A l’occasion de la 10e édition du festival Reggae Man’groove, qui se déploie entre Yenne et Dakar, l’environnementaliste et poète Cheikh Waly Ndao tire la sonnette d’alarme : le patrimoine culturel et nos modes de vie sont en première ligne face au réchauffement climatique. Un combat écologique où les artistes, portés par des initiatives comme le futur congrès Impac6, s’imposent désormais comme des éveilleurs de conscience incontournables.
Abordé le plus souvent sous l’angle de ses conséquences sur l’environnement, l’agriculture ou l’économie, le changement climatique peut également être appréhendé à travers le prisme de la culture. Qu’il s’agisse des monuments historiques, des traditions orales, des modes de vie ou des expressions artistiques, tout notre patrimoine subit de plein fouet les effets du dérèglement planétaire. Pour l’environnementaliste et poète Cheikh Waly Ndao, la culture est tout aussi vulnérable que les écosystèmes naturels face à cette crise mondiale. «La culture est tout aussi menacée que les autres secteurs par le changement climatique. La montée du niveau de la mer peut entraîner la disparition d’îles, emportant avec elles tout le patrimoine culturel qu’elles abritent. Il y a aussi les modes de vie, qui font partie intégrante de ce patrimoine. Cette menace est d’autant plus pressante que nombre de nos sites culturels majeurs sont situés en zone côtière», alerte-t-il.
A titre d’exemple, l’expert cite la ville de Saint-Louis du Sénégal, inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco, aujourd’hui particulièrement exposée à l’érosion côtière et à la montée des eaux. De manière générale, c’est l’ensemble du patrimoine mondial qui vacille sous la pression climatique. Cette tribune, Cheikh Waly Ndao l’a investie lors de la 10e édition du festival Reggae Man’groove. Porté par le promoteur culturel Babacar Thiam, l’événement a démarré dimanche dernier à Yenne et se poursuivra jusqu’au vendredi 17 juillet. L’environnementaliste a chaleureusement salué cette initiative qui, selon lui, participe activement à la conscientisation des masses.
La culture comme ressource de résilience
Pour structurer son analyse, Cheikh Waly Ndao oppose d’abord la conception américaine -qui appréhende l’action culturelle sous un angle principalement économique- à la vision européenne de l’action climatique, traditionnellement fondée sur une approche thématique. Il plaide alors pour une troisième voie : une nouvelle approche de l’action climatique qui intègre pleinement la dimension culturelle. Pour lui, la culture ne doit pas seulement être vue comme une victime, mais comme une ressource essentielle pour inverser la tendance et éveiller les consciences.
Dans ce sillage, le promoteur du festival, Babacar Thiam, a rappelé que la protection de l’environnement ne relève pas uniquement des scientifiques ou des décideurs politiques. Les artistes ont un rôle majeur à jouer pour sensibiliser le grand public aux enjeux de la biodiversité, notamment dans la perspective des grands rendez-vous internationaux que le Sénégal s’apprête à accueillir.
Le cap vers l’Impac6
«On ne peut pas clôturer cette 10e édition du festival Reggae Man’groove sans évoquer l’Impac6», mentionne avec insistance Babacar Thiam. Le 6e Congrès mondial des aires marines protégées (Impac6) se tiendra en effet à Dakar en mars 2027, une grande première sur le continent africain. A cette occasion, la contribution des créateurs est jugée fondamentale pour toucher les sensibilités. Les membres de l’association Yokuté y proposeront d’ailleurs une exposition intitulée Ecotone : Expériences sensorielles, invitant le public à poser un regard neuf et sensible sur les écosystèmes marins et leur préservation.
Entre deux classiques de Bob Marley s’échappant de la sono, la projection d’un film documentaire sur les mangroves réalisé par le journaliste-reporter d’images Yunuça Guèye, et la tenue de panels thématiques, le festival Reggae Man’groove continue de rythmer la côte jusqu’à vendredi. Cette édition anniversaire a également été l’occasion pour son initiateur d’exprimer sa gratitude envers ses soutiens de la première heure, au rang desquels figure le cinéaste Alain Gomis.