(SenePlus) - La quatrième session des Conversations citoyennes s'est tenue samedi à l'Hôtel Noom de Dakar, sous le thème « Les signataires du Pacte de bonne gouvernance face à leurs engagements ». Une rencontre organisée par Sursaut Citoyen et la Coalition de la société civile pour l'application des conclusions des Assises nationales et des recommandations de la CNRI.
Sur 12 des 13 candidats à la présidentielle de 2024 signataires du Pacte de bonne gouvernance démocratique invités, seuls deux ont répondu présent : Thierno Alassane Sall et Mamadou Lamine Diallo. Le 13e Abdallah Boun Dionne, étant entre-temps décédé. La modération de la rencontre a été assurée par Mme Dior Fall Sow, ancienne procureure de la République et membre fondatrice de Sursaut Citoyen.
Dans la synthèse générale, l'ancien ministre de l'Éducation Mamadou Ndoye a dressé un bilan préoccupant de la non-mise en œuvre du Pacte. Selon la société civile, plusieurs dysfonctionnements majeurs découlent de cette situation : un déséquilibre manifeste entre l'exécutif et le législatif, des problèmes aigus de gouvernance avec la disparition de milliards sans traçabilité, et un déficit persistant d'indépendance de la justice.
"Les axes principaux du pacte, aujourd'hui s'ils étaient appliqués, auraient évité des faits qui sont en train de se dérouler dans ce pays", a souligné M. Ndoye.
La société civile a également tenu à déconstruire certains préjugés sur le peuple sénégalais. Contrairement à l'image d'une population passive ou uniquement intéressée par le clientélisme politique, la synthèse rappelle que "le peuple sénégalais s'est mobilisé autour de l'éthique politique" lors des dernières élections.
"N'enfermons pas le peuple sénégalais dans le clientélisme. Tout dépend des moments et de la capacité de conviction", a martelé l'ancien ministre, citant en exemple les révolutions menées par des peuples qu'on disait passifs.
Un autre aspect soulevé concerne l'héritage colonial et ses conséquences sur le développement du pays. Selon la synthèse, le Sénégal a internalisé "une histoire qui fait la hiérarchie des cultures, des langues et des civilisations", inculquée pendant des siècles de colonisation.
Ce poids historique se manifeste notamment par l'absence de corpus moderne, technologique et scientifique dans les langues nationales. "Même le corpus politique, nous avons des problèmes à le traduire dans nos langues parce que le travail n'est pas fait", a déploré Mamadou Ndoye, pointant du doigt la responsabilité des intellectuels, eux-mêmes "les plus prisonniers de l'histoire".
La société civile ne prétend pas "porter toute la lutte du peuple sénégalais", reconnaissant que d'autres acteurs, dont les syndicats, les organisations de base, les militants de terrain entre autres, mènent le combat sous d'autres formes.
"Nous n'allons pas attendre que la fin de la lutte pour le pouvoir soit là pour que nous puissions faire avancer [les idées]. Non, nous allons continuer", a affirmé la synthèse, précisant que la plus-value de l'organisation réside dans "les échanges intellectuels" et la réflexion sur les questions de gouvernance, d'administration, d'indépendance de la justice et de redevabilité.
Pour inaugurer l'année 2026, Sursaut Citoyen a annoncé que ses prochaines Conversations citoyennes aborderont la dette sénégalaise, "une question qui pèse aujourd'hui sur l'avenir de ce pays".
Selon la société civile, cette problématique "intéresse l'ensemble des citoyens parce que ce sont les citoyens et leurs enfants qui vont devoir payer cette dette". L'organisation entend réfléchir sur l'origine de cette dette et l'utilisation qui en a été faite, compte tenu du devenir du pays.
Cette initiative organisée chaque samedi, s'inscrit dans la continuité de l'engagement de la société civile pour une meilleure gouvernance et une démocratie plus solide au Sénégal.