Skip to main content
Par Sidy Diop
Le PS ou l’épreuve du réveil
Il arrive aux partis politiques ce qui arrive aux vieilles maisons. Tant qu’on y habite, on ne voit pas les fissures. Le jour où l’on s’en va, la façade apparaît soudain lézardée.
 
ID
1003027
{"id":1003027,"title":"Le PS ou l’épreuve du réveil","subheadline":"Il arrive aux partis politiques ce qui arrive aux vieilles maisons. Tant qu’on y habite, on ne voit pas les fissures. Le jour où l’on s’en va, la façade apparaît soudain lézardée.","image":"/sites/default/files/2026-03/Capture%20d%E2%80%99e%CC%81cran%202026-01-15%20a%CC%80%2015.51.36.png","link":"/article/le-ps-ou-lepreuve-du-reveil"}

Il arrive aux partis politiques ce qui arrive aux vieilles maisons. Tant qu’on y habite, on ne voit pas les fissures. Le jour où l’on s’en va, la façade apparaît soudain lézardée.

Le Parti socialiste sénégalais traverse aujourd’hui ce moment de vérité. La perte du pouvoir de son allié d’hier a produit un effet étrange, presque brutal. Elle agit comme une lumière crue dans une pièce longtemps plongée dans la pénombre.Pendant des années, l’ombre du pouvoir suffisait à maintenir la maison debout.

L’alliance avec Macky Sall offrait ce que la politique distribue de plus efficace pour calmer les ardeurs. Quelques ministères, quelques directions générales et cette institution au nom majestueux qu’est le Haut Conseil des Collectivités Territoriales. Une architecture de postes qui, sans rendre le pouvoir, en donnait l’odeur. Dans ces conditions, pourquoi se battre pour reconquérir l’Élysée local quand un strapontin dans l’orchestre du pouvoir semblait suffire à la musique des ambitions.

Le Parti socialiste avait ainsi choisi la tranquillité plutôt que la bataille. Une stratégie de survie, disaient certains. Une abdication tranquille, murmuraient d’autres. Les héritiers de Léopold Sédar Senghor s’étaient peu à peu installés dans ce que l’on pourrait appeler une confortable marginalité gouvernementale. Ils participaient au pouvoir sans l’incarner. Ils accompagnaient l’histoire sans la conduire.

Quelques voix avaient pourtant sonné l’alarme. Khalifa Sall et d’autres avaient tenté de rappeler une vérité simple. Un parti né pour gouverner ne peut durablement accepter d’être un simple partenaire d’appoint. La politique n’aime pas les renoncements prolongés. Elle finit toujours par les transformer en effacement. Les dissidents furent écartés avec la fermeté tranquille que les appareils savent pratiquer lorsqu’ils veulent préserver la paix intérieure.

Puis l’histoire a tourné. La coalition Benno Bokk Yakaar s’est dissoute dans les brumes de la défaite. Le pouvoir s’est éloigné comme la mer se retire à marée basse. Et soudain, le paysage apparaît dans toute sa nudité. Le Parti socialiste découvre un horizon presque sidéral. Une immensité vide où il lui faut désormais exister par lui-même.

C’est dans ce climat que surgit le manifeste « Dundal PS ». Faire vivre le PS. La formule a la simplicité d’un diagnostic. Il s’agit plutôt de faire revivre. Et on ne fait revivre que ce qui a cessé de respirer pleinement. Les signataires réclament ce que tout parti vivant devrait considérer comme une évidence. De la transparence dans les décisions. Le respect des instances. La participation réelle de la base. Une place reconnue pour les jeunes et pour les femmes. En somme, la politique au sens premier du terme. Une organisation collective orientée vers un projet.

Derrière ces revendications se cache une question plus rude. Celle de la légitimité du commandement. Depuis la disparition d’Ousmane Tanor Dieng en 2019, le Parti socialiste vit sous le régime d’une suppléance prolongée. Aminata Mbengue Ndiaye assure la direction intérimaire dans un dispositif qui ressemble de plus en plus à une parenthèse devenue système. Les contestataires rappellent une règle élémentaire de la démocratie partisane. Un parti qui ne tient pas de congrès finit toujours par suspendre le temps.

Cette querelle de procédure est en réalité une querelle d’avenir. Car les congrès ne servent pas seulement à élire des dirigeants. Ils permettent de redéfinir une ligne, de réactiver une espérance collective, de réinventer un récit. Sans cela, les organisations politiques se transforment en conservatoires d’habitudes.

Le Parti socialiste se trouve donc face à une alternative limpide. Soit il accepte de devenir une relique respectable de l’histoire politique sénégalaise. Une sorte de musée vivant où l’on évoque Senghor comme on évoque un âge d’or disparu. Soit il entreprend ce travail exigeant que les partis redoutent toujours. Se regarder en face. Reconnaître ses renoncements. Rebâtir une ambition.
La politique a ceci de cruel qu’elle ne récompense pas la nostalgie. Elle ne respecte que les volontés neuves. Les socialistes sénégalais savent désormais que l’ombre du pouvoir ne suffit plus à tenir une maison debout. Il leur faut rallumer la lumière. Ou accepter que la nuit s’installe durablement dans les couloirs d’un parti qui fut jadis l’axe central de la vie publique.

1003027
ID
1003027
Les critiques sont les bienvenues. Les attaques personnelles, les insultes et les propos injurieux seront supprimés.
1
2

Vos Articles Préférés de la Semaine

3