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Par Abdoul Aziz Diop
La fabrique sénégalaise d’une contre-élite médiatico-politique
EXCLUSIF SENEPLUS - Lorsqu’une poignée de voix s’arroge le droit de distinguer les fréquentables des indésirables, c’est tout l’espace démocratique qui se rétrécit
 
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1004768
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Quand le Directeur des programmes (DP) d’une grande chaîne de télévision outrepasse ses tâches professionnelles et participe à l’animation pure et simple d’une émission à forte tonalité politique, il érige à la longue un contre-modèle concurrent à celui reconnu, voire validé, par l’audience.

Un autre contre-modèle concurrent est celui d’une patronne de chaîne qui forme avec son invité de tous les jours ou presque le « couple toxique » dont la marotte est de dicter une conduite civique au public au profit exclusif d’une caste ultra-paresseuse dont on parle sans cesse du génie pour mieux s’exclure et exclure tous les autres.

L’un à côté de l’autre, les deux contre-modèles, parmi bien d’autres, participent notoirement à la fabrication d’une contre-élite médiatico-politique, partisane farouche d’une déconstitutionnalisation de la vie publique par voie parlementaire à la suite d’une désinstitutionnalisation par le même canal.

Un DP pas comme les autres

Après s’être imposé par son travail, l’auteur-compositeur-interprète Youssou Ndour contribue - Sidy Lamine Niasse (Paix à son âme) avant lui - au développement de l’audiovisuel sénégalais à travers le Groupe futurs médias (GFM) dont il promeut le quotidien L’OBS, la radio et la télévision. La réussite sociale et financière du self-made-man par l’effort et le mérite explique à elle seule son grand intérêt pour le professionnalisme et la liberté de celles et ceux qui assurent à son groupe le respect de son cahier des charges, l’audience et la fidélité du grand public. 

La pérennisation du succès passe alors par une programmation dont le Directeur des programmes (DP) est l’artisan principal à condition qu’il ait bien conscience de ce qui ne doit pas être fait à ce poste vital pour l’avenir. Fort de son expérience dans l’audiovisuel, le DP compétent, partant de la ligne éditoriale constitutive de l’identité du groupe, s’assure du bon choix des contenus des émissions, la fidélisation du public, indissociable de la grille de diffusion, l’intérêt, toujours accru, pour des concepts nouveaux et des émissions nouvelles, le suivi et l’évaluation, le management des équipes, etc.

Sur une grande chaîne de télévision comme la Télévision Futurs médias (TFM), l’animation et la participation à l’animation d’une ou plusieurs émissions sont incompatibles avec les tâches attendues du Directeur des programmes Bouba Ndour qui, hélas,  ne s’interdit pas à se mettre en avant dans Jakaarlo Bi  (le face-à-face en ouolof) qu’il dit être « une institution » à laquelle il s’impose - c’est Bouba Ndour qui parle - en tant que «  grand sachant multilingue ». 

La conséquence de l’autocongratulation coïncide alors avec la construction d’un contre-modèle interne à un groupe dont l’excellence est le credo des journalistes tous inspirés par le parcours sain de Youssou Ndour. Ici, c’est au voyeurisme et au vedettariat de chroniqueurs que revient l’œuvre télévisuelle hebdomadaire de fabrication de la contre-élite politique dont les deux principaux membres, depuis deux ans maintenant - Diomaye et Sonko - se distinguent par l’échec économique et social sur fond de guerre, sans enjeux de part et d’autre,  des chefs. Le Sénégal s’ennuie.

Le « couple toxique »

Qualifiés de « couple toxique » dans les réseaux sociaux, les journalistes Maïmouna Ndour Faye et Cheikh Yérim Seck ont longtemps fait le pari, non concluant en mars 2024, d’habituer le public de 7TV aux figures d’une contre-élite privilégiée et fortunée en mettant l’accent, intéressé bien sûr, sur leurs portraits plutôt que sur ceux de tant d’autres acteurs politiques dont le trime démocratique et républicain est la seule vraie identité. Cette dérive récurrente et étrangère au journalisme d’intérêt général pousse naturellement à dresser le portrait de son acteur principal, Cheikh Yérim Seck. 

