Du 31 octobre au 13 novembre 2026, le Sénégal accueillera les quatrièmes Jeux olympiques de la jeunesse d’été. Organisés sous l’égide du Comité international olympique, les Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026 marqueront une rupture symbolique majeure : pour la première fois de la très longue histoire de l’olympisme, un événement olympique se tiendra sur le continent africain.
On ne pourra bien évidemment occulter le fait que ces Jeux olympiques de la Jeunesse, dont l’organisation échoit à notre pays grâce à l’entregent d’un homme, Diagna Ndiaye, membre du comité directeur du CIO, fera aussi partie du bilan diplomatique du régime précédent. C’était une chose à dire, non pour simple rappel, mais comme, surtout, à destination des nouvelles autorités, un signal d’alarme. Que ce qui a été si bien commencé sous le règne de leurs prédécesseurs réponde aux attentes d’une jeunesse en quête d’idéal, en se terminant bien sous le leur. Cependant que l’objet de cet article est tout autre que ce que cette évocation suggère.
Car, bien au-delà de la compétition sportive, de la réussite de son organisation et des retombées qui en sont attendues pour notre pays, Dakar 2026 s’annonce comme un laboratoire du sport mondial. Une édition charnière dans l’histoire des JOJ, dans laquelle jeunesse, égalité, innovation urbaine, diplomatie sportive et développement durable seront les axes structurants. Pour le Sénégal, c’est une opportunité historique ; pour l’Afrique, une affirmation ; pour le mouvement olympique, une reconfiguration stratégique dans le cadre de ces tendances mondiales rassembleuses.
Créés en 2010, les JOJ visent à réunir des athlètes âgés de 15 à 18 ans, dans un cadre combinant compétition, éducation et culture. Après Singapour (2010), Nankin (2014) et Buenos Aires (2018), Dakar est la première ville africaine désignée pour accueillir l’événement. Initialement prévue pour 2022, l’édition sénégalaise a été reportée à 2026 en raison des perturbations mondiales provoquées par la pandémie de la Covid-19. Ce délai supplémentaire a profondément modifié la trajectoire organisationnelle pour l’Etat du Sénégal comme pour le comité d’organisation mis en place à Dakar. Ce report a permis d’étaler les investissements sur les infrastructures, d’affiner la planification et de renforcer la stratégie globale dans la préparation et l’organisation proprement dite. On eut dit - pour évoquer de nouveau ce qui n’est définitivement pas l’objet de ce papier - que les Dieux de l’Olympisme ont voulu faire un cadeau aux nouvelles autorités, arrivées au pouvoir portées par une jeunesse désorientée, certes, mais enthousiaste, avec des rêves pleins la tête. Et si tous ses rêves ne seront pas réalisés, en voici un, servi comme sur un plateau fait de l’or de l’argent et du bronze dont seront faites les médailles que nos athlètes les plus prometteurs, glaneront pour en remporter la plus prestigieuse. Leurs ambitions aux JOJ est d’atteindre, devant leur public, les plus hauts sommets. Poussons les vers l’or par, déjà, une préparation la plus sereine possible de ces jeux, suivie d’une organisation impeccable. Leurs entraîneurs évoquent, à leur propos, « une maturité rare » et une discipline exemplaire. Pour eux, Dakar 2026 dépasse la performance individuelle : courir chez eux, pour leur pays, c’est déjà une victoire. Leurs parcours symbolisent l’un des objectifs centraux des JOJ : offrir une scène mondiale aux talents émergents, notamment issus de régions du monde sous-représentées dans le sport international.
Un programme sportif modernisé et paritaire
Ils ne seront pas seuls à batailler pour hisser haut le drapeau de leur pays lors de ces joutes sportives, compétitions intra-nations rudement disputées de nos jours, pour entretenir les fiertés nationales et mobiliser les peuples - et dont on souhaite qu’elles se substituent pour toujours aux autres types d’antagonismes entre les nations, pour une paix mondiale définitive.
