La question qui taraude l’esprit des Sénégalais et alimente les conversations depuis quelque temps, n’est ni d’ordre économique, ni d’ordre social, ni d’ordre religieux. Ce n’est pas la coupe d’Afrique retirée au Sénégal sur tapis vert. C’est l’avenir de Diomaye moy Sonko : Ousmane Sonko Premier ministre doit-il démissionner ou le Président Bassirou Diomaye Faye doit-il le limoger ?. Évidemment ceci pose la question cruciale des rapports Diomaye Sonko . Leur Projet est- il toujours viable ? Depuis l’arrivée de ce binôme au pouvoir tous leurs faits et gestes sont analysés, décortiqués, passés au crible. La question mérite donc d’être posée. Diomaye moy Sonko toujours? Si oui combien de temps va tenir cet attelage ?
En Mars 2024, c’est un immense vent d’espoir qui souffle sur le Sénégal, Bassirou Diomaye Faye illustre inconnu du paysage politique fraîchement élargi des geôles de Macky Sall est porté à la tête du pays . Un mois avant, il croupissait encore en prison . Cet événement est un véritable Tsunami politique. Il a surpris de nombreux observateurs de la vie politique sénégalaise. Élection par défaut, elle a été rendue possible par l’inéligibilité d’ Ousmane Sonko leader d’un jeune parti politique, le Pastef. Rendu inéligible par une décision de justice Ousmane Sonko au-delà de toutes prévisions appelle à voter pour Diomaye Faye, au cri de ralliement de Diomaye moy Sonko Un nouveau slogan mobilisateur vient de naître. Il ressemble plus à une boutade qu’à un slogan vainqueur. A la surprise générale ce slogan va tout renverser sur son passage. Après la présidentielle, il ravage tout : législative, municipale. Dans sa marche victorieuse, Diomaye moy Sonkova réduire l’opposition ancienne majoritaire à sa plus simple expression.
Tandem, Duo de choc, un binôme avec un Projet vient de s’imposer dans le paysage politique sénégalais. La classe politique est cueillie à froid , elle est renversée. Elle sortiragroggy des élections. A ce jour elle n’a pas encore repris ses esprits. Elle bredouille. Certains de cesmembres hantent encore hagards les plateaux de télévision et studio de radio pour tenter d’expliquer gauchement ce phénomène. Quant aux observateurs politiques surpris eux aussi, ils se demandent encore que concocte ces sénégalais dans ce petit pays d’Afrique de l’Ouest devenu un laboratoire de la démocratie.Portés par la jeunesse sénégalaise dont ils sont issus, Sonko et Faye ont bousculé tous les codes, armés de leur Projet : Jup Jupbanti
Les Sénégalais voulaient un changement. Depuisl’indépendance du pays, ils ont vu défiler les mêmes politiciens de métier. En 2012 l’élection de Macky Sall fait naître le premier espoir de changement. Un nouveau monde s’ouvre, les premiers Sénégalais nés après l’indépendance arrivent au pouvoir. Cet espoir sera très vite déçu. Macky Sall s’il n’a pas connu l’époque coloniale est, cependant, un pur produit de l’école wadiennne. Les Sénégalais voulaient une rupture. Le tandem Diomaye Sonko va incarner cette rupture. Ousmane Sonko remarquable tribun, un tant soit peu populiste, va haranguer la jeunesse avec le «gatsa gatsa » . Les affrontements avec le pouvoir deviennent quotidiens. Inévitablement on va vers le « mortel kombat »de l’expression même de Sonko lui-même.
Les résultats de l’ élection sont sans appel. Diomaye est élu au premier tour avec 54 % des voix. Sonko devient Premier ministre. Tous les observateurs voient dans ce duo, une pair « idéologiquement responsable et mature » . Ils ont en commun un désir de souveraineté nationale et un panafricanisme sans faille. A leur début au pouvoir la répartition des tâches est claire.
Diomaye Faye, Président, est très vite confronté à la Réalpolitik. A lui les taches régaliennes,la politique extérieure et ladiplomatie. À Sonko les réformes : le «Jup Jupbanti » : la moralisation des mœurs sénégalaises, la reddition des comptes. C’est la fin annoncée de l’impunité. La période de grâce ne va pas durer longtemps les attaques fusent de partout. Ce qui reste de l’opposition politique continue tant bien que mal a frétiller dans la mare politique.Le pouvoir a attiré autour des deux hommes des acteurs aux intérêts divergents et aux desseins peu clairs:leurs moindres faitssontinterprétés, leurs moindresgestes amplifiés. Sous la pression, le tandem vacille et semble se fissurer déjà.