En considérant que tout, sur le terrain médiatico-politique, doit tourner autour de sa personne, Cheikh Yérim Seck distribue de bons et mauvais points. Mais ne nous y trompons pas : les mauvais points constituent à ses yeux tout ce qu’il lui faut pour se sentir notoire. Ce rapport pathologique avec la notoriété est un mépris de soi qui fait que Seck est en compétition avec lui-même sur le terrain de la notoriété.

L’indignation, bien avant nous, de l’intellectuel et homme politique Samba Diouldé Thiam, ne changea rien à la nature d’une compétition qui empêche Cheikh Yérim Seck à donner l’exemple, attendu de lui par les jeunes reporters, d’une pratique journalistique exemplaire en ne s’intéressant au suffrage universel que pour certifier qu’il est direct et égal pour tous pour ne s’être pas réduit à une parodie électorale sonnante et trébuchante à laquelle correspond le panégyrique composé par Seck pour l’ancien candidat malheureux Amadou BA à l’élection présidentielle de mars 2024. Depuis lors, le pétochard Ba n’a pas daigné se prononcer sur la dette du Sénégal au nom de la « Nouvelle responsabilité » dont personne ne sait de quoi elle est vraiment faite. 

Maïmouna Ndour Faye et Cheikh Yérim Seck s’offusquent-ils vraiment du dernier sprint parlementaire dont l’issue est le vote de la loi n°11/2026 du mardi 28 avril 2026 portant modification - contraire à la Constitution en vertu de l’article 7 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen de 1789 - de l’article L.29 et abrogation de l’article L.30 du Code électoral ? Peu importe ! Le fait est là. Et le fait est que tout le mal qui arrive à la démocratie sénégalaise depuis deux bonnes années maintenant est l’une des désastreuses conséquences de l’excès de zèle orienté d’un duo dont le mâle, se croyant investi d’une mission civilisatrice au bénéfice d’un électorat qu’il faut faire voter autrement qu’il n’a choisi de le faire depuis longtemps déjà, exaspéra plus qu’il ne convainquit, contribuant de la sorte à l’installation peut-être durable de la contre-élite politique qu’il conspue pour le compte d’Amadou Ba

« Le Peuple du Sénégal souverain affirme son adhésion à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 », dit le Préambule de la Constitution de la République du Sénégal, l’une des meilleures au monde depuis la victoire du Oui au référendum du 20 mars 2016.

À Bouba Ndour, Maïmouna Ndour Faye et Cheikh Yérim Seck et à tous les gens de médias qui ne se souviennent pas que les constituants français du 26 août 1789 légiféraient pour l’humanité tout entière, je demande de ne plus douter de la bonne extraction d’Adam dont nous sommes tous les descendants et de s’abstenir définitivement de choisir à la place d’autrui ce qui est viscéralement à chacun.e : les droits politiques et civiques égaux pour tous. 

Renoncer à la fabrique sénégalaise d’une contre-élite médiatico-politique, c’est peut être aussi faire lire les plus jeunes (filles et garçons) d’entre nous à qui l’on fait encore croire qu’une révolution n’est qu’une révolte qui octroie à chaque insurgé le droit de tuer. Il n’en est rien !

Contre les privilèges

« Grand personnage des Lumières, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799) se distingua de ses contemporains dans le domaine de l’écriture grâce, notamment, à la trilogie que constituent les pièces de théâtre Le barbier de Séville (1775), Le Mariage de Figaro (1784) et La mère coupable (1792). 

Dans leur Histoire de la littérature française (Hachette, 1974), les auteurs Castex, Surer et Becker écrivent que « la satire de [Beaumarchais] se fait plus virulente dans Le Mariage de Figaro, le terrible monologue de Figaro à l’acte V annonce l’assaut prochain contre la noblesse ; et (...) préfigure la victoire du Tiers État ». Louis XVI interdit même la représentation de la pièce à Versailles, y voyant une attaque contre les privilèges. 

Il y avait bien de quoi fouetter un chat dans le monologue de Figaro. « Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie !... noblesse, fortune, un rang, des places ; tout cela rend si fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de biens ! vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. Du reste homme assez ordinaire ! tandis que moi, morbleu ! perdu dans la foule obscure, il m’a fallu déployer plus de science et de calculs pour subsister seulement, qu’on n’en a mis depuis cent ans à gouverner toutes les Espagnes ; et vous voulez jouter (...) », s’écrie le valet parlant, seul en scène, de son maître. Suffisant pour annoncer la Révolution ? Celle de 1789 eut bien lieu avec le triomphe que l’on sait.

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