Les autres athlètes, issus de plus de 200 comités olympiques nationaux, se battront également comme pour l’image de leurs pays. Parmi eux, nous citerons comme exemple, ces jeunes espoirs brésiliens, du skateboard. A seize ans, l’un d’eux, Lucas (Buenos, je crois : on se perd avec les nombreux cas d’homonymie chez les skateboarders du Brésil) s’est fait remarquer dans les circuits sud-américains de skateboard. Issu d’un quartier populaire de São Paulo, il voit Dakar comme une plateforme d’expression autant qu’une compétition : « Les JOJ, c’est différent des Jeux olympiques classiques. On y parle culture, musique, engagement », explique-t-il. Son profil illustre l’évolution du mouvement olympique vers des disciplines urbaines (3×3 basket, break dance, skateboard) connectées aux cultures jeunes et aux dynamiques numériques. Lucas n’était qu’un exemple -Dakar 2026 réunira environ 2 700 athlètes issus de près de 200 comités olympiques -, nous nous sommes arrêtés sur lui parce qu’il nous introduit d’une certaine manière, dans un aspect des JOJ DAKAR 2026 auquel nous sommes personnellement très attaché, la culture. Celle-ci, est liée à l’Olympisme depuis ses origines antiques. Le lien entre l'olympisme et la littérature, particulièrement la poésie, date de l'antiquité et des toutes premières Olympiades (776 avant J.C.) Des poètes comme Pindare sont entrés dans l'histoire par leurs participations à des joutes poétiques à l'occasion d'Olympiades, en composant des odes pour chanter la gloire d'athlètes particulièrement méritants. Des sculptures ont été érigées en l’honneur des mêmes, autour desquels des joutes poétiques se déroulaient pendant que les athlètes s’affrontaient. Les Jeux olympiques modernes même, "créés" par Pierre de Coubertin, avaient commencé en intégrant dans les épreuves une compétition littéraire, dès 1912, avec les deuxièmes jeux, puis se poursuivront jusqu'en 1948, avec les JO en Corée, où la compétition littéraire a été abandonnée depuis lors. Certes, l'Olympisme continue à inspirer des poètes, et certains Jeux, comme en France, dernièrement, ont connu des manières de "off" qui ont inspiré des textes poétiques dédiés à la gloire, la performance physique, le dépassement mental, le fairplay.
Allez un petit extrait pour la route de « Vive les Jeux olympiques » d’un certain Dominique Simonet * -
« Un beau jour, pas lointain,
C'est au siècle dernier,
Le baron Coubertin,
Par la grâce fut touché.
Citius, altius,fortius,
Plus vite, plus haut, plus fort,
Cette devise en plus
Fut appliquée aux sports.
…
Récompenser l'effort,
Dans le cadre du sport,
Alors c'est magnifique,
Vive les jeux olympiques!
Concurrents valeureux,
Loyaux et chevaleresques,
S'affrontent très nombreux,
Du monde entier ou presque.
Les cercles enlacés
De bleu, jaune, noir, vert, rouge,
Sont symbole d'amitié
Des athlètes qui bougent.
Bon ! Ce n’est pas du Verlaine, mais si Dakar osait, les JOJ pourraient mettre un peu plus de rythme dans ça, avec les jeunes slameurs si inspirés du Sénégal, d’Afrique et du monde – nous reviendrons sur cette affaire des muses olympiques dans un prochain article sûrement !
La proximité de la biennale des Art contemporains de Dakar, (décembre 2026) avec les JOJ est un bon présage pour que l’influence des arts et de la culture déteigne sur le Dakar 2026 au-delà de ce qui est prévu par le comité d’organisation des jeux, le COJOJ. On aura remarqué de toute façon l’intérêt tout particulier que le ministre de la Culture de l’Artisanat et du tourisme porte à ces jeux. M. Amadou Ba multiplie les visites de sites d’hébergement et parle souvent de la jonction des arts avec ces jeux sportifs, qui, certes au-delà la Culture, touchent les deux autres segments de son ministère. Il semble vouloir surfer sur ces jeux pour promouvoir ces secteurs, et bien de ses collègues, sinon tous, devraient suivre son exemple.
