(SenePlus) - Le Conseil pour l’Observation des Règles d’Éthique et de Déontologie dans les Médias (CORED) a dénoncé, le mardi 12 mai 2026, une recrudescence de la manipulation de l'information à travers le détournement de couvertures de presse. Cette mise en garde intervient après la découverte d'un cas de clonage visant le quotidien « Yoor-Yoor bi », illustrant une menace persistante pour la stabilité du débat public sénégalais.
L'instance de régulation a formellement identifié une pratique dite de « fake couv » où la Une authentique du journal « Yoor-Yoor bi » datée du 12 mai 2026 a été détournée pour paraître sous l'intitulé trompeur de « Njoolor-Bi ». Pour le CORED, ce procédé ne relève pas de la simple parodie mais constitue une manipulation caractérisée visant à induire en erreur un public non averti. En parasitant la crédibilité de titres de presse établis, ces publications clandestines agissent comme de puissants vecteurs de désinformation à l'heure où les réseaux sociaux accélèrent la propagation des rumeurs.
Ce phénomène n'est pas sans précédent dans l'espace médiatique sénégalais. Le Conseil rappelle que des dérives similaires avaient déjà été documentées en 2022 et 2023, souvent dans des contextes préélectoraux de haute tension. À l'époque, des titres de référence tels que « Enquête », « L’Observateur », « Le Quotidien » ou encore « Le Soleil » avaient subi des détournements systématiques. Cette persistance du phénomène malgré les alertes répétées de Reporters sans frontières (RSF), qui réclamait dès lors des enquêtes judiciaires pour identifier les auteurs, souligne l'urgence d'une réponse institutionnelle ferme.
Sur le plan légal, le CORED rappelle que la liberté de la presse ne saurait servir de bouclier à l'imposture. La publication d’un journal est strictement encadrée par le Code de la presse, dont l’article 204 stipule clairement que la diffusion d’une publication non conforme aux conditions fixées est passible de peines d’emprisonnement allant de deux à six mois. Les contrevenants s'exposent également à des amendes pouvant atteindre 500 000 francs CFA, reflétant la volonté du législateur de protéger l'intégrité de l'information citoyenne.
Face à ce qu'il qualifie de déstabilisation du débat public, le Conseil appelle les acteurs des médias et les citoyens à la plus grande vigilance. En exhortant les professionnels au respect rigoureux des principes déontologiques du métier, l'organe de régulation pointe du doigt le rôle de catalyseur des réseaux sociaux. La lutte contre la banalisation de la désinformation devient ainsi un enjeu de salubrité publique pour préserver la confiance des citoyens envers leurs institutions médiatiques et garantir la clarté des enjeux collectifs.