succès dans la prévention de cette maladie sont remis en cause par la révélation du statut sérologique des mis en cause. En résumé, les infectés retournent dans la clandestinité, les centres de traitement ambulatoire se dépeuplent et pour cause. Le lien entre homosexualité et Sida est maintenant bien installé dans les mentalités, ce qui n’est pas faux. Le summum de la perversité a été atteint quand on a appris que certains des mis en cause transmettaient sciemment le virus à leurs partenaires. Dont des enfants. 

Au-delà des émotions et des postures, le moment appelle sans doute à un recentrage du débat et à l’évitement des abus, car ça stigmatise à tout-va. Ce ne sont pas seulement les téléphones qui sont fouillés, les pantalons aussi, si l’on ose dire, et personne n’ose évoquer la question des libertés de peur des suspicions. Et ça donne à peu près ceci : « Ah bon, tu l’as vu avec ses manières ? Je me suis toujours demandé pourquoi il aime tant faire des accolades… » D’ailleurs, pour une fois, on ne voit pas beaucoup d’avocats se presser pour conseiller des détenus ! Entre exigences morales, impératifs de santé publique et respect des libertés, l’équilibre reste fragile. La loi fixe un cadre, mais c’est la manière dont la société s’en saisira qui en déterminera les effets réels.

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