Les sapeurs-pompiers inculpés dans la mort de l’élève caporal chérif Adouané Ndaw, le 6 décembre 2013, ont comparu, hier, à la barre du tribunal militaire de Dakar pour coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort, sans intention de la donner.
Il s’agit du caporal-chef Lat Ndoye devenu sergent, du caporal- chef Baye Thiaw, de Jean Baptiste Médard Sagna de l’adjudant Onacis Bakouch Ndji Bassang, tous en détention depuis deux ans et sept mois. Deux autres soldats du feu, en l’occurrence Samba Athie et Cheikh Sadou Abib Weuneulou Ndir, adjudants au moment des faits, ont également comparu libres pour complicité du délit précité.
Dans ses réquisitions, le représentant du parquet a requis cinq ans ferme contre Lat Ndoye et Baye Thiaw qu’il considère comme les principaux mis en cause dans cette affaire de coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort. Il a sollicité la disqualification du délit initial retenu contre Onacis B. N. Bassang et Jean Baptiste M. Sagna en complicité, avant de requérir une peine de deux ans dont six mois ferme contre le duo. Si le tribunal applique la demande du parquet, ce duo aura purgé deux ans et sept mois de prison en détention préventive, rythmés par des rejets à la pelle de toutes leurs demandes de mise en liberté provisoire. En attendant, le délibéré de cette affaire, le 31 mars prochain, le conseil de la partie civile, Me Assane Dioma Ndiaye a réclamé 50 millions en guise de dommages et intérêts.
Suite à cette demande, l’agent judiciaire de l’Etat a rué dans les brancards pour désengager la responsabilité de l’Etat du Sénégal. A l’en croire, si tortures, il y a c’est détachable du service public, car, dit-il, ce serait une faute personnelle de l’auteur de ces actes.
LA PARTIE CIVILE RECLAME 50 MILLIONS
Dans cette affaire, tout est parti du stage de formation pour le Certificat d’aptitude technique (Cat1) des élèves sapeurs-pompiers au camp du Groupement mobile d’intervention (Gmi) Michel Le Grand de Thiès. Chérif Ndaw qui était en service à la compagnie des sapeurs-pompiers de Kaolack devait rejoindre ledit camp. Seulement, à son arrivée, il n’avait plus ses documents médicaux qui se seraient égarés à Diourbel. Coupable d’une «faute militaire» par son comportement, ses supérieurs hiérarchiques auraient demandé qu’il soit corrigé, plus précisément «massacré » dans le jargon militaire. C’est ainsi que dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre, l’élève caporal a fait l’objet de sévices corporels de la part des mis en cause. Une thèse confortée par les dépositions de plusieurs de ses collègues de promotion, entendus en qualité de témoins à l’enquête.
DENEGATIONS SYSTEMATIQUES DES MIS EN CAUSE
Des dépositions à charge battues en brèche par tous les prévenus à la barre. Aucun des sapeurs-pompiers mis en cause n’a reconnu avoir participé à une quelconque brimade. Mieux, ils n’étaient même pas au courant des blessures du caporal Chérif Ndaw. «Je n’ai jamais vu mes collègues faire du mal à Chérif Ndaw et je défie tout stagiaire de rapporter la preuve que j’ai levé la main sur le défunt», a indiqué Onacis B. N. Bassang. «L’exercice physique et le fait de verser de l’eau aux stagiaires font partie de la formation », renchérit Jean Baptiste Médard qui dit ignorer les causes des blessures du défunt. Seulement en dépit de cette série de dénégations, les lésions et autres brûlures étaient apparentes sur les photos versées dans le dossier. Des photos dont l’authenticité a été remise en cause par l’un des avocats de la défense.
A l’en croire, Samba Athie a relevé que son ami n’avait aucune blessure apparente. Des allégations contestées par le frère du défunt Djibril Ndaw. «Les photos sont bel et bien celles de mon frère. Je ne peux pas avoir une illusion optique sur les photos de Chérif Ndaw. Je suis ingénieur et je sais reconnaître des photos tronquées», rapporte le plaignant. Une position confortée par le médecin traitant, le colonel Mouhamadou Mansour Fall qui a pris les photos après constat de la mort.
FLOU SUR LES CAUSES DE LA MORT
Le certificat de genre de mort établi par le médecin traitant, le colonel Mouhamadou M. Fall, conclut d’une mort violente tandis que le rapport d’autopsie du professeur Gisèle Wato Gaye fait état d’une mort naturelle. Cette dernière conclusion a valu au professeur Gaye et à son assistant, le docteur Ibou Thiam d’être installés dans la procédure, aux côtés des prévenus pour faux. Toutefois, les médecins légistes ont comparu hier, en qualité de témoins. Une conclusion que le duo a défendue à la barre.
En effet, même si Gisèle Wato Gaye admet avoir décelé des lésions superficielles, elle persiste à croire que Chérif Ndaw est décédé d’une mort naturelle par défaillance cardiaque et embolie pulmonaire. Le médecin militaire, par contre, dans sa déclaration à la barre est d’avis que la mort de l’élève caporal a été violente. Il en veut pour preuve les lésions et autres brûlures notées sur le corps du défunt. Devant ces positions divergentes, le conseil de la défense Me Boubacar Dramé a plaidé la relaxe des prévenus, ne serait-ce qu’au bénéfice du doute à l’image des confrères de la défense.