Les premières dissensions apparaissent dès 2025 , un an juste après l’élection présidentielle Sonko ira jusqu’à s’en prendre en public au « manque d’autorité » de son binôme. Il reconnaîtra par la suite que parfois ils rament à contre courant l’un de l’autre, mais qu’ils restent soudés par un idéal commun : le Projet. Cependant fin politique, il déclare à la suite de ses propos incendiaires, que ce qui mettra fin à leur relation ne viendra pas de lui.
C’est la nomination d’Aminata Touré, ancien premier ministre, de Macky Sall et alliée de la dernière heure du président à la tête de Diomaye président qui va cristalliser les dissensions. Aminata Toure remplace, Aida Mbodj, proche du Premier ministre, à la tête de la coalition « Diomaye Président ». C’est un secret de polichinelle que Sonko et Mme Touré n’ont jamais ramé dans la même direction. Samedi 8 novembre 2025, Sonko réagit en appelant à un méga meeting qui connaîtra un vif succès.
De leur entente dépend la réussite du Projet. Si la mésentente se poursuit le gouvernement pourrait se fragiliser et la majorité se fissurer. Dès lors, s’ils n’arrivent pas à concilier ambition personnelle et vision divergente le paysage politique pourrait connaître des secousses importantes. Les tristes réalités des politiques africaines ont façonné Diomaye et Sonko : radiations, arrestations, prisons. De surcroît, ils sont de la même génération et partagent les mêmes réseaux. Ils sont tous deux, inspecteurs des Impôts , purs produits de l’administration sénégalaise. Cette communauté de destins a été le substratum de leur entente. Mais la politique a ses réalités que le commun des Sénégalais ignorent.
L’histoire politique nous a appris que beaucoup d’amitiés ne survivent pas à l’exercice du pouvoir. Dire que l’amitié ne résiste pas aux exigences du pouvoir est une assertion solide mais elle n’est pas absolue. Ce que nous pouvons dire c’est que le pouvoir teste, révèle et met à l’épreuve la solidité des sentiments amicaux. Mais mieux encore en politique il redéfinit les relations.La politique est implacable avec les amitiés. Dans l’opposition elle les solidifie et dans l’exercice du pouvoir elle les fragilise.
Diomaye Faye président est désormais prisonnier de l’Etat avec ses exigences socioéconomiques, diplomatiques. Quant à Sonko il est, et demeure l’impatient révolutionnaire qui veut tout bouleverser là, maintenant, sans délai. fissa !
Le danger de la rupture n’est pas dans le désaccord il peut être dynamique. Il est dans la contestation des pouvoirs et prérogatives de l’un et de l’autre. L’histoire politique depuis la nuit des temps regorge d’exemples de compagnons de lutte devenus rivaux.
Et, si tout ceci découlait d’une stratégie coordonnée, bien maîtrisée pour distraire l’opposition et occuper les sceptiques qui vont continuer à parier sur une rupture probable qui tarde à venir. A l’heure actuelle les relations Sonko Diomaye semblent osciller entre rupture annoncée et stratégie politique maîtrisée. Les deux hypothèses pourraient cohabiter longtemps. La suite dépendra moins des sentiments amicaux que la capacité des hommes à brider leur hubris, contenir leur ambition personnelle et œuvrer à l’intérêt national. De nombreux binômes politiques ont fonctionné sous tension permanente organisée plutôt que sur une harmonie visible . On est probablement dans une cohabitation stratégique avec répartition des rôles.
La question actuelle n’est donc pas de savoir si Diomaye moy Sonko. Mais de savoir s’ils peuvent rester unis dans l’exercice du pouvoir. Ce qui intéressent les sénégalais ce sont les résultats pas les idylles politiques. Les Sénégalais ont voté pour une transformation, une révolution radicale des mœurs politiques et ils attendent impatiemment des réalisations : emplois des jeunes; créations d’emplois; lutte contre la pauvreté ; relèvement du pouvoir d’achat etc….
Le chantier a débuté mais il est colossal, et beaucoup reste à faire. Des mouvements sociaux commencent à naître de partout. Les étudiants sortent des campus. Les travailleurs commencent à battre le pavé. Les licenciements sont devenus monnaie courante. Le chômage grimpe vertigineusement. Les Sénégalais demandent le respect des promesses électorales. La tâche ne sera pas facile au regard de l’héritage laissé par le régime précédent.
Début 2026, les ardeurs semblent s’être calmées. Cependant, les prises de position publiques divergentes se poursuivent. D’ici 2029, Il faudra surveiller de très près Sonko et Diomaye comme Lat Dior et Demba War, Senghor et Dia, Lénine et Trotsky, Castro et Le Che… Quelle que soit l’issue de cette union, il ne s’agira pas de trahison. La politique aura eu simplement raison d’une amitié si solide qu’elle aura été. C’est le pouvoir politique qui ne s’accommode pas des amitiés. Il est impitoyable et cruel avec les sentiments.