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Le samedi noir qui a fait vaciller la junte malienne
À 5h30 du matin, Kidal tombe. Au même moment, Gao, Mopti, Sévaré et Kati sont attaquées. À 7 heures, un convoi de 200 jihadistes fonce vers Bamako. Le Mali a vécu le 25 avril l'une de ses journées les plus sanglantes depuis 2012. Récit !
 
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(SenePlus) - Le 25 avril, une offensive coordonnée d'une ampleur inédite depuis 2012 a frappé le Mali de Kidal à Bamako. Le ministre de la Défense a été tué, le patron des renseignements blessé, et l'alliance entre jihadistes et rebelles touaregs officiellement actée.

Le Mali a vécu son samedi le plus sanglant depuis le début du conflit en 2012. Le 25 avril à l'aube, au moins six des principales villes du pays, dont la capitale Bamako, ont été simultanément prises pour cible par une offensive massive conjuguant rebelles touaregs du Front de libération de l'Azawad (FLA) et jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim). Un scénario cauchemar pour la junte d'Assimi Goïta, qui a vu le cœur de son pouvoir vaciller.

À 5h30 du matin, les premiers combattants investissent Kidal au nord. Au même moment, rapporte Jeune Afrique dans son récit détaillé des événements, "des détonations sourdes se font entendre à Gao, des coups de feu retentissent à Sévaré et des déflagrations résonnent à Mopti". Kati, fief de la junte, est également visée. Partout, les symboles du pouvoir (casernes, commissariats, gouvernorats, aéroports) sont pris d'assaut.

Le ministre de la Défense tué dans un attentat suicide

À Kati, ville-garnison située à une cinquantaine de kilomètres de Bamako, une puissante explosion ébranle le quartier de Fouga à l'heure de la prière de l'aube. La cible : la résidence du ministre de la Défense Sadio Camara. Un véhicule kamikaze bourré d'explosifs fonce sur le bâtiment protégé par des gabions et des gardes. Le souffle est dévastateur.

Selon Jeune Afrique, "le ministre, sa deuxième femme, l'un de ses enfants, son neveu, ainsi que les gardes présents, sont tués". L'explosion détruit également la mosquée attenante, tuant des dizaines de fidèles venus pour la prière. Le bilan reste incertain mais pourrait être "extrêmement lourd" : sept pâtés de maisons sont rasés, les vitres brisées dans un rayon de deux kilomètres.

Alors que les habitants tentent de reprendre leurs esprits, un convoi jihadiste déferle sur la nationale 1, direction Bamako. Des vidéos amateurs montrent plus de 200 hommes en armes répartis sur une douzaine de voitures et une soixantaine de motos. "Ce sont les jihadistes, ils se dirigent vers Bamako", lance un badaud stupéfait filmant la scène, d'après JA.

Chaos à l'état-major et dissensions internes

À l'état-major, l'alerte est donnée mais le ministre de la Défense reste injoignable. "Son téléphone ne répond plus", note JA. La rumeur de sa mort se répand rapidement parmi les officiers, affectant profondément la réactivité de la chaîne de commandement. Autre coup dur : Modibo Koné, patron de la Sécurité d'État (services de renseignement), est blessé dans des circonstances encore floues : accrochage direct, explosion ou "règlement de compte entre militaires", selon différentes sources citées par le magazine.

La confirmation du décès de Sadio Camara et de plusieurs hauts officiers attise les tensions au sein de l'état-major. "Deux questions, en particulier, font débat : comment communiquer et à quel moment ?", rapporte Jeune Afrique. Certains veulent "encadrer le récit" pour rassurer, d'autres craignent "un effet de panique voire une remise en cause de la chaîne de commandement en pleine bataille".

Le résultat de cette hésitation : la première communication gouvernementale n'arrive qu'en soirée, lors du journal de 20 heures de l'ORTM. Le porte-parole du gouvernement affirme alors que l'offensive n'a fait "que 16 blessés au total", un bilan dérisoire au regard de la réalité du terrain.

Kidal tombe, le FLA hisse son drapeau

Dans le nord, Kidal est rapidement investie par les combattants du FLA et du Jnim. La célérité de l'assaut ne permet pas aux soldats maliens et à leurs supplétifs russes de l'Africa Corps d'organiser une défense cohérente. Les assaillants fouillent la maison inoccupée du gouverneur, le général El Hadj Ag Gamou, qui reste introuvable, certaines rumeurs évoquant qu'il aurait "quitté la ville après avoir été informé de l'imminence de l'attaque".

Sur le carrefour central de Kidal, les rebelles touaregs hissent le drapeau de l'Azawad, territoire dont ils réclament l'indépendance. Des vidéos montrent des combattants investissant les appartements du gouverneur, se filmant "en train de se prélasser dans ses canapés". Un adolescent a même revêtu l'uniforme beige du général Gamou. Légende sous la vidéo : "Regardez, c'est le nouveau gouverneur de Kidal !"

Le lendemain, les dernières poches de résistance maliennes et russes cèdent. Des colonnes de soldats sont escortées hors de la ville par le FLA et se replient à Anéfis, 112 kilomètres plus au sud.

Une alliance jihadistes-rebelles officiellement assumée

Pour la première fois, le FLA confirme ouvertement son entente avec les jihadistes. "L'essentiel pour nous, le FLA, c'est de libérer notre territoire de l'occupation russe et des terroristes de l'armée malienne", déclare Mohamed Elmaouloud Ramadane, porte-parole du FLA, joint par Jeune Afrique. "C'est une opération coordonnée. Nous nous occupons de Kidal et Gao et eux de toutes les autres cibles."

Dans son communiqué publié en soirée, le Jnim parle à son tour de ses "partenaires du FLA", actant publiquement une alliance tactique qui frappe par sa coordination. En attaquant simultanément Bamako et Kati, ou Gao et Kidal, les assaillants ont empêché tout renfort entre les villes, créant "la psychose au sein de l'armée", selon JA.

À Gao, rebelles et jihadistes arrivent "côte à côte" par la périphérie. À Mopti et Sévaré, les jihadistes règnent en maîtres pendant plusieurs heures avant de se retirer, laissant au centre d'un carrefour fréquenté leur signature : un drapeau noir jihadiste flottant au sommet d'une hampe.

En fin de journée, Bamako reste survolée par des hélicoptères militaires, les accès à l'aéroport et au palais présidentiel de Koulouba sont bloqués. Les vols sont suspendus. Et dans le brouillard de guerre qui s'étend sur la capitale, une même interrogation : où est Assimi Goïta, dont le domicile se trouve à quelques centaines de mètres de celui du ministre tué ?

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