Avec le ministre de la Culture et avant lui, le président de la République est aussi très engagé dans la supervision de l’organisation des JOJ Dakar 2026, depuis novembre 2024, revenu de France les Jeux Olympiques 2024 plein les yeux. On l’a même vu, lors de sa dernière visite des chantiers des sites devant abriter les JOJ, de Diamniadio à Dakar, ouvrir avec un très grand sérieux des armoires, vérifier leur conformité. Ça a pu faire sourire, mais c’était aussi, peut-être, un signal que même ces détails infimes importaient pour lui dans ce challenge auquel notre pays fait face. Pour l’image du pays. Le Comité d’organisation travaille en coordination étroite avec le Comité international olympique afin d’assurer la conformité des installations aux standards internationaux en matière de sécurité, d’hébergement, de gouvernance et de durabilité. Et pour bien plus que cela ! Car les retombées attendues des JOJ dans notre pays sont nombreuses et de plusieurs ordres.
Enjeux diplomatiques et économiques
Au-delà du Sénégal, Dakar 2026 engage toute l’Afrique, et c’est une lourde responsabilité en ces temps où notre pays fait l’objet d’une attention particulière en Afrique et dans le monde, avec ce virage serré abordé depuis 2024 sur les routes de l’histoire. L’événement envoie un signal fort : le continent peut organiser des compétitions d’envergure mondiale. Sur le plan diplomatique, la réussite des JOJ de Dakar renforcera la visibilité de notre pays dans les instances sportives internationales et consolidera sa position en Afrique de l’Ouest.
Pour le Comité international olympique, cette édition représente un pivot stratégique vers un mouvement olympique plus inclusif et globalisé. Dakar 2026 pourrait ainsi devenir un modèle africain de méga-événement à empreinte maîtrisée.
L’impact économique attendu, moindre de mon point de vue, mais qui cracherait sur ça en ces temps incertains, concerne le tourisme, l’emploi temporaire, la modernisation d’infrastructures existantes.
Je ne veux pas jouer les Cassandre, mais j’ai l’impression diffuse que les JOJ importent seulement au chef de l’Etat et au ministre de la Culture, ces deux personnalités semblent être les seules de la classe dirigeante à s’investir, de façon visible en tout cas, dans cette affaire. Même si, en ce matin du 5 mai où j’entame ce texte, la RFM rendait compte d’une initiative du ministre de l’Intérieur, Bamba Cissé, dans le cadre de l’assainissement, de l’embellissement et de la reconstruction d’infrastructures, mais qui se heurtait à l’opposition du maire de la Médina son exubérant homonyme. De grands bruits, de grands gestes, une agitation dont on a du mal à cerner la cause. La gangrène politicienne dont il faut absolument épargner ces jeux, sûrement…
J’espère que mes inquiétudes sur une possible métastase politique sur ces JOJ sont exagérées, car si ce n’est pas le cas, avec leur déroulement à un trimestre de la date prévue pour les élections locales, et avec ces politiciens qui n’ont rien à faire de rien, sauf que de leur appétence pour le pouvoir, leur aveuglement ne leur fasse perdre de vue la signification de ces jeux pour le Sénégal, au-delà, pour l’Afrique.
Dakar 2026 ne sera pas seulement une compétition. Ce sera un test, un symbole et une promesse. Test organisationnel pour le Sénégal,
Symbole d’une Afrique actrice du sport mondial.
Promesse pour une jeunesse sportive et artistique (urban art) qui aspire à se projeter sur la scène internationale. À l’automne 2026, lorsque la flamme olympique illuminera Dakar, c’est toute une génération qui entrera dans l’histoire.
Ou non ! Et dans ce cas, ce ne pourrait être que de la faute des politiciens …
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