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La stabilité politique du Sénégal est à relativiser - Dr Mame Mor Sène
Zéro rupture constitutionnelle depuis 1960, élections régulières et démocratique, pour tant le Sénégal est un pays si stable comme on le perçoit. Voici le regard d’un politiste
 
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1003996
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  • https://www.youtube.com/watch?v=FRTIIoLTubg

Un État qui fonctionne efficacement et remplit sa mission au service des citoyens doit engager des réformes. Pourtant, celles-ci deviennent presque impossibles à mettre en œuvre en période d’instabilité, notamment en Afrique de l’Ouest et plus particulièrement dans le Sahel, où différents contextes compliquent leur aboutissement. C’est le constat dressé par le Dr Mame Mor Sène, enseignant-chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. 

Participant à une conférence régionale organisée par Gorée Institut sur la démocratie en période d’instabilité, il a présenté une communication intitulée : « Les réformes institutionnelles en période d’instabilité : renforcer la gouvernance et la cohésion sociale ». Le rôle central des coups d’État militaires Dans son analyse, il identifie les prises de pouvoir par les militaires comme l’un des principaux facteurs d’instabilité politique.

« En période de transition, il est difficile, voire impossible, de mener des réformes durables et efficientes, dans la mesure où les militaires ne sont pas censés se maintenir au pouvoir », a-t-il expliqué. Toutefois, observe-t-il, ces derniers finissent souvent par prolonger leur présence à la tête de l’État, allant parfois jusqu’à se présenter à des élections. 

Le Sénégal, une stabilité à relativiser.

 Pour le Dr Sène, les réformes institutionnelles apparaissent peu réalistes dans des contextes marqués par l’instabilité. Évoquant le cas du Sénégal, pays qui n’a jamais connu de rupture institutionnelle, il met en garde contre une lecture trop optimiste de la situation. « L’idée selon laquelle le Sénégal serait à l’abri de toute instabilité mérite d’être nuancée », soutient-il.

 

 Selon lui, la stabilité apparente du pays repose en grande partie sur le rôle de certains acteurs sociaux, notamment les autorités religieuses et traditionnelles. Mais ces régulateurs informels montrent aujourd’hui leurs limites. 

Des régulateurs sociaux en perte de vitesse ? 

« Nous sommes dans une stabilité politique embellie », affirme-t-il, soulignant que les périodes électorales sont parfois marquées par des pertes en vies humaines. 

Le chercheur estime que le Sénégal a atteint « le seuil de résilience de ses institutions ». Il illustre son propos en évoquant l’influence du « ndigeul », qui, dans certains cas, peut se substituer à des dispositions légales pourtant inscrites dans la Constitution. « Ce sont ces régulateurs sociaux qui soutiennent ce que nous appelons la stabilité politique. Mais ils atteignent progressivement leurs limites, face à l’émergence d’une nouvelle conscience politique », analyse-t-il. 

Une instabilité régionale persistante

 Dans ce contexte, le champ des réformes institutionnelles apparaît peu propice, en raison de l’émergence de nouvelles formes d’instabilité politique. Au-delà du cas sénégalais, le Dr Mame Mor Sène souligne que l’instabilité en Afrique de l’Ouest trouve également ses racines dans les contextes post-électoraux, souvent tendus. À cela s’ajoute, dans plusieurs pays de la région, une insécurité persistante qui fragilise davantage les équilibres institutionnels